Que gagne-t-on à échanger ?

C’est formidable ce bac de philosophie. Chaque année, les journaux se font l’écho des sujets de dissertation, les journalistes interrogent les personnalités de la vie politique et économique, la France entière planche quelques minutes sur l’une ou l’autre des questions.

Que pense Ernest-Antoine Sellière, le patron des patrons, du sujet suivant : « Que gagne-t-on à échanger ? » Tout, dit-il, on gagne tout. Il faut écrire TOUT et rendre la copie. C’est le message philosophique que veut faire passer le défenseur du capitalisme à la française. C’est vrai que c’est un sujet étrange. Que gagne-t-on à échanger ? C’est une question à rebrousse-poils, car la logique aurait voulu qu’on demandât : « Que peut-on perdre dans le fait d’échanger ? » puisqu’a priori le gain est certain dans l’échange. A priori, si on échange, c’est qu’on y gagne, et donc la question de la perte dans l’échange aurait été naturelle car contenant une contradiction apparente. Dès lors, j’imagine que le sujet force les étudiants à penser l’essence même de l’économie en leur demandant d’évaluer l’échange lui-même. Quelle valeur ça à a ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? Combien ça rapporte ? Reformulée, la question pourrait être : que perdrait-on si on n’échangeait pas ?

J’aimerais échanger ma personnalité contre celle de certaines personnes que j’admire. Une amie, sur Facebook, suggère d’échanger nos savoirs et notre mémoire. Je dis banco. On voit par là que Facebook n’est pas inutile. Je sors du cinéma où j’ai vu Looking For Eric, de Ken Loach : échanger ma vie contre celle d’un grand joueur de football, voilà qui me plairait immensément, même juste le temps d’un match.

Qu’ont-ils donc voulu, ces professeurs de philosophie ? Ont-ils voulu qu’on questionne les vertus du libre échange et qu’on se demande avec sérieux si le protectionnisme ne serait pas une option envisageable, en ces temps de crise ? Ont-ils voulu me ramener au billet précédent, où je parlais d’autarcie dans les Cévennes ? Mais l’autarcie n’est que très relative, et n’est pas possible sur le long terme, me semble-t-il, même conceptuellement.

Ce qui est très étrange, dans ce sujet, c’est aussi le verbe « gagner ». Philosophiquement, on dirait plutôt : quel sens y a-t-il à ? Quel est le sens de tout ça, de tous ces échanges ? Pourquoi sommes-nous pris dans ces réseaux d’échanges sans fin, et est-ce vraiment nécessaire ? Pour revenir à Facebook, le reproche qu’on lui fait souvent, c’est de n’être que cela, de l’échange sans rien derrière. On se met en contact, on renoue des contacts, et puis rien. Mais c’est peut-être précisément ces contacts, le fait d’échanger, même superficiellement, avec son prochain, qui crée du sens dans la vie des gens. Dans l’échange, y a-t-il vraiment autre chose que l’échange lui-même qui compte ? Y a-t-il vraiment un contenu dont l’échange serait le véhicule ? Le sage précaire en doute. Pour le sage précaire, la conversation est la meilleure des pratiques sociales, mais il serait tout aussi heureux, et intellectuellement stimulé, si les conversations étaient vides de sens, et qu’il n’y avait dans sa vie que des échanges fluides avec des gens agréables.

9 commentaires sur “Que gagne-t-on à échanger ?

  1. Merci Nénette. Ce ne serait pas pour échapper à l’ennui que j’aimerais échanger et troquer tout cela. Je ne m’ennuie jamais. Ce serait juste rigolo, fascinant et effrayant parfois, et au final, probablement, décevant et indésirable.

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  2. oh oui oh oui moi aussi j’aimerai me retrouver dans le meme bed que ** ***** ****** qu’est ce est-ce elle est mignonne !!! obendidons obendidons ! il a de drole d’idee quand meme le sage precaire en ce moment …obendidons , obendidons !

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  3. Une fois, j’ai échangé pour une année universitaire mon poste de chercheur à plein temps contre le poste de maître de conf d’une de mes collègues.

    Une fois terminée cette période, nous étions sacrément contents de chacun retrouver son métier.

    Dans un tout autre ordre d’idées, une fable libanaise.

    Un archange se promène et rencontre deux anges qui se battent sur un trottoir. Il leur demande l’objet du litige.

    Moi, dit le premier, je suis l’ange gardien d’un grand pécheur, j’ai trop à faire, par rapport à mon collègue qui surveille un citoyen vertueuux.

    Moi, répond l’autre, j’ai beaucoup plus d’acharnement à subir de la part des démons, qui laissent les pécheurs s’enfoncer eux-mêmes et concentrent leurs attaques sur les vertueux.

    Bon, dit l’archange. Chacun de vous serait content de faire le travail de l’autre. Je vous autorise donc cette permutation.

    Mais je ne sais pas s’ils ont tenu un an.

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  4. Oui, c’est tres joli et tres plaisant.Au passage, j’ignorai que l’on pouvait ainsi echanger des postes comme ca aussi facilement dans le petit monde universitaire. Obendidons.Obendidons.

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  5. Bonjour, le site gratuit SOS-Mutation.com permet aux salariés de déposer des annonces de permutation et des annonces immobilières.
    Des assistantes maternelles y proposent également leurs services.
    Un forum est à votre disposition pour discuter.
    Vous êtes tous invités à visiter ce site très intéressant!

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