Musées britanniques

Petite tentative de description provisoire des modes de médiation culturelle dans l’Angleterre éternelle.

Musées d’art

Généralement, ils ne sont pas grands. Ils possèdent de bonnes œuvres, pas nécessairement ce qui se fait de mieux pour chaque période, sauf évidemment les courants proprement anglais (préraphaélites, peintures victoriennes), mais presque toujours de bonne qualité.

Les musées britanniques sont très pédagogiques, je crois que c’est une règle absolue dans le pays. Que les œuvres soient rangées par périodes, par pays ou par thèmes, le but est d’expliquer les choses au promeneur du dimanche.

La Tate de Liverpool, sur les ravissants docks, ne déroge pas à la règle. Chaque salle a été pensée par des professeurs d’histoire de l’art reconvertis en médiateurs culturels (je dis cela sans avoir vérifié, n’est-ce pas, c’est une impression suscitée par ce qui suit.) La visite est organisée en plusieurs sous ensembles : From nature présente des sculptures à la limite de l’abstraction, mais où l’on perçoit encore les formes naturelles des corps et des têtes. Plus loin, From Window to Grid montre des peintures et des sculptures qui ont toutes en commun de montrer des formes grillagées, quadrillées, etc. Encore plus loin, on entre dans l’espace White Monochroms où le spectateur ne voit que… des monochromes blancs. C’est à la limite du didactisme et, pour tout dire, un peu fatigant pour l’esprit. On se croit revenu à l’école, et il semble que le public visé soit celui des anciens bons élèves pour qui l’art est un marqueur social autant qu’une recherche esthétique.

Il ne semble pas y avoir de musées d’art bizarres, insolites, ou contemporains au point que les œuvres exposées soient présentées de manières désordonnée, ou organique, ou conflictuelle. Pas d’empiètements, pas de dialogues, à proprement parler entre les œuvres. La muséologie anglaise a d’autres chats à fouetter.

Musées pour enfants

Les Anglais se décarcassent pour les enfants, voilà qui est une certitude. Ils rattrapent la relative modestie de leurs collections par une grande inventivité éducative. Chaque musée d’art possède son département où les bambins ne font pas que dessiner mais jouent, manipulent des bidules, vivent dans un environnement colorés.

Dans les salles officielles mêmes, des cimaises sont parfois installées avec d’affreux dessins d’enfants que les conservateurs ont cru bon d’exposer pour des raisons que je ne m’explique pas. Au motif qu’on veut faire venir les enfants au musée, ce qui est aussi louable qu’inutile et vain à mon avis, on en vient à imposer les enfants, leur mauvais goût, leur inexactitude patente, leur ignorance crasse, leur inaptitude au dessin, dans les promenades d’esthètes solitaires. On expose leurs croûtes à côté de chefs d’œuvre du temps jadis, comme s’ils procédaient de la même énergie, des mêmes préoccupations, ou des préoccupations si pures que, que quoi, que rien, cette phrase a assez duré.

Paradoxe typiquement britannique

Cela donne des musées sectorisés à l’extrême. Celui de Liverpool (Walker Museum) en est une illustration ; presque une caricature. Les salles sont relativement sombres, les murs sont couverts par un papier peint digne d’un appartement de grand-mère, on pourrait presque entendre le plancher grincer. Les peintures sont protégées par des VITRES, croyez-le ou non, ce qui rend la visite aussi confortable que faire l’amour avec, disons, des gants de vaisselle (la comparaison était impossible, et pourtant elle est assez juste…) Pour l’amateur, l’expérience permet de mieux comprendre pourquoi Francis Bacon a toujours tenu à mettre des vitres sur ces œuvres. On y a appliqué un discours intéressant, mais on a rarement souligné que c’était de cette manière que le petit Francis avait certainement eu accès à l’histoire de l’art.

D’autres salles sont plus modernes, comme si les rénovations ne pouvaient être faites que par petits bouts. Et puis surtout, le secteur pour enfants est entièrement caoutchouteux, coloré, vif, propre comme un sou neuf. Le visiteur ne se sent pas dans le même musée du tout, entre cet espace enfantin et la salle XVIIe siècle, ou même la salle des sculptures, juste en face de la salle pour enfants.

Si je dis que c’est un paradoxe typiquement britannique, c’est en vertu de nos préjugés, dont je ne sais pas s’ils rencontrent la réalité : l’idée que la Grande Bretagne est organisé sur un système de communautés qui ne communiquent pas. Le multiculturalisme social aurait accouché d’une sectorisation muséale (si cela ceut dire quelque chose.)

Un commentaire sur “Musées britanniques

  1. « Il ne semble pas y avoir de musées d’art bizarres, insolites, ou contemporains au point que les œuvres exposées soient présentées de manières désordonnée ».

    Sur ce point, il faut aller voir le Science Museum à Londres. Il est coincé entre deux autres superbes musées, près de métro South Kensington. Le Science Museum est très bizarre et très insolite, et pour tout dire extraordinaire. Je n’y ai pas appris grand chose, pour être honnête, car je ne suis pas assez scientifique, mais j’ai vraiment eu l’impression d’être dans le meilleur musée d’art contemporain d’Angleterre.

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