Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Epreuve de philosophie, baccalauréat de 2009.

Voilà plusieurs jours – deux, à vrai dire – que je me demande si je désire l’impossible. Je ne parviens pas à le savoir. Comme je suis terre à terre, je prends des exemple un peu olé olé. Les femmes. En général, je désire les femmes qui me paraissent imparfaites et médiocres. Dans un premier temps, je ne désire pas les femmes que je crois hors de ma portée. Souvent, je trouve une femme trop belle, trop intelligente, trop élégante, trop propre, trop riche, sentant trop bon, parlant trop bien, marchant trop vite, dansant trop bien, pour que mon désir se mette en marche.

Et dans un mouvement paradoxal, sans doute inspiré des Dieux, ce sont ces femmes parfaites et sublimes qui, parfois, trouvent un obscur intérêt pour moi, alors que les médiocres résistent à mes avances et restent froides à mon contact, muettes à mes plaisanteries fines. Et je me retrouve ainsi en situation de savourer des fruits délicieux que je pensais pour toujours destinés à d’autres hommes, ou à d’autres types d’êtres.

Pour le reste de mes catégories existentielles, la même règle opère : je désire des choses médiocres, je me satisfais de peu, et j’obtiens des choses invraisemblables. Je répondrais donc de manière oblique à la question du bac de philosophie : il n’est pas absurde de ne désirer que ce qui est du domaine du possible. Dans le but d’une vie heureuse, s’entend.

Mais il est vrai que si l’humanité n’était composée que de gens comme moi, on ferait peu de progrès : on n’aurait jamais inventé le capitalisme, par exemple, car personne n’aurait même imaginé qu’on pût désirer faire du profit. Encore aujourd’hui, je suis admiratif devant un système fondé sur la croissance. Les banquiers florentins et gênois qui, paraît-il, ont inventé les bases du capitalisme, sont à mes yeux des génies à l’égal de Mozart et de Descartes. Si l’humanité était composée de gens comme moi, en revanche, on aurait peut-être inventé des machines volantes, flottantes, nageantes, car tout ce que font les animaux me semble enviable. Mais précisément, si les animaux peuvent voler, c’est que c’est possible et que ce n’est pas, à proprement parler, un désir impossible.

L’immortalité, alors ? Voilà typiquement le truc à quoi on pense pour illustrer les désirs de l’impossible. Je me sens volontiers proche de ceux qui voient l’éternité dans la minute présente, dans l’instant paradoxal dans lequel on vit et qui nous échappe invariablement. Proche de ceux qui ne se projettent pas dans l’avenir et qui parviennent, par une ascèse de fou, à changer d’espace-temps. Et, de même que la plus belle femme du monde est gentille avec moi, de même je ne serais pas surpris de devenir temporairement immortel sans l’avoir vraiment cherché.

10 commentaires sur “Est-il absurde de désirer l’impossible ?

  1. Oi,
    juste un oi tardif de passage: ici il est précisément 23h40.
    En ce qui concerne votre question…il ‘est jamais absurde de désirer quoi qu’il en soit, mais abolissez cette stratigraphie chez le desir.
    Abraço.

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  2. Oui, ça peut être une citation d’un peu n’importe qui. Dans l’euphorie de la grève générale, on écrirait n’importe quoi, car tout a un sens soudain. « Soyez impossibles, demandez le réel », ça marche aussi.
    Um abraço.

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  3. Une interrogation intéressante qui sait enraciner la réflexion dans l’expérience concrète. Néanmoins, la conceptualisation paraît bien légère : qu’est-ce que l’impossible ? Qu’est-ce que l’absurde ? Il aurait été positif de mener une une interrogation plus systèmatique sur les termes même du sujet pour structurer le raisonnement et affiner la recherche.
    On peut aussi attendre du candidat qu’il fasse montre de connaissances philosophiques précises : les sous-entendus ne sauraient se substuituer à des réfèrences explicites : Alquié, Spinoza … le candidat doit montrer qu’il a effectivement suivi un cours de philosophie en terminale au lieu de se gratter les couilles en regardant par la fenêtre.
    13/20

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  4. 13 ? Cool! Tu notes large, mon bon Ben, je te félicite. Je trouve absurde (whatever that means) la tradition des profs de philo qui consistait à noter entre 4 et 12.
    L’avantage du sous-entendu, comme tu les sais, c’est parfois de pouvoir être lu par tout le monde. Ceux qui connaissent Spinoza, Montaigne et les Stoïciens les ont reconnus dans mon billet, ceux qui connaissent d’autres choses ont quand même pu lire mon billet (ce qui ne le rend en rien supérieur à une dissertation de philosophie.)

