Riyadh, capitale renaissante aux quelques facettes

Notre voyage en Arabie Saoudite se poursuit dans la capitale, Riyadh. Chaque quartier semble raconter une histoire différente, avec des ambiances qui varient considérablement.

Le quartier des ambassades, Al Safarat, est un havre de tranquillité gardé par des policiers qui laissent passer les voitures au compte goutte aux deux seules portes d’entrée. Son architecture soignée s’inspire des traditions locales, tandis que son urbanisme met en avant des parcs, des passages piétons et des espaces verts. Pourtant, ce quartier conserve un caractère particulier, presque détaché, comme s’il n’était pas pleinement habité – une impression renforcée par son rôle diplomatique.

À l’opposé, le King Abdullah Financial District (K.A.F.D.) offre une vision ultramoderne de Riyadh. Ce quartier, surgissant presque de nulle part, est une véritable forêt de gratte-ciels audacieux. Plus ou moins piétonnier, il est parfait pour se promener ou boire un café parmi les hommes d’affaires. Avec ses tours impressionnantes il rappelle La Défense, à Paris, ou tout autre ville moderne qui veut son centre d’affaires.

Mon coup de cœur, cependant, reste Olaya et sa célèbre rue, Tahlia Street. Ce n’est pas son nom officiel, mais le surnom, signifiant “douceur” ou “sucrerie”, convient parfaitement. Bordée de cafés, de restaurants et de lieux de sortie, Tahlia Street est animée à toute heure. Ses larges trottoirs et pistes cyclables attirent non seulement les piétons mais aussi les amateurs de trottinettes.

La rue est marquée par deux phénomènes remarquables : d’un côté, un trafic automobile dense, où les conducteurs n’hésitent pas à patienter des heures aux croisements. De l’autre, une foule humaine, surtout de jeunes, qui envahit les lieux dès 22 ou 23 heures. Les cafés se remplissent de gens savourant des chocolats chauds, des cafés au lait et des pâtisseries jusqu’à très tard dans la nuit.

Un soir d’insomnie, j’ai décidé de me promener à 4 heures du matin. À ma grande surprise, Tahlia Street était encore bien vivante. Certes, il y avait moins de monde, mais les cafés restaient ouverts, témoignant de l’énergie nocturne qui caractérise ce quartier. Les femmes y sortent librement et, apparemment, c’est une nouveauté.

Méditons à coups de millions – Riyadh International Philosophy Conference 2024

Le quatrième Symposium International de Philosophie qui se tient à Riyad est, semble-t-il, un événement aussi spectaculaire qu’énigmatique. Sous le prisme de la sagesse précaire, ce billet tente de rendre compte d’une expérience qui oscille entre fascination et perplexité.

Ce qui frappe avant tout, c’est la grandeur ostentatoire de l’organisation. La Bibliothèque Nationale du Roi Fahad, entièrement mobilisée pour l’occasion, est transformée en un véritable palais des merveilles technologiques et esthétiques : tunnel digitalisé à l’entrée, fauteuils de luxe pour le public et les intervenants, écrans gigantesques, et une mise en scène qui évoque davantage une soirée de gala ou un salon de haute couture qu’un colloque de chercheurs.

Même les pauses café ressemblent à un festival gastronomique, avec des serveurs attentifs et une profusion de petits fours.

J’ai adoré.

Cependant, cette mise en scène spectaculaire semble éclipser l’essentiel : la philosophie elle-même. Entre des panels dispersés sur plusieurs scènes, un public clairsemé et une surenchère de distractions visuelles et matérielles, il devient difficile d’évaluer la pertinence de l’événement. La question que je me pose en furetant de panels en conférences : que reste-t-il de l’élaboration du savoir dans cet événement à plusieurs millions de dollars ?

Cette impression de luxe interroge le savant qui sommeille en moi. Pour la sagesse précaire, la philosophie se trouve plutôt dans la simplicité d’une parole partagée, capable de toucher les esprits et d’animer un débat essentiel.

Au lieu de cela, une véritable foire où des entreprises comme The School of Life, distribuent gratuitement des livres écrits, selon toute vraisemblance, par des logiciels d’Intelligence Artificielle. J’ai gardé un exemplaire de celui qu’on m’a donné : On Failure (De l’échec). C’est du foutage de gueule mais au moins le patron de cette entreprise, le Britannique Alain de Botton, ne manque pas de sens de l’humour, à parler de la sagesse du ratage dans un business qui génère des millions.

Lire aussi : Alain de Botton, ou l’art bourgeois de transformer la philosophie en business

La Précarité du sage, janvier 2026

À ce jour, vous l’aurez compris, la suspicion prédomine dans mon cœur.

Mais bon, sait-on jamais ? Peut-être que, caché derrière un grand fauteuil, un jeune homme ou une jeune fille a reçu je ne sais quelle révélation et va se plonger dans les livres d’Avicenne et d’Averroes… Reste à voir en effet si, au-delà du décor, une sorte de motivation intellectuelle émerge de ce congrès dans la population saoudienne.