D’autres vies que la mienne

d’Emmanuel Carrère, se lit d’un coup, le temps d’une journée pluvieuse. Ou même une journée ensoleillée, car on ne peut pas lâcher le bouquin. C’est l’art de Carrère. Même quand on est un peu déçu, il sait ferrer son lecteur.

Ce dernier fera date pour la raison suivante. On dira de lui qu’il a opéré un tournant dans l’autofiction française des années 2000. Plus tard, les universitaires diront : « il n’est pas indifférent de noter que c’est un écrivain qui n’était pas autofictionniste à l’origine, qui a donné un nouveau souffle au genre. En 2009, il a sorti un livre au titre programmatique : D’autres vies que la mienne, qui se sert de l’écriture du moi pour mettre un coup de projecteur sur des destins de gens ordinaires. »

Et comme il sait rendre une situation tendue, comme il sait dramatiser, il nous fait vibrer et trembler devant des existences réelles, factuelles, sises dans des pavillons de banlieue ou des villa de zone rurbaines.

Il va même jusqu’à inclure la relecture que les personnages ont faite du manuscrit. Il incorpore ce que le juge Etienne a mis en marge, mais bizarrement, on ne sait rien de ce qu’ont pensé sa propre femme, et d’autres personnages. En tout cas, dans ce livre, il ouvre un peu la littérature livresque à l’interactivité qui fait rage sur internet. Et c’est une des innovations de D’autres vies.

Je crois que jamais encore on n’a tissé des existences de personnages de cette manière. Toujours liées à « soi », à un auteur/narrateur assez lointain par rapport à ces gens-là, omniprésent dans la narration mais inventant une nouvelle posture d’auteur. Celle d’un scribe qui rapporte, qui rappelle, et qui partage ses propres doutes et ses espoirs avec les lecteurs.

7 commentaires sur “D’autres vies que la mienne

  1. L’autofiction et le blog, c’est l’enfer dans certains cas, je viens de lire votre articles 3 femmes dans votre blog sur Nanjing; cet égotisme prétentieux ne respecte personne, comment osez-vous parler de vos petites amies ouvertement sur un blog, au moins peut lire vos descriptions moqueuses. C’est bien de se prendre pour un écrivain et d’écrire du blabla mais prenez en considération votre entourage.

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  2. Merci Karten, pour ce commentaire. Il y a beaucoup de choses à dire, et vous touchez à quelque chose de très important dans le blog. Je vais répondre à quelques points pour le moment.

    « égotisme prétentieux » : égotisme oui, mais prétentieux ? Je viens de relire, grâce à vous, ce billet ( http://nankinendouce.over-blog.com/article-2763640.html ), c’est ici que je vais être prétentieux : je trouve que ce n’est pas mal du tout. Je m’attendais au pire, mais non, c’est un très bon billet de blog. Je n’en change que quelques détails. Le narrateur n’y est pas prétentieux puisqu’il dit au contraire qu’il n’est pas un séducteur en fait, qu’il n’est pas capable d’être un vrai libertin. Les hommes prétentieux disent plutôt le contraire, qu’ils assurent tellement qu’ils en ont trois en même temps, etc.

    « comment osez-vous parler de vos petites amies ouvertement sur un blog » : comment savez-vous que je parle de mes petites amies ? Ai-je signé un « pacte autobiographique » ? Qui vous dit que tout cela est vrai, que j’étais en Chine, que j’ai fréquenté ces femmes ? Tout est peut-être inventé. Je vous renvoie à cet autre billet, http://nankinendouce.over-blog.com/article-3092433.html , où j’aborde la question de l’identité de l’auteur et du narrateur du blog.

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  3. « C’est bien de se prendre pour un écrivain », Karten.
    Je me prends pour un écrivain amateur, Karten, rien de plus, mais rien de moins.
    Voyez le gars qui joue au football le ouikende, et qui s’entraîne une ou deux fois la semaine. Il ne se prend pas pour Benzema, mais il prend ses match d’amateurs au sérieux : il s’applique, il veut vraiment gagner, il déprime quand il perd, il est prêt à s’engueuler avec des gens, à se battre, à payer physiquement de sa personne pour son hobby, son passe-temps favori. Il passe aussi pas mal de temps à analyser les matches des autres, des professionnels. Il critique, il juge et il s’en inspire. Il sait qu’il n’a pas le niveau pour évoluer sur la même pelouse qu’eux. Il est juste un amateur, mais c’est sérieux, m’amateurisme.
    Pour moi, c’est ça l’écriture.
    Donc c’est faire des expériences aussi.
    Ce n’est pas parce qu’on est amateur, qu’on va écrire sur des choses indifférentes, lointaines : il nous faut assi aborder des sujets qui fâchent, explorer des limites sur ce qu’on a le droit de dire et pas le droit. Je me pose ces questions depuis le début, et j’essaie de prendre en considération mon entourage. Parfois je me plante, il est vrai.
    Mais pour ce billet là, « trois femmes », je ne vois pas qui j’ai pu heurter.

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