En étudiant une synthèse de textes historiques sur la colonisation, mes étudiants shanghaiens et moi en sommes arrivés à effectuer un étonnant voyage dans le temps présent.
Les documents avaient tous en commun d’être une justification de la colonisation. Un discours de Jules Ferry à l’Assemblée nationale parle des devoirs et des droits des races supérieures sur les races inférieures. Un autre de Joseph Chamberlain chante la gloire de la race anglaise qui va dominer le monde, etc. Un document attire plus particulièrement mon attention : un extrait du journal de Cecil Rhodes, Premier ministre de la colonie britannique du Cap, datant de 1898 ; en voyant tous les pauvres de Londres, il se convainc de la nécessité de l’impérialisme : « Pour sauver le Royaume-Uni d’une guerre civile meurtrière, nous, les colonisateurs, devons conquérir des terres nouvelles afin d’y installer l’excédent de notre population. »
Que faire de ses pauvres ? Comment régler la question sociale ? C’est ce à quoi est confrontée la Chine aujourd’hui, et c’est sans doute pourquoi on parle aujourd’hui d’une nouvelle colonisation de l’Afrique par l’homme chinois. Cela nous ramène à l’extrait du livre de Serge Michel et Michel Beuret qu’a publié Le Monde il y a quelques jours, sous le titre « L’Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse » (daté du 19 mai 2008). Les auteurs, qui ont enquêté dans la plupart des pays africains où l’on peut côtoyer des Chinois, parlent de l’immigration comme une solution encouragée par Hu Jintao pour « faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique, la pollution. » Il s’agirait donc d’une ruée vers l’Afrique qui fait écho aux phénomènes d’excédent de population que l’Europe connaissait au XIXe siècle. L’extrait du livre fait mention d’un « scientifique » anonyme, qui aurait parlé dans le Figaro en ces termes extravagants : « Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution. On ne s’en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique! »
Sacré excédent, en effet. Mais cela se tient. La réserve d’hommes pauvres, en Chine, est inépuisable. Il n’y a que les optimistes béats (en particulier ceux qui vivent à Shanghai) pour penser sérieusement qu’un pays, quel qu’il soit, puisse les « résorber ». Avec le ralentissement de la croissance, et malgré le déséquilibre démographique hommes-femmes qui condamnent des millions d’hommes au célibat, les pauvres se reproduisent à une vitesse ébouriffante. Pour éviter un chaos social, dirait aujourd’hui Cecil Rhodes, qui menacerait l’unité du pays, l’Afrique risque bien d’être le théâtre d’un flux migratoire dont on ne perçoit aujourd’hui que le prodrome.
Cela nous réserve un avenir follement coloré.
« Les auteurs, qui ont enquêté dans la plupart des pays africains où l’on peut côtoyer des Chinois, parlent de l’immigration comme une solution encouragée par Hu Jintao pour “faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique, la pollution.” Il s’agirait donc d’une ruée vers l’Afrique qui fait écho aux phénomènes d’excédent de population que l’Europe connaissait au XIXe siècle. »
Il faudrait savoir comment et dans quel contexte Hu a prononcé cet encouragement si il a vraiment encouragé ce mouvement; je ne crois pas qu’il y voit une solution pour faire baisser l’immigration; si certains sont toujours prêts à aller dans n’importe quel coin de la planète pour gagner de l’argent ( resto chinois en Irak ou Afghanistan dès l’arrivée des Américains…), je ne crois pas en l’arrivée massive des Chinois permettant une baisse de la démographie Par ailleurs lorsqu’on connaît la faible estime des Chinois pour leurs copains africains ( je suis doux), on a des doutes… je ne vois pas une véritable ruée vers le continent noir. Cela , quand on est un vrai pauvre sans espoir de s’en sortir, peut-être que…
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Oui, et des vrais pauvres sans espoir de s’en sortir, il y en aura combien sur les dix, vingt années à venir ? Largement de quoi faire un contingent de 300 000 000 de personnes.
Mais c’est vrai que quand on vit en Chine, on n’imagine pas cela possible. Les Chinois ne voient pas l’émigration d’un bon oeil, etc. Mais ce ne serait pas la première fois que la réalité précède ce qu’ils disaient impossible et inconcevable.
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« Les Chinois ne voient pas l’émigration d’un bon oeil, etc »
Ah bon?
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Je fais référence à ce qu’on me dit, et ce qu’on m’a dit sur ce genre de sujet, c’est que « traditionnellement », les Chinois n’aimaient pas voyager, que s’ils le faisaient, ils tenaient à revenir dans leur pays natal, qu’ils étaient tous sauf des colons, que leur attachement au pays était bien plus fort que ce que nous connaissions, nous, en Europe. C’est leur vision des choses, qui ne me paraît pas respecter la réalité historique (qui voit les Chinois voyager beaucoup, etc.)