    Mais hélas, mon pauvre Ben, devoir corriger des dizaines de copies en Afrique, et user de cette prose froide et sèche, alors même que tu transpires dans une météo chaude et humide, ça ne doit pas te rendre la vie plus légère.

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  5. Ouais, j’avais mis 13 au hasard (comme je fais toujours) et puis après, en réfléchissant, je me suis dit : si un collègue lisait ça, il mettrait 7/20 ; or, la règle est de mettre la note que tout correcteur pourrait mettre (néo-kantisme de merde, typique de la tradition académique française ) donc, après une seconde lecture, j’harmonise ma notation avec le collègue imaginaire et psycho-rigide qui me sert de surmoi : après délibération, c’est 9. Désolé. Mais tu es admis aux épreuves du second groupe. Je serai ravi de t’entendre sur un extrait des oeuvres complètes d’Alain, ce génial représentant de la soupe populaire.

    Ici, il ne fait pas du tout chaud et humide : c’est la saison sèche : ciel uniformément gris, pas une goutte de pluie et des températures fraîches (sous les Tropiques, on grelotte dès qu’il fait moins de 25°)

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  6. Well well well! Je dis 9/20, ça reste pas mal quand même, pour un billet de blog écrit à la va comme je te pousse. Au fond, ce blog est presque une lecture à recommander aux élèves de terminale. Mais uniquement à ceux qui ont cette complexion d’esprit propre à la roublardise. Pour eux, et pour eux seulement, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas des premiers de la classe, mais qui vivent leur cancrerie avec douceur, espérant passer entre les gouttes et sachant tirer leur épingle du jeu grâce à un art consommé de la pirouette intellectuelle : lisez le sage précaire, votre aîné infâme, et vous aurez le bac sans effort, mais sans briller.

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  7. Quoi 9/20 !!! POur le Sage Precaire ? Ca existe les vacances au Gabon ou quoi ?? !!!Je crois que le sieur Ben en a un peu besoin si je puis me permettre…
    Moi aussi j’ai mon gros surmoi qui joue des tours depuis que j’ai ramene a la gare en voiture pas plus tard qu’il y’a deux heures un collegue prof de lettres completement degoute par les resultats a priori (je dis bien a priori !) de sa classe de L qu’il est persuade que ses eleves n’ont rien compris, que notre lycee est a cote de la plaque qu’on etait classe cinquieme et maintenant vingt cinquieme dans la region et bouh et ouin et rebouh et reouin on est des gros nuls et qu’est ce qu’on va dire de nous dans l’Express , le Nouvel Obs non la c’est la honte bon on se voit on se fait une bouffe ok salut… et si on se jetait dans la marne ou sous le train Francois euh Paco pardon.en attendant..ouin ouin bouh bouh mais non mais mon mon petit Pierre t’inquiete pas c’est des L c’est normal ils viennent te voir comme ca facons glandus habilles a la grunge moi le bac ca y’est je l’ai torche mme si j’ai rien compris, moi aussi, toi aussi t’etais comme ca souviens toi on s’en foutait, bon ok ils comprennent rien , ils preferent youtube a Bergson, daily motion et Nouuvelle Star a Laclos et Voltaire, Paris Hilton et Tokyo Hotel a Simone Weil ou Heidegger qu’est ce que tu veux que je te dise hein hein …alors moi je dis j’entend la voix des sages et je chante oui je chante no more fighting, no more killing…j’ecoute Yannick et vous fout la nique non mais en plus pas besoin d’aller en Afrique..(speciale dedicace quand meme)…

    Sinon ,au passage, j’ai toujours pense que le SP etait malgres ses dons litteraires largement qualifie pour ensaeigner la philo dans le secondaire. et me demande toujours ce qui le retient a le faire, ah si sa these prdon …et.je me demande meme si mes eleves ne se sont pas aventures parfois a lire ce blog…m’enfin…pourquoi pas. Il faudra que j’en parle a des collegues profs de philo ce sera le premier essai d’enseignement philosophique via blog. M’enfin roublards, ils le sont deja pardis (les eleves pas les profs euh..quoique.. )
    Alors j’entend, j’entedn la vois des sages et je chante je chante avec euuuuux No more fighting
    No more killing

    Quand je ne crois plus à mes rêves
    Ou que je vis ceux des autres
    Quand moins souvent mon poing se lève
    Que je ne suis plus des vôtres…

    Bonne semaine

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