Egotisme

Quand j’invite les gens à faire des blogs, ils me répondent souvent qu’ils ne veulent pas parler d’eux-mêmes, que cela manque de pudeur, qu’ils ne sont pas assez prétentieux pour cela. Souvent sont cachés deux sentiments derrière ce discours : premièrement il est dégradant d’écrire un blog et de dilapider son génie de cette facon un peu vulgaire ; deuxièmement il est dangereux d’écrire sur soi, dangereux que les gens vous saisissent et comprennent qui vous êtes réellement.

Le blog enseigne le contraire a ceux qui les écrivent. Dire qui l’on est, révéler des choses que l’on voudrait tenir secrètes n’est en fait pas dangereux du tout, car n’étant pas grand chose nous-mêmes, nos secrets ne pèsent pas bien lourd en réalité. Nous n’avons rien à cacher qui soit si important, car lorsque c’est révélé, rien n’a changé dans nos vies, rien n’a changé dans le regard des gens.

Au contraire, tout dire, sans retenue mais avec talent (si possible), avec manière, avec rapidité et avec classe, tout dire est un bon moyen d’échapper aux étiquettes que la puissance sociale aime poser sur les gens.

Stendhal disait tout, il en disait tellement que personne ne le comprend vraiment, personne ne le saisit. Ses romans nous intriguent, sa personnalité tantôt nous agace, tantôt nous illumine. « J’étais amoureux de ma mère, dit-il sans honte dans La vie d’Henri Brûlard. Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eût pas de vêtements. Elle m’aimait à la passion et m’embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu’elle était souvent obligée de s’en aller. J’abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers… » Stendhal aurait été passionné par la psychanalyse, s’il avait vécu jusqu’au XXe siècle, mais il ne se serait pas laissé enfermer dedans. Il aurait trouvé des parades pour être lui-meme, avec ses masques et ses pseudonymes, au point qu’en révélant tout, il aurait débordé et pris de vitesse les analystes.

« Le paradoxe de l’égotisme, écrit Gérard Genette, est à peu près celui-ci : parler de soi, de la manière la plus indiscrète, la plus impudique, peut être le meilleur moyen de se dérober. »

10 commentaires sur “Egotisme

  1. Je n’ai rien a ajouter, je suis pleinement d’accord sur les valeurs thérapeutiques et bénéfique du blog et de l’écriture en général, du travail sur la créativité, car c’est de cela qu’il s’agit, pas besoin de citer tout Stendhal pour s’en rendre compte et je ne fais pas parti de ceux qui dénigrent le blog, et ne le trouve pas dangereux (sauf le coté addictif, ça c’est un peu dangereux, c’est un peu une drogue des temps modernes si on regarde bien…) Des blogs j’aimerai bien en tenir un au moins sur ce modéle ou d’autres, trés littéraires, mais le temps, le boulot, la fatigue surtout, les contraintes sociales m’en empeche malheureusement et ce ne sont pas les idées qui manquent…Littérature et psychanalyse c’est un vaste débat , et bien plus interessant à mon avis que fil/fils narratifs qui nous barbe depuis quelques jours et qui agacent quelques uns me semble t-il… Stendal sur un divan ? Je n’y avais jamais pensé… a mon avis, avec les progrés de la science psychanalytique, il serait au pire interné, au mieux brilllant diplomate et aurait résolu le conflit de la guerre en Irak ou du proche orient en moins de deux, on peut toujours réver… ;mais il ne faut pas oublier que quelque part , ces romans « d’égotiste » sont à l’origine de la psychanalyse, de la réflexion du moi, du sur-moi,etc… Ca reste un immense ecrivain,l’un de mes préférés je le reconnais.

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  2. Je remercie Guillaume de poster des sujets de conversation sur son blog, cela nous aère la vie.. !
    Maintenant, François citait « Le temps, le boulot, la fatigue », j’approuve, pensant que je passe déjà trop de temps derrière mon PC mais je dirais même plus simplement et avant tout cela, l’envie.
    Si on n’en a pas l’envie, inutile de se forcer à écrire un blog, non ?

