Un club turc francophile

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Je me suis dit, tant qu’à être à Istanbul, autant aller voir un de leurs grands clubs jouer. Les amateurs de football ont l’habitude de voir jouer en Ligue des Champions (coupe européenne), chaque année, des clubs comme Galatasaray, Besiktas, Fenerbahce. Eh bien ces trois clubs sont tous stanbouliotes, et leur stade est distant de quelques kilomètres chacun. En ceci, les Turcs sont plus proches des vrais pays de football où les grandes villes possèdent au moins deux clubs rivaux, évoluant dans l’élite de leur pays. A Manchester, il y a Manchester United et Manchester City ; à Liverpool, Liverpool FC et Everton ; à Milan, l’Internazionale et l’AC Milano, etc. Il n’y a qu’en France qu’on voit un club par ville, ce qui force les Lyonnais à détester les Stéphanois plutôt que d’autres Lyonnais. Or moi qui ai une grande affection pour Saint-Etienne et ses administrés, je n’aime pas les jours de derby. Mon rêve serait qu’à Gerland, joue un club lyonnais quelconque, et que dans le nouveau stade en construction (à Saint-Fond, je crois) joue l’Olympique lyonnais. Les deux clubs s’affronteraient dans des derbys de folie qui mettraient la ville sous une tension extraordinaire. La bonne ville de Lyon appartiendrait au football pendant deux jours, ce serait la fête et la bagarre.

J’ai choisi Galatasaray par chauvinisme, parce que la France est en lien indirect avec la création de ce club. Historiquement, le Galatasaray Spor Kulubü (fondé en 1905) est une émanation du Lycée de Galatasaray, qui, depuis 1868, dispense un enseignement en français et en turc, par des professeurs français et des professeurs turcs. Ce n’est pas un « lycée français de l’étranger », notez bien ; c’est un lycée turc, fondé par les Ottomans au XVe siècle, mais que le sultan Abdülaziz a voulu transformer en un lieu d’élite scientifique en le mettant délibérément sous l’influence française. C’était l’époque où l’ingéniérie française était la plus performante du monde, mes amis, où le mot « France » n’évoquait pas un pays charmant et déliquescent, mais une nation moderne, crainte et éclairée (ce qui ne nous a pas empêché de perdre la guerre contre les Prussiens deux ans plus tard.)

L’influence de la culture française parmi l’élite turque est d’ailleurs une chose qui frappe le voyageur. Pamuk lui-même ne parle que d’auteurs français et turcs, comme si pour lui, l’Occident tout entier était concentré dans notre pays. Or, il vit aux Etats-Unis, paraît-il, cela ne vous fait-il pas honte ? A moi, si. Je dis que nous aurions dû lui offrir une bourse, un emploi à vie à la Sorbonne ou à la fac de Lyon, un appartement avec vue sur le confluent d’où il aurait contemplé l’union du Rhône et de la Saône.

Autour du stade de Galatasaray, on me vend un billet pour une dizaine d’euros, et on me refuse à l’entrée. On me dit d’aller plus loin, toujours plus loin. A chaque fois que je montre mon billet, on me fait signe d’aller encore plus loin. Je fais donc le tour du stade, jusqu’à ce je trouve une entrée où personne ne fait la queue. Je m’y présente humblement, montre mon billet. On me fouille soigneusement, avec gêne car on voit très vite que je suis un étranger. Les policiers rigolent et se foutent de leur collègue qui est obligé de me fouiller comme si j’étais un éventuel terroriste. Il s’excuse du regard et répond aux rigolades de ses collègues par une vraie dignité. Il fouille mon sac, sort le livre de Pamuk qu’il contemple quelques secondes, et qu’il montre avec à ses collègues avant de le remettre à sa place, puis me fait signe d’y aller.

Je comprends pourquoi j’étais seul : c’est la tribune des supporters adverses. Enfin, la tribune, le carré, l’angle de tribune, encagé du sol au plafond. Nous serons donc Une petite cinquantaine de pelots à supporter, pour l’occasion, le club de Kayserispor. L’ambiance est bonne. C’est un match sans enjeu, le temps est pluvieux, et pourtant, le stade est presque plein. A l’attaque de Galatasaray, je suis bien aise de voir jouer Milan Baros, meilleur buteur pour la Tchéquie de l’Euro 2004, qui a joué à Lyon pendant quelques années (et qui n’a rien donné.) Il ne donnera pas grand chose ce soir non plus. D’ailleurs je suis plutôt impressionné par les visiteurs. Kayserispor défend extrêmement bien et leurs contre-attaques sont intelligentes et toujours dangereuse.

Il y aura match nul, 1-1, ce qui est très décevant pour le club du lycée de la splendeur française. 

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