C’est pourquoi on imagine mal un Chinois dire, comme cet anonyme de l’article, ou comme Cecil Rhodes, que la Chine doit envoyer en Afrique l’excédent de population.
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En Italie, une comme Prato est presque devenue chinoise; j’exagère, ce sont des Italiens de Prato qui disent ça; le gouvernement italien, en 2002 a dû faire des programmes en chinois pour expliquer des points importants de la vie italienne à respecter.
La région de Wenzhou , à 500 km de Shanghai a une longue tradition d’émigration et a fourni les plus gros contingents ( une émigration à forte majorité clandestine au début) en Europe sur les 20-30 dernières années; des villages de la région de Wencheng comptaient il y a encore 5-6 ans plus de 50% de la population hors des frontières.
Ce que tu dis semble vrai en théorie; on a m’a souvent sorti l’image de l’arbre qui pousse et les racines qui restent toujours dans le même sol.
Par ailleurs, ma première prof de chinois à Lyon me disait qu’un Chinois reste toujours un chinois et est très attaché à sa culture; je suis d’accord.
Il faut mettre des bémols, je connais des Wenzhou à Paris qui s’en sont très bien sortis et adorent la France; certains sont venus en Chine pour le business et ont eu vite marre de la corruption, du manque de clarté juridique,etc et après s’être faits plumer, ils sont rentrés dans leur pays en France; certains m’ont dit, la Chine ce n’est pas pour moi.
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Que voulez-vous que 300 millions de Chinois aillent faire en Afrique ? Chasser la gazelle ?
Les pauvres s’expatrient dans les pays riches, sinon quel intérêt ? et même certains pays africains le sont grâce à leurs ressources naturelles, ça ne diffuse pas dans la société – alors il semble difficile d’y vendre des nems.
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Sarkozy s’est rendu aujourd’hui même en Angola, pour y restaurer les ralations entre nos deux pays après que des juges aient mis leur sale nez dans un banal trafic d’armes entre le dictateur local, Pasqua et le fils Mitterrand : mais Sarko va « tourner la page », on arrête ces conneries de juges, les affaires reprennent avec Thalès, Total, Bolloré…
Si notre président se déplace, c’est parce qu’il y a de plus en plus de Chinois en Afrique, 40000 en Angola, paraît-il, il faut donc contrer leur influence dans cet Etat ruiné par des dizaines d’années de guerre civile mais excessivement riche en ressources naturelles, notament en pétrole. L’Afrique est riche, ce sont les Africains qui sont pauvres.
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« Que voulez-vous que 300 millions de Chinois aillent faire en Afrique ? »
Mart, les pays d’Afrique et du Moyen-Orient achètent les produits bas de gamme et à faible prix de Chine en masse; d’ailleurs à Guangzhou il y a certains petits quartiers africains, je me suis retrouvé le mois dernier dans un immeuble abritant un hôtel peuplé d’Africains et des sociétés d’import-export et la plupart des patrons sont d’Afrique. Par ailleurs, quand on lit des livres ou des articles sur les Wenzhou, on se rend compte qu’ils partent généralement sur les nouveaux terrains où il y a pas ou peu de Chinois – je me souviens d’avoir lu le récit d’une femme qui a fait fortune en Serbie à la fin de la guerre en important des produits chinois ttrès prisés, ou alors des restaurateurs qui se sont précipités en Afghanistant pour nourrire les … GI, idem pour l’Irak. L’avantage du premier entrant. Les Chinois peuvent donc faire beaucoup de commerce avec l’Afrique. Les communautés chinois dans les îles Maurice, de la Réunion ou Madagascar sont de vieilles terres d’immigration.
Les pays riches ne sont pas faciles non plus, ce n’est pas toujours l’Eldorado.
Par ailleurs, comme chacun le sait, la Chine grosse consommatrice de matières premières placent ses pions et l’Afrique fait partie de la stratégie.
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Qu’il y ait du fric à faire en Afrique, je n’en doute pas – que ce soit en exploitant les ressources naturelles ou en ouvrant des boutiques de produits chinois – mais je doute que ça entraîne une immigration très abondante : ce ne sont pas des activités consommatrices de main d’oeuvre.
Donc les 300 millions de migrant, c’est une figure de style.
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Nous sommes d’accord, Mart.
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ON S’EN FOUT !!!
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On s’en fout pas du tout, en tout cas pas moi.
On pourrait dire que les dizaines de milliers de Chinois qui partent en Afrique sont une tête de pont. La France n’avait pas forcément non plus un intérêt économique évident à exporter de la main d’oeuvre en Algérie, il y en avait déja sur place, et elle l’a pourtant fait après avoir envoyé des avant-garde. Il y a un moment où la domination passe par la démographie. Quand les besoins n’existent pas, on peut toujours les créer.
Par contre, je ne sais pas si on peut vraiment parler de colonisation. Jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas de corps expéditionnaire chinois en Afrique. Mais j’en saurai plus l’an prochain.