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  3. Cela va sans dire, il faut en avoir envie. Je ne parlais pas de ceux qui n’en ont pas envie car, même si je ne doute pas vraiment de leur existence, j’avoue que ça dépasse un peu mon entendement. Je conseille de faire des blogs à ceux qui, par exemple, envoient de longs mails collectifs pour donner de leurs nouvelles. Ces mails emmerdent tout le monde, en vexent quelques uns, et ne sont généralement pas lus car ces récits ne sont pas à leur place dans un courriel. Je préconise de reprendre ces longs mails, de les découper en petites séquences qu’on appellera « billets » ou « posts », et de les mettre en ligne tranquillement sur un blog. En y ajoutant des photos et quelques réflexions par-ci par-là, on n’emmerde personne, on donne des nouvelles que les proches peuvent aller lire quand ils le désirent et on peut même, si on a de la chance, provoquer des polémiques et des enguelades de temps en temps.

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  4. Pour approfondir un peu, et rebondir sur le fait que certains faits puissent « dépasser notre entendement », on peut se poser la question de la situation de l’internaute (que cherche-t-il sur un blog ?) et de son caractère.
    Merci de me corriger, Guillaume, si tu penses que je me trompe, j’ai le sentiment que plus qu’ un lien local, c’est un lien avec la France, tes amis, la langue française que tu souhaites entretenir. J’ai souvent lu que tu allais quitter la Chine un jour ou l’autre. Personne ne doute de ton amour pour ce pays et en même temps, j’ai l’impression que sachant que tu quitteras le pays (à moyen terme ?) tu te donnes d’autres priorités que l’apprentissage de la langue chinoise par exemple qui en est une pour moi et fais que j’évite (c’est loupé pour ce matin…) les activités cyber-chronophages.
    Par ailleurs, quand on a une nature, une personnalité de tchatcheur avec le besoin fondamental d’échanger quotidiennement, avec des internautes, des élèves, des amis, etc.. et qu’on habite de l’autre cote de la planète, le blog me semble être l’outil idéal pour ça, c’est bien choisi.
    Maintenant, si les autres ne veulent pas se lancer dans cette aventure, ce n’est pas forcément parce qu’ils ne veulent pas écrire leur vie ou leurs états d’âme sur la toile, mais parce qu’ils peuvent avoir d’autres besoins, d’autres priorités, qui font que le blog serait pour eux plus un fil à la patte qu’un épanouissement.

    Il y a une dizaine d’années, j’ai joué dans une équipe d’impro théâtrale pendant qques saisons. Je raconte ça parce que je viens de me rendre compte que j’aime bien le petit jeu qui doit me manquer et qu’on résumera par : un sujet, qques secondes de réflexion, et 5 minutes pour broder dessus.
    Au théâtre, on joue avec son corps et on a l’obligation de créer une histoire sinon ça ne marche pas. Dans un blog, on a d’autres latitudes. Mais l’idée que le sujet vienne de l’extérieur (arbitre d’impro dans un cas, rédacteur de blog dans l’autre) me plait. La différence fondamentale entre le blog et l’improvisation théâtrale étant que sur ce blog, quand le sujet ne m’inspire pas, je peux zapper !
    On vient tous chercher qqchose de différent sur un blog, j’espère avoir un peu répondu à ta demande d’ « entendement ».

