Guillaume, Liam ou William ?

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Il faut le savoir, les anglophones qui ne parlent qu’anglais ont du mal à prononcer le prénom Guillaume. Qu’ils le voient écrit ou non, ils y arrivent mal, et surtout, ils ne s’en souviennent pas, si bien que cela crée des situations inconfortables dans la communication. C’est comme lorsqu’on ne se souvient pas du nom d’une personne et qu’on n’ose pas le demander.

Quand j’habitais en Irlande, la vie était plus simple, mes collègues m’appelaient Liam, et cela ne choquait personne, dans le milieu de la restauration dublinoise, qu’un Français porte ce prénom.

En Irlande du nord, les choses se compliquent. Les gens ne peuvent toujours pas m’appeler Guillaume, mais ils sont gênés de m’appeler Liam, car cela sonne irlandais. Surtout que j’habite dans un quartier protestant, où les gens sont plutôt, sinon totalement, loyalistes. Pour prendre un exemple très simple, mon colocataire nord-irlandais refuse catégoriquement d’utiliser Liam, et ne parvient pas à se faire à Guillaume. En comparaison, il est bien plus à l’aise avec les noms des autres colocataires de la maison, qui viennent de Slovaquie et du Pakistan.

Reste William, la traduction anglaise de mon prénom, mais là c’est moi qui ne veux pas. Je n’ai pas envie qu’on m’appelle William, c’est un peu capricieux mais c’est ainsi. Outre qu’il n’est pas vraiment de mon goût, il se trouve que William, pour le coup, est un prénom très politiquement chargé. En Irlande du nord, il renvoie à Guillaume d’Orange, William III d’Angleterre, qui a été appelé depuis sa Hollande natale pour venir restaurer le protestantisme en Grande Bretagne, à la fin du 17ème siècle. Son règne (1689-1702) fut un très bon règne, je dois le reconnaître, et il apporta énormément à l’Angleterre, grâce aux lumières qu’il avait acquises dans les merveilleux, libéraux et réformés Pays-Bas.

S’il s’était limité à un bon règne en Angleterre, il n’y aurait aucun problème, mais il est allé combattre en Irlande. Et ceux qu’il a combattus en Irlande, ce n’était pas une poignée de paysans buveurs de Guinness. C’était le roi d’Angleterre qui l’avait précédé, catholique, et qui s’était réfugié en France. Ce roi déchu, Jacques II, voulait reprendre sa couronne en passant par l’Irlande, avec une armée qui comptait – entre autres – des milliers de Français. Bref, Guillaume d’Orange est venu en Irlande écraser cette armée catholique, lors de la fameuse Bataille de la Boyne le 12 juillet 1690.

C’est en souvenir de cette bataille, et dans un but de démonstration politique assez lourde, que les « orangistes », de nos jours, défilent le 12 juillet dans les rues de la ville. Ils réitèrent leur attachement à la couronne, dans un symbolisme qui souligne l’opposition religieuse entre les communautés.

Ce n’est pas le meilleur côté de Guillaume d’Orange que l’on revendique ici. Sur les fresques, dans les défilés, on ne met pas en avant son libéralisme, son talent d’administrateur, ni ces deux choses qui le rendent glorieux à mes yeux : la séparation de l’église et de l’Etat et la liberté de la presse. Non, ici on l’appelle Billy, il est populaire, mais pour des raisons de sectarisme communautaire.

Alors je ne veux pas m’appeler Billy. Ce n’est pas que je sois pro-catholique, ni même pro-irlandais, mais au nom de quoi, grands Dieux, prendrais-je parti pour les protestants de la Bataille de la Boyne ? 

Dès lors, me voilà sans prénom. Ni Guillaume, imprononçable. Ni Liam, indésirable. Ni William, inapproprié.  

6 commentaires sur “Guillaume, Liam ou William ?

  1. La liberte de la presse au dix-septieme siecle? Il fallait venir d’Amsterdam pour cela. C’est de la que vient la tradition de la presse anglaise?

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  2. Oui, il faut que je vérifie, je me demande si l’expression de « liberté de la presse » a seulement un sens au XVIIe siècle. C’était peut-être tout simplement la libéralisation de l’industrie des imprimeries et des impressions.
    Par exemple, peut-on vraiment présumer qu’un pamphlet pro-jacobite eût été autorisé sous son règne, à quelques mois de la bataille de la Boyne ? J’en doute, mais au fond, je n’en sais fichtre rien.

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  3. Pourquoi ne pas créer un nom? GuyHome, par exemple, sous-entendant roots in my pocket, the world is mine… ce que font les étudiants chinois au moment de se trouver un prénom étranger. J’ai déjà eu Kaline, Blé, Chapelle…

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  4. Ah oui, je n’y avais pas pensé. Un de mes excellents amis, à Nankin, s’était choisi Mimique comme prénom. Or il avait développé qq chose d’intéressant au niveau du visage, des expressions, et d’ailleurs, il étudie aujourd’hui le cinéma en France.
    Mon nom chinois, 记慕尧 (le premier caractère n’est pas le bon) signifiait plus ou moins, déjà, « celui qui admire l’empereur Yao », un peu comme Guillaume renvoie à William of Orange. La différence est que l’empereur Yao est légendaire et qu’il n’est absolument pas controversé en Chine.

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