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« Donc les 300 millions de migrant, c’est une figure de style. »
Justement, je ne crois pas. C’est la nouveauté, par rapport aux siècle d’émigration et à la démerde bien connue de la diaspora. Avec l’immense problème de la démographie, la mondialisation, la Chine ne peut plus se contenter de terres prometteuses, d’îles bigarrées ou de quartiers de grandes villes. Elle a besoin d’un continent. Or, les Chinois ne sont pas que des boutiquiers et des restaurateurs. Leurs entreprises qui viennent exploiter les ressources, pour obtenir les contrats, font de nombreux travaux (routes, hôpitaux, maisons privées pour ministres, immeubles, stades, etc.) qui emploient des milliers d’ouvriers chinois. Nous avons donc dès aujourd’hui une population chinoise de boutiquiers, de restaurateur, de businessmen, d’ouvrier, de cadres, d’intérprètes, de fonctionnaires. Rien n’indique qu’ils vont s’arrêter là.
Ils sont déjà plus nombreux que les Français et les Libanais réunis, et c’est à une immigration de masse que nous avons affaire, si l’on en croit les auteurs du livre que j’ai cité dans mon billet.
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Si je peux trouver du thé vert Long Jing à la bonne température dans la brousse et discuter de Su Dongpo en regardant s’ébattre les gorilles, je dis : vive l’impérialisme rouge.
Sans blague, sur le site du lycée français où je vais bosser, il y a déja des titres en Chinois. Donc il y a des Chinois établis en Afrique noire francophone avec leurs enfants et qui peuvent désirer les scolariser dans un établissement français.
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Je me demande quelle image tu te fais des Chinois, mon bon Ben. Parler de Su Dongpo, je doute que ça leur arrive souvent, mais ils le feront peut-être avec plaisir (pas plus d’une ou deux fois, cependant, pour le fun) avec un autre expatrié. Entre expatriés, on parle de poésie, c’est bien connu.
En revanche, oui, dans la communauté chinoise que tu trouveras au Gabon, il y aura des francophones, puisque les entreprises chinoises emploient des diplômés des départements de français pour les envoyer en Afrique. Tu rencontreras peut-être certains de mes anciens étudiants.
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En Algérie, les chinois font partie désormais de notre paysage et ce, en peu d’années.
Présents dans le BTP, d’abord à titre exceptionnel, ils rafent , maintenant, beaucoup de contrats: rapidité d’exécution, qualité certaine, prix compétitifs et main d’oeuvre chinoise surexploitée. Réputation de redoutables négotiateurs. Ils se meuvent dans les arcanes de notre bureaucratie comme des poissons dans l’eau et ce, quelle que soit sa pollution! Les ouvrages montent à toute vitesse sans qu’on les voit travailler…je vous le jure!
Ils ont ouvert des boutiques (textile, objets décoratifs) dans tout le pays. Ils ont des ateliersinvisibles mais bien connus, dans les grandes villes.
On les rencontre partout, dans une promiscuité discrète et souriante. Ils parlent notre arabe dialectal et on parle même de mariages mixtes.
Une précision: selon les témoignages de mes parents, rien à voir avec la présence française pendant la colonisation!
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Je n’ai pas trop le temps de développer mais il ne faut pas oublier les diverses racines de notre civilisation occidentale qui avait la prétention d’apporter la bonne nouvelle avec les missionnaires et la civilisation avec le reste; les Chinois, même si ils n’ont pas la plus grande estime pour leurs ami africains, n’ont pas du tout cette prétention.
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Témoignage très intéressant, Nariem. Pourvu que leur présence reste souriante et que l’Afrique sache digérer les 300 millions de nouveaux Chinois dans les décennies à venir. La question est : comment réagiront-ils lors des manifestations d’hostilité réelle des populations locales ? Lors des tournées de Hu et de Wen en Afrique noire, ils se plaignent déjà de subir des désagréments. L’histoire apprend le vilain sort qui est réservé aux minorités qui réussissent bien.
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Oui, et un bon exemple en a été donné lors de la crise financière asiatique de 97.
En se baladant en Indonesie, pays moins éloigné géographiquement de la Chine, on trouve encore quelques immeubles abandonnés, aux vitres cassées, désertés par leurs propriétaires chinois de l’époque qui fuirent les exactions (viols, bastonnades.. ) à toute vitesse.