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  5. Moi ce que j’aime ici , c’est le « et de les mettre en ligne tranquillement sur un blog », le « tranquillement » surtout, tout est là… Trouvé le temsp d’étre tranquille ….Je suis dans un endroit « relativement » calme, la banlieue parisienne (a l’abri du désormais célébre « cri chinois », quoique…ce n’est pas Clichy sous bois, mais ca le deviendra peut-être avec le temps…), et parfois, je me demande comment tu fais pour : a la fois tenir bon a jouer le role de professeur expatrié pour des chinois tout en parvenant à tenir deux , trois blogs d’affilés, et en plus te permettre de donner des leçons a tes gentils commentateurs qui ne demanderait que ça de tenir un bon blog, mais pour ma part, il y’a plusieurs trucs qui me dérangent, me génent plutot pour en faire un sérieusement (même si j’en ai réalisé plein mais jamais fini ou abouti comme le tien, et surtout pas aussi bon ou différent plutot, pas aussi littéraire…)

    -D’abord , d’un certain coté, le fait que comme le suggére habilement Damien on passe du théatral au télévisuel, que la pensée écrite est comme zappée, ou peut l’être, et ce coté berlusconisation (ou sarkozisation, ou « peoplisation » de la pensée , de l’écriture, que sais-je…le « je suis un écrivain parce que j’ai un blog » que peut suscitter le blog , quand on s’y lance un peu me géne un peu, c’est peut-être débile comme point de vue, ca me bloque personnellement pour en tenir un , la notion de journal « ex-time » me chagrine un peu, oui, snif )
    – le coté « moi-je  » moi-je » qu’irrémédiablement on se sent obligé de tenir dés qu’on est face à l’écran de son ordinateur.C’est comme tu dis du pur Stendhal, mais est-ce que Stendahl aurait tenu un blog ? la c’est une autre question que je vous laisse méditer.
    -Maintenant c’est vrai que si j’additionne le nombre de commentaires, de réponses en tout genre à tout tes blogs , j’aurais de quoi en constituer un moi-même, et donc tout n’est que question d’organisation du temps evidemment, et la , la vieille excuse du « pas le temps, trop de boulots, contraintes sociales etc… » ne tient plus, je reconnais , je sui un gros paresseux.
    -C’est la que je me dis, oui , mais si je fais un blog, je vais dévoiler pleins de trucs, pleins de supers idées jusqu’ici secrétes et que je trouve géniales, et que se passe t-il si je me fais piquer mes idées par un François Bon ou u Guillaume-en-Chine hein ? hein ? j’aurais l’air fin tiens…Ce que je veux dire, c’est que plus qu’un auteur édité sur papier, le blogueur est quand même , s’ouvre a plus de problémes juridiques quand a ce qui concerne ses idées, la propriété de ses idées, de la propriété de ses créations bref ce qu’on appelle les « droit d’auteurs » , y’a t-il une juridiction claire la dessus sur internet ? je ne crois pas…N’importe qui (moi, je plaisante, mais comme exemple…) je prends tous tes billets , je les colle sur Word, les rafistole un peu et envoie à un éditeur en disant que c’et ma création, imaginons que c’est édité qu’est-ce qui se passe aprés ? Moi, c’est bien pour ça que je n’ose pas trop en faire, un peu par peur oui du photocopillage par papier-collé interposé…

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  6. Voilà encore une note qui me parle…Depuis deux ans Roméo et moi nous écrivons un blog à deux voix (égalité de l’homme et de la femme mais non identité!) et nous en tirons beaucoup de profit pour l’un, pour l’autre pour le dialogue dans le couple et pour le dialogue avec d’autres par les commentaires…
    amitiés,
    Juliette

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  7. Bravo à tous!
    Je dirais, pour nuancer Gérard Genette, qu’écrire sur soi permet de poursuivre la quête de soi. Cette quête se termine au moment où le dernier souffle est exprimé. Avant, qui peut dire qui il est? Il suffit qu’il y ait en soi une contradiction (elles sont le plus souvent légions) pour qu’il ne soit pas permis de dire précisément qui je suis.
    Écrire, c’est thérapeutique! Au lieu de consommer, l’écrivain fait tourner son esprit, l’empêche de rouiller.
    Être lu, c’est là qu’un plaisir sans pareil arrive!
    Être copié, avant les ‘droits d’auteur’, c’était le meilleur moyen d’être diffusé. Aujourd’hui, avec la perfection des copies, ce moyen redevient commun.

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