Soif de culture

Cela me tombe dessus parfois, quand je vis dans un environnement propice. Une soif de contemplation artistique, parfois visuelle, parfois auditive, parfois gustative. Je ressens alors un besoin d’art analogue à celui de respirer, ou de boire de l’eau.

Dans cet État du sud de l’Allemagne, la Bavière, les ducs, puis les rois, se vivaient comme un pays indépendant, et développaient une culture de cour absolument étincelante. Au centre de la capitale, ils ont construit un palais qui n’a cessé de s’agrandir, de se prolonger, de se ramifier pour devenir, siècle après siècle, une véritable ville dans la ville.

Si on veut comparer le « Palais de la Résidence » avec un autre haut lieu de pouvoir, il ne faut pas penser à Versailles, comme on le fait trop souvent, mais à la Cité interdite de Pékin.

J’y suis allé un matin très tôt. Tôt, avant même l’ouverture des portes. On pourrait croire que j’ai été matinal pour éviter de faire la queue, ce qui se justifie amplement. Or non, ce n’était pas un choix rationel et réfléchi. C’est parce que j’etais mort de faim que je m’y suis rendu dès potron minet.

Je me suis régalé pendant des heures, des heures et des heures. Je ne savais rien de la dynastie des Wattelsbach, qui a régné sur la Bavière pendant le plus clair du millénaire qui vient de se terminer. Je suis sorti de la Residenz avec très peu de connaissances supplémentaires, mais rassasié de délectations, de contemplations, de réflexions, d’incompréhension ; je m’en suis mis plein la lampe de formes et de matières, de lignes et de couleurs, de décisions politiques et de recherches esthétiques. Je n’ai plus qu’à digérer tout cela, comme un chameau qui rumine.

Le soir et le matin

À l’opéra de Munich

Je ne sais pas pourquoi les gens pensent que l’opéra est un passe-temps pour les bourgeois. Le sage précaire va à l’opéra depuis les années 1990 et cela ne lui coûte jamais plus qu’un ticket de cinéma.

Cette semaine, au Staadtoper de Munich, j’ai payé nos places huit euros chacune, mais ne dites rien à Hajer qui croit peut-être que l’opéra est un divertissement réservé aux riches.

C’était une production du Didon et Énée de Purcell. Les voix étaient très belles, surtout celle de Belinda, la suivante de Didon. Et surtout celle d’une des sorcière, celle très maigre qui portait une perruque argentée. Hajer a trouvé la voix d’Énée un peu ridicule, mais à moi elle m’a plu.

Mon seul point de comparaison est l’enregistrement des « Arts florissants », dirigé par William Christie. Ce n’est pas très original, j’en conviens, pour un honnête homme qui devint adulte à la fin du XXe siècle, mais je ne suis pas là pour faire l’intéressant. Or, cette production de Munich sonnait vraiment comme celle des Arts florissants.

La scénographie était très riche et un peu attendue. Tout y était des fétiches contemporains de l’art opératique. Une vraie voiture qui roule pour de vrai, un plateau tournant, une mise en scène anachronique, un usage disproportionné de la vidéo et des danseurs de hip hop.

Ils ont coché toutes les cases.

J’ai adoré.

Au sortir de la salle de spectacle, Hajer me fit la remarque qu’à part sur scène on n’avait vu que des Blancs.

À Munich en juin

À Munich, les gens sont calmes et souriants, ils font des efforts pour se montrer polis et gentils. Ils semblent nous dire : voyez comme nous sommes devenus sympas et décontractés, aimez-nous quoi.

À Munich, les musées sont grandioses mais les oeuvres sont exposées de manière un peu scolaire. Quand les conservateurs veulent faire preuve d’originalité, comme dans la Pinacothèque moderne en ce moment, c’est un peu lourdaud : ils classent des oeuvres non plus selon leur chronologie mais selon un point commun qu’elles partagent. Une salle d’autoportraits, une salle peintures où il y a une forêt, une salle de peintures où l’on voit un zizi, etc.

Alte Pinacothek, Munich

À Munich, les cafés sont cool comme en Amérique. Les restaurants turcs se sont embourgeoisés et l’on y dîne pour pour 66 euros à deux (pourboire compris).

À Munich les hôtels sont si chers qu’on ne peut loger qu’une nuit avec le coût d’une semaine dans une chambre d’hôtel de Montpellier.

Librairie française de Munich, trouvée par hasard au sortir du restaurant turc Ali Bey.