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Je pense avec Guillaume que ce livre est en effet trés interessant, sinon important dans ce qui est de notre vision géopolitique du monde actuel. Sans doute un classique future des études sociologiques, histoiriques. Je ne l’ai pas lu encore, mais j’entends souvent de bons échos ici ou la de ce livre. Le probléme c’est de savoir si , avec ce néo colonialisme on peut encore parler de « minorités qui réussissent bien » à propos de la Chine, ou alors, je n’ai pas bien compris ce que tu entends par minorités ici…Chinois ou Africains..?.En tout cas , vu la façon dont les chinois réagissent (en gros comme de nouveaux riches avec des gouts petits bourfgeois calqués sur le modéle occidental « a l’ancienne » -tu parlais des statues greco-romaines un truc de de ce genre, dans ce goût là-) j’ai peur que l’Afrique ne revive de sales moments. Mais ce qui est interessant ici, c’est que l’Afrique, ici ou la aussi se métamorphose, un peu comme la Chine, et c’est ce mélange qui est interessant…Pauvre Afrique quand même…
Merci pur ce conseil de lecture…
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Doit on s’étonner qu’un pays en devenir, s’enrichissant, devenant puissant, aille a la source des matieres premieres dont il a besoin……. C’est un « phenomene » d’immigration, de colonisation……….Jusque là, rien qui vienne révolutionner le mouvement de l’histoire. C’est l’une des phases, logique, d’un pays dévellopé. L’Europe connait bien ce procesus.
Par contre, le « comment » se passe cette « colonisation » semble des plus interressant. Les résultats qu’obtient la communauté Chinoise, sa capacité d’adaptation, ses méthodes semblent nouvelles, differentes de ce qu’a pu subir l’Afrique ces derniers siecles.
Et l’Europe s’étonne. Parce qu’elle n’a rien vu venir ? La rapidité avec laquelle s’opere ce changement en Afrique devrait pourtant nous parler. Il ne s’agit pas que « d’éfficacité Chinoise ». Pourquoi l’Afrique change aussi vite de partenaire….
Une derniere petite chose qui me trouble. Je comprend bien que nombre d’entre vous etes des « experts » du monde Chinois. Mais je vous en prie, cessez les « lorsqu’on connaît la faible estime des Chinois pour leurs copains africains « ,les « les Chinois ne voient pas l’émigration d’un bon oeil » et les « un Chinois reste toujours un chinois et est très attaché à sa culture »….
et « l’Espagnol a un petit cul pour éviter les cornes des taureaux »(Pierre Desproges)
Je m’étonne vraiment, dans ces commentaires divers, de la volonté de certains a vouloir « caractérisé » LE Chinois, le réduire à une généralité qui n’est pas tres éloigné des meilleurs pages de la période colonial.
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Merci pour ce commentaire. On n’oublie jamais ce que l’Occident a fait à l’Afrique, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne faut observer ce qui s’y passe avec vigilance. C’est confortable de dire que tout est formidable dans ce mélange harmonieux de noir et de jaune, mais enfin, 300 millions, c’est étonnant, non ? C’est gigantesque! Accueillir cette hypothèse sans s’étonner, c’est ne pas prendre la mesure des choses. Enfin, c’est la population d’un continent qui passe d’un continent à l’autre.
A côté de ça, c’est vrai qu’il faut éviter les clichés, mais c’est un peu facile de nous reprocher la moindre qualification, car c’est dur de parler tout court, si on ne généralise jamais le moins du monde. Je ne sais pas, moi, avez-vous trouvé que de nombreux Chinois faisaient les louanges des Africains ? Moi, je n’ai entendu que le contraire, avec une attirance certaine pour l’Afrique, au sens de la nature sauvage, des animaux, des safaris, etc.
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Humble hump,
« Une derniere petite chose qui me trouble. Je comprend bien que nombre d’entre vous etes des “experts” du monde Chinois. Mais je vous en prie, cessez les “lorsqu’on connaît la faible estime des Chinois pour leurs copains africains “,les “les Chinois ne voient pas l’émigration d’un bon oeil” et les “un Chinois reste toujours un chinois et est très attaché à sa culture”….
Vous avez raison , il faut éviter les généralisations et il est toujours confortable et gratifiant pour l’esprit de qualifier sans apporter les nuances indispensables.
Malheureusement dans ce cas précis (“lorsqu’on connaît la faible estime des Chinois pour leurs copains africains “), la généralisation est très très proche de la réalité et même chez des gens qui ont un esprit assez ouvert et mon expression est assez gentille et je n’oserai pas reproduire ce que m’ont dit certains Chinois pour justifier leurs opinions sur les Africains ( je suis en train de finir les Bienveillantes de J. Littell et il y a des parfums pas très éloignés).
« un Chinois reste toujours un chinois et est très attaché à sa culture » , c’est ma première prof de chinois, Chinoise, qui soulignait ce point ; encore un constats qu’il est difficile de réfuter. La remarque vaut ce qu’elle vaut certes.
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Je ne dis pas que cette hypotese est formidable, a aucun moment. Je ne pense pas cependant qu’elle soit inquietante et plus sujette a caution que ce qu’a pu vivre l’Afrique durant les 150 dernieres années ( et plus).
Vigilance, suspicion… justement, pourquoi ne pas envisager qu’il y a là un debut d’avenir ( et d’espoir) pour un continent qui aujourd’hui, tout le monde l’accepte, est au fond du trou. Ce qui, selon moi, confirme que les politiques de l’occident ont été au mieux inéficace, et au pire, un des facteurs de la déstructuration des societes africaines.
