Vers la source du Rhône

Je ne voulais traîner autour du lac Léman sans aller voir le Rhône, le fleuve qui m’a vu naître, avant qu’il ne se jette dans le lac.

De l’autre côté du lac, il faut rouler en direction des montagnes. La nuit est tombée depuis longtemps, et je roule en écoutant la radio. Je ne vois pas les montagnes autour de moi, et je me dis que je m’arrêterai quand je serai fatigué.

Je m’arrête sur un parking, et quand je sors de la voiture, le froid me saisit : j’ai changé de paysage, mes frissons me le disent. Le froid est plus sec, je suis clairement en montagne, à la différence du froid de Genève, qui reste très métropolitain, au fond.

J’entends un bruit d’eau. Je vais voir, en espérant que c’est le Rhône qui coule comme un torrent. Je ne suis pas déçu mais ce n’est pas le Rhône. C’est une cascade.

 Je me réveille le matin environné des Alpes. C’est un enchantement qui me renvoie à mon adolescence. A cette époque, je tenais les hautes montagnes comme l’idéal de tout paysage. Rien n’était plus désirable que d’aller dans les montagnes. Le Massif central me paraissait trop petit, trop bas, pas assez accidenté. J’ai changé, depuis, je me suis assagi et j’ai appris à apprécier les vieilles montagnes des Cévennes.

Le Rhône a cette belle couleur turquoise des cours d’eau bien froids, qui sortent tout juste de leur glaciers.

Mais le lit du Rhône est un peu décevant pour le touriste. Rectiligne, creusé et maîtrisé comme un canal, il n’offre pas les sensations de sauvagerie qu’on aime percevoir quand on ne fait que passer.

 

Les mots du grand Ramuz me reviennent en mémoire. Les montagnes n’ont rien d’éternel, mais sont des vagues de terres, qui s’élèvent et qui retombent. Elles sont dans leur phase descendante aujourd’hui, et si j’étais un être aussi vieux que Dieu, je les verrais retomber aussi lourdement qu’une série de raz de marée. 

Les Alpes, ce n’est rien d’autre qu’une tempête interminable, au beau milieu de l’Europe.