Deux reportages mettaient en scène, à la télé, un luxe inouï. Le premier suivait un homme d’affaire français qui fêtait ses 50 ans à Los Angeles. Le deuxième reportage portait sur le Palais de l’Elysée.
Bizarrement, le premier reportage m’a constamment choqué. La vulgarité du type, ses goûts de chiotte, sa fierté d’exhiber Johnny Hallyday. Il était pourtant chaleureux, il paraissait honnête, il faisait preuve de générosité avec des anciens amis de Toulouse, ou de Brive, qu’il invitait à sa fête. Tout cet argent déversé dans un pauvre événément froissait en moi un instinct.
Bizarrement, les lustres de la république ne m’ont pas fait battre le cœur. Je regardais le luxe déployé dans les salles de l’Elysée sans indignation. Je serai honnête, ce n’était pas l’aspect politique de la chose qui me faisait respecter cet étalage. Un fonctionnaire justifiait toutes ces richesses par « le respect que l’on doit montrer aux leader des puissances étrangères ». Non, je dois avouer, à ma grande honte, que c’est la bonne qualité des objets et des lieux qui s’est imposée à moi comme plus légitime.
C’est finalement une affaire de goût.
Aucun des deux reportages ne me fit rêver ni envie. Les nouveaux riches qui paradaient aux Etats-Unis me faisaient pitié et me dégoûtaient un peu. A l’Elysée, personne ne paradait car on ne voyait dans le reportage que des domestiques. L’or qu’ils polissaient était censé leur appartenir autant qu’au président de la république.
Objectivement, j’aurais dû être moins choqué de voir l’homme d’affaire dépenser sa fortune, car après tout il se l’est construite tout seul, sans confisquer à ses propres fins les impôts des contribuables. C’est pourtant lui que je persistais à voir comme le signe inéluctable d’un système économique pourri.
Quelque chose en moi, malgré moi, se révoltait de voir des beaufs avoir tant d’argent, qui devenait par là indécent, illégitime.
C’est sans doute que je suis trop proche d’eux, culturellement, et que je ne peux prendre le recul nécessaire pour les regarder avec un oeil apaisé et bienveillant.