Le témoignage de Nariem va dans le sens de nombreux autres echos que j’ai pu avoir. Et ce nouveau phenomene ( qui est constaté depuis deja plus de trois ans) a le mérite d’amener des solutions nouvelles, de bousculer les rapports traditionnel Afrique / Occident qui sont, convenons en, malsains. Sur ce point, nous ( pays de l’occident) allons etre amener a changer d’attitude, c’est un des points positifs des nouveaux rapports de forces qui se dessinent aujourd’hui.
Des solutions concretes ont été apporté par des ingénieurs chinois notament dans l’agriculture. Ils se sont tres rapidement adapté aux conditions locales, ont su utilisé le peu de moyens trouver sur place pour optimiser les récoltes. Ils se sont concentrer sur les productions vivrieres et non sur la mise en place de culture d’exportation qui ont conduit nombres de pays dans des situations catastrophiques ( effondrement des cours, ruine puis famine…). Ils vivaient dans des cases, sans clims, certains ont tres vite appris leur dialectes. Les autochtones étaient habitués a voir des ingénieurs occidentaux, avec un staff, la nécéssité d’un hotel tout confort a proximité, d’investissement considérable avant meme de travailler, avec à la clef d’incertains résultat pour dans x années. Tout cela a des allures de «belles histoires», mais ce sont des faits. Je n’ai pas idée de l’ampleur de ce phenomene, mais je trouve ces signes plus encourageants qu’inquietants.
Ce sont des pistes nouvelles, et a priori plutot positives pour les populations locales. Disons que entre les résultats de notre longue histoire avec l’Afrique et les prémisces de cette nouvelle «colonisation» ( en effet sans corps expéditionnaire), je regarde avec optimisme ce nouvel élan (reste la possibilité aussi d’une Afrique laissé enfin a son destin mais rappelons que l’essentielle des frontieres ont été joliement dessiné par nous, parfois a la régle pour ne pas perdre trop de temps)
Quand a la question du point de vue des Chinois sur l’Afrique et les Africains. Non, je n’en ai pas trouvé qui faisaient leur louanges. Pire, je n’ai jamais penser à en chercher. Il m’est arrivé, dans mon quotidien, de cotoyé, partager des repas, passer une soirée, avec des Africains, des francais et des chinois ensemble et le tout en Chine.Et non, je n’ai pas percu quoique ce soit. Pire encore, les propos de mes amis chinois, apres la soirée n’ont a aucun moment été négatif et dans tous les cas bien éloignés des intentions que vous leurs pretez.
Ce qui est sur c’est que j’ai entendu beaucoup moins de discours abjecte à propos des Africains que ceux que je peux regulierement entendre en France. Bref, ce que je voulais dire avant tout en parlant de mon «trouble», c’est que l’attitude raciste n’etait en rien une caractéristique propre à la population chinoise et que par consequent, elle ne peut etre un argument d’inquietude nouveau quand on pense au rapport Chine / Afrique ou Occident / Afrique (quand au rapprochement avec «Les Bienveillantes», j’avoue ne pas comprendre du tout).
La Chine a une population de 1 300 000 000 d’habitants ( a peu pres ?), elle s’enrichie et se devellope rapidement. L’une des conséquence logique à son besoin croissant de matieres premieres est d’étendre, a son tour et maintenant qu’elle en a les moyens, son influence partout ou cela peut lui etre utile. C’est normal et je pense que ce nouveau rapport de force peut conduire a une concurence saine et a un reéquilibrage des influences présentent sur la scene international ( à condition que l’on sache integré ce fait et s’y adapter). Observons, constatons mais ne jugeons et condamnons pas trop vite un nouvel arrivant qui, chaque jour qui passe, a de plus en plus les moyens d’appliqué sa politique. Mais cessez de faire passer cela pour un nouveau grand danger. A aujourd’hui, la Chine pose son influence en Afrique avec bien plus de tact, bien moins de violence que tout ce que l’Europe a pu y faire jusqu’a encore tres recement (pour exemple, interressez vous a ce que l’on peut apprendre du Rwanda, et de la France au moment du génocide).Rien aujourd’hui ne me laisse a penser que la Chine pourrait faire pire.
