Le mont Aigoual

Depuis que le mont Aigoual est sous la neige, je le vois mieux. Je le distingue par rapport à toutes les autres montagnes. Jusqu’à présent, j’avoue à ma honte que je le confondais un peu. Depuis le terrain, mes yeux se projetaient dans la vallée et étaient arrêtés par un mur de montagnes, tout là-bas au loin.

Aujourd’hui, grâce à la neige, je restaure des hiérarchies. Le mont enneigé est évidemment bien plus élevé que les autres, il est donc bien plus loin que le col de la Luzette et tous les autres qui composent mon paysage familier. Ce n’est donc pas un mur qui se dresse devant mes yeux, mais un massif complexe, échelonné et varié.

Je suis heureux d’avoir le mont Aigoual si distinct devant moi. C’est un véritable privilège de bénéficier d’une vue sur une montagne aussi légendaire. Les grands écrivains cévenols en parlent avec un respect magique : Chamson en fait le centre de gravité de son univers romanesque et Jean Carrière raconte que c’est sa vision, un jour qu’il se promenait avec son père, qui a été la cause, ou le déclencheur, de son obsession d’écrire.

L’historien des Cévennes, Patrick Cabanel, désigne le mont Aigoual comme un des « seigneurs de la méditerranée », aux côtés des Ventou, Canigou, Sierra Nevada.

Le mont Aigoual donne son eau à toute la région, et devient sec comme un coeur de pierre après l’hiver. Il est, avec le mont Lozère, l’une des deux têtes de ce que l’on nomme, confusément, Cévennes.

Habiter dans cette région avec cette vue, cela équivaut à habiter un appartement de Paris donnant sur la tour Eiffel, New York sur l’Empire State building, Lyon sur la basilique de Fourvière, ou Saint-Etienne sur l’usine de Manufrance.