Une derniere reflexion sur les pauvres. Ils existent en Chine, assurément. Leur condition s’améliore aussi, si on regarde l’évolution durant ce derniers siecle. Je ne pense pas qu’ils résoudront ce probleme sur une ou deux générations, il y a trop a faire. Mais je n’ai pas plus de raisons d’etre choqué par le traitement social de leur pauvres par les Chinois que par celui, par exemple des Américains. La-bas, leur nombre ne cesse de progresser, tout en devenant de plus en plus pauvres. Et a l’exemple de ce qu’a reveler la guerre du Vietnam, les Etats Unis ont parfaitement integré la nécessité de garder une classe sociale pauvre. Elle est utile pour en faire des militaires en période de conflit et tout aussi utile pour limiter les revendications de la classe moyenne dans les périodes de prospérité. Utile au point d’avoir modifier les regles du credit pour en faire, et là on est au meilleur du cynisme que peut produire le capitalisme, un produit d’appel qui a conduit a la fameuse crise des sub-primes ( faite credit aux pauvres, si ils ne payent pas ont recupere le bien immobilier et on le revend, c’est gagnant a tous les coups; pas de chance, l’immobilier s’effondre et ce que recupere les banques ne vaut plus rien; quand aux ex proprio pauvres, qu’ils retournent à la rue). L’amérique est la premiere puissance mondial depuis longtemps et à aujourd’hui, elle n’a pas résolu ce probleme (et donc, il semble meme qu’elle n’y a aucun interet à le résoudre) .Et vous voudriez que la Chine, qui sort a peine la tete de l’eau, résolve le probleme là, maintenant et tout de suite ? Quelque chose m’échappe dans cette exigence que l’on a pour la Chine, et dans cette bienveillance que l’on a pour d’autres systemes….
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Je ne répondrais qu’une chose à ce très intéressant commentaire : 300 000 000 Chinois.
A la différence de vous, je trouve cette hypothèse vraiment formidable, au sens d’une aventure humaine extraordinaire. Inquiétante aussi, oui, pour le moins, c’est-à-dire que les choses se passeront nécessairement mal, mais quelle aventure, mes amis, quelle épopée encore!
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Humble hump, quelque soit le sujet, on peut se garder des discours manichéens, non ? Surtout sur un blog ou les intervenants font preuve d’ouverture d’esprit.
Vous nous demandez d’observer, pas de juger, mais lorsque vous parlez des Etats-Unis, vous parlez de cynisme capitaliste. Pourquoi ne pas employer les mêmes mots pour la Chine ? Cela n’empêcherait pas, par ailleurs, de reconnaître les forces de la Chine et de son peuple. Mais notez que lorsque le discours est à sens unique, on s’ennuie ferme.
Pour avoir un frangin qui passe une partie de son temps sur des projets d’irrigation au Mali, je sais que chez nous aussi les bonnes volontés existent. Au sein d’associations locales, d’ONG…aux conditions de vie locales. Tiens en passant, vous pouvez me citer une ONG chinoise qui travaille en Afrique, sans but lucratif s’entend ?…
A votre place, j’aurais évité le couplet sur le confort car si les chinois exportent leur main d’œuvre, c’est qu’en Afrique aussi beaucoup de cadres, de fonctionnaires, de « staff » comme vous dites ont pris gout au confort et refusent de se salir les mains. Le « tout clefs en main » des chinois fait leur force.
Ça ne passerait pas en Europe car on se soucierait des conditions de travail de ces travailleurs migrants. Faut-il y voir une régression si on se soucie de la santé des travailleurs ?
Pour finir et à titre personnel, des propos racistes dans la bouche des chinois, j’en ai moi aussi entendu, souvent empreints d’une certaine forme de naïveté simplificatrice : ce ne sont pas des intentions que l’on prête, mais des paroles que l’on entend.
On le comprend d’ailleurs assez aisément quand on se rappelle que la Chine est ouverte au monde extérieur depuis peu. Cela prendra du temps avant que la population chinoise se familiarise avec d’autres populations et comprenne l’injustice du racisme.
D’ailleurs, il me semble qu’on a vu les mêmes réflexes racistes apparaître au grand jour, au cours des 20 dernières années, dans les pays de l’ex-bloc de l’Est, comme s’ils avaient été figés pendant la période communiste.
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Une anecdote pour rappeler que l’export chinois est partout :
Lorsqu’on mon frère (désolé pour la référence familiale récurrente) a cherché à savoir ou avait été fabriqué le Chèche qu’il venait d’acheter en pays Dogon, on lui répondit que si on continuait de le porter, en revanche plus personne ne tissait cela ici, tout était importé de Chine !..
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Merci à humble hump d’avoir exprimé si justement et si brillamment ce que j’ai voulu faire passer en filigrane dans mon témoignage.
Nous, citoyens du « tiers monde », du « quart monde » et autre monde à part, avons fait l’expérience de la « coopération » occidentale: elle a un goût amer et nulle part, elle ne nous a sorti du sous développement car telle n’était pas son objectif( et pourtant elle n’était pas gratuite). C’est cela le néocolonialisme. Je passe sur la l’ignominie de la colonisation, cette briseuse des destins des peuples et des nations dont nous n’avons goûté aucun bienfait. Toutes ses réalisations l’ont été uniquement pour les intérêts des colons et de la métropole. Bien sûr,Damien, nous faisons la nuance et reconnaissons ceux qui nous ont aidé (enseignants, syndicalistes, politiques, médicaux, avocats,etc..). Mais ils l’ont fait à titre individuel contre la volonté de leur nation et beaucoup l’ont payé. C’est le cas , aujourd’hui avec les ONG. Celles-ci, au-delà de la générosité de leurs objectifs et de leurs membres, expriment l’échec éclatant des « coopérations » gouvernementales et supra gouvernementales dominées par les intérêts des capitaux occientaux. Je passe sur la responsabilité de nos gouvernants mais ils sont bien aidés par les occidentaux sauf s’ils essaient d’avoir une politique au profit de leur propre pays(Vénézuela, Le Chili d’Allendé,Lubumba,..). Pourquoi dénier aux Chinois le droit de faire des affaires dans le monde du capitalisme triomphant et les suspecter de néocolonialisme dans nos pays? Leur « accommodement » des dirigeants locaux n’est-il pas le pragmatisme nécessaire aux affaires qui est si pratiqué par les occidentaux? De plus, ils n’ont pas l’hypocrisie de brandir le goupillon à l’origine des génocides et des fractures irrémédiables au sein des populations, ni l’étendard de la Démocratie si nécessaire en Chine et pas tout autant en Arabie Séoudite ou au Gabon! Je me rappellerai toute ma vie les paroles de M Kouchner, au moment où les démocrates algériens étaient assassinés, où des villages entiers étaient égorgés , où les forces de sécurité étaient abattus, où des intellectuels, hommes de théâtre, journalistes, médecins de renom , poètes et écrivains étaient foudroyés, où notre jeune démocratie balbutiante (non importée,née des sacrifices et du génie propre de nos forces vives malgré nos gouvernants): il estimait qu’il ne fallait pas s’ingérer dans nos affaires intérieures, que la Démocratie ne répondait pas aux voeux de certains peuples ni à leur culture! Lui, le champion du droit d’ingérence! ! La France de Voltaire, de Diderot, de Victor Hugo nous fermait ses frontières pourtant largement ouvertes aux intégristes de tout poils.
Quand nous voyons, dans les pays occidentaux , le branle-bas de combat concernant la Chine, nous sourions pour ne pas dire que nous éclatons de rire!
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Encore un point qui me tient à coeur:
Parmi les victimes de l’intégrisme, the last but not the least, la femme est décrétée ennemi public n°1 et source démoniaque de tous les problèmes de par sa nature même: prêches incendiaires, agressions, viols, assassinats, intimidations au travail et dehors, ingérences des voisins,pressions sur les enfants et les maris,frères, pères, menaces de mort contre les gynécologues hommes s’ils continuent d’exercer leur spécialité, refus des barbus de se faire examiner par des femmes et les sommant de rentrer chez elles….Nous ne méritions pas la démocratie tant brandie ailleurs .
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Nariem, qui est ce « nous » dont vous parlez ? D’autre part, il faudrait peut-être de voir les Africains comme de pauvres choses dont on peut fait sa victime à sa guise. pour reprendre l’exemple que vous avez choisi, on peut toujours dire que l’islamisme est une importation occidentale, mais ça ne séduit que les grands paranoïaques. en tout cas, ce n’est pas ce pauvre Kouchner, dont tout le monde voit bien les insuffisances, qui est responsable des tortures que l’Algérie s’inflige à elle-même. Elle est bien assez grande pour le faire toute seule.
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Après les paranoïaques chinois, voici les paranoïaques africains.
J’ai vu il y a peu de temps un film africain nommé « Bamako » sur les méfaits du FMI et de la Banque mondiale en Afrique. Le film est un long procès de ces deux institutions organisé dans un village. Après la projection, il y avait un débat avec le réalisateur. Quelqu’un lui a fait remarqué qu’il y avait une disproportion entre les temps de parole qu’il donne dans son film à ceux qui attaquent le FMI et la BM et à ceux qui les défendent – un rapport de 1 à 5/6 peut-être. Il a répondu : « Je sais, mais je n’ai pas cherché à être juste. Je les laisse se défendre eux-mêmes, ce n’est pas mon rôle. Moi, je voulais me concentrer sur le mal qu’il ont fait. »
A mon avis, c’est une réponse idiote qui suffit à discréditer tout son film.
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« Disons non la venue des chinois chez nous ». Les gens qui disent « nous » doivent savoir de qui ils parlent, mais les « autres » ne peuvent les comprendre qu’avec un gros effort de bêtise plus ou moins volontaire. D’autres « nous » utilisent en effet le même « nous » et disent à peu près la même phrase ( ça s’appelle « reconduction à la frontière » ) pour parquer et expulser les premiers, ces « nous » qui portent un « maillot faible ». Les même mots produisant les mêmes effets, la difference se fait seulement au niveau de la violence des procédés d’exclusion. En RSA, il y a même des « nous » qui font cramer d’autres « nous » de la même couleur qu’eux par pur racisme. C’est ça qui est vraiment fort, le racisme entre « nous » d’une même race, l’auto-racisme. Exploités de toutes les races, encore un petit effort pour être complètement cons : disons non à notre venue chez nous.
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Peut-être qu’aprés tout la Chine va apporter un plus que l’occident n’a pas su apporter à l’Afrique…Il faut l’espérer pour ce beau continent ou j’ai été conçu et dont je me sens proche quelque part car mes paents ont fait parti de ces idéalistes qui justement pensait aller à contre courant de l’idée dominante européene en allant enseigner la bas pendant au moins une bonne dizaine d’année (en gros toute les années soixante dix). Je trouve Nariem un peu sévére quand même, je n’irai pas a dire paranoiaque, mais quand même, attendons de voir ce que va faire la Chine avant de casser les liens afro-européens (plus que fragiles c’est vrai) et jeter le discrédit sur une pseudo parano européenne qui aurait peur du péril jaune . Je ne fairai aucun commenataire sur Kouchner et ses propos sur l’Algérie, c’est peut-être vrai je ne sais pas…Bon, quand même, avec tout ça , il ne faut pas oublier que l’Europe c’est pas le top non plus, c’est bien beau de citer Diderot, Voltaire etc mais c’est fini depuis belle lurette, ici aussi il y’a des problémes . L’Afrique s’enrichit, la Chine s’enrichit, l’Europe stagne et on continue a se faire la gueguerre de façons stupides en se basant sur de vieilles rancunes colonialistes. Je ne vois pas pourquoi ma génération d’europe aurait a payer les conneries de colonialistes vieilles du dix neuvime siécle et ds années soixante. C’est vrai que la France a un probléme toujours pas réglé avec son passé colonial mais je ne vois pas pourquoi nous (nous : la génération post soixante huitarde européene occidentale) aurions a en subir les conséquences et les réprimandes (souvent justifié d’ailleurs c’est vrai mais on vous a rien fait, « nous » ! c’est chiant ce « nous », c’est d’ailleurs ça le probléme tout le monde parle pour un « nus », illusoire et virtuel, un « nous » nationaliste qui ne sent pas trés bon… ). C’est vrai quoi, c’est comme si des indiens d’Amazonie qui restent encore se réveillaient, prenanient leurs arcs et leurs fléches et allaient jusqu’en Espagne pour se venger des massacres de Cortes et des colons espagnols du temps de l’Eldorado…Franchement, il vaut mieux se calmer ,car a parler comme ça, les chinois, les africains vont devenir aussi cons que leurs ancétres colons et nous pauvres européeens continuaient a révasser sur notre passé des Lumiéres qui est d’ailleurs totalment a réinventer…
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Au coeur du paradigme de la victimisation se trouve, en réalité, une lecture
de soi et du monde en tant que série de fatalités. Il n’y a, pense-t-on, ni ironie,
ni accident dans l’histoire africaine. Celle-ci serait essentiellement gouvernée
par des forces qui nous échappent. La diversité et le désordre du monde
ainsi que le caractère ouvert des possibilités historiques sont ramenés, d’autorité, à un cycle, toujours le même, spasmodique, qui se répète un nombre infini de fois, selon la trame d’un complot toujours fomenté par des forces hors de toute atteinte. L’existence elle-même se décline, presque toujours, sur le mode du bégaiement. L’Africain ne serait, au fond, qu’un sujet castré, instrument passif de la jouissance de l’Autre. Dans ces conditions, il ne peut y avoir d’utopie plus radicale que celle qui propose de déserter ou de «quitter le monde» (la déconnexion). L’imagination identitaire se déploie, dans ce cadre, selon une logique du soupçon, de la dénonciation de l’autre et de tout ce qui est différent: le rêve fou d’un monde sans autrui.
C’est ce refus du monde (qui masque à la fois un profond désir de reconnaissance et de vengeance) et cette lecture conspirationnelle de l’histoire que l’on présente comme le discours radical de l’émancipation et de l’autonomie, fondement d’une prétendue politique de l’africanité. Mais derrière
la névrose de la victimisation et la pulsion de la différence se développe, en
réalité, une pensée xénophobe, négative et circulaire. Pour fonctionner, elle a
besoin de superstitions. Elle doit créer des figures qui, ensuite, passent pour
des choses réelles. Ainsi en est-il du couple formé par le bourreau (l’ennemi)
et sa victime (innocente). De l’action conjuguée de ce couple dépendrait le
cours de l’histoire africaine. Dans cet univers clos, où « faire l’histoire » se résume à éliminer ses ennemis, toute dissension est interprétée comme une
situation extrême. De sujet africain, il n’y en a que dans la lutte violente pour
la conquête du pouvoir – et d’abord de celui du pouvoir de répandre le sang.
C’est à ce pouvoir que l’on aspire. C’est en son nom que l’on tue. C’est de ce
pouvoir dont on s’empare et c’est lui que l’on exerce. L’histoire, finalement,
participerait d’une grande économie de la sorcellerie.
« A propos des écritures africaines de soi », Dakar, CODESRIA
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