Voyager allongé

 

Le bateau gonflable est le meilleur, et peut-être le seul, moyen de voyager allongé.

 

Je me cale au fond du bateau, entre mon sac que j’entoure de mes jambes, et le bord arrière. Les pieds en l’air, je suis dans la position idéale pour voir le monde en contreplongée, surtout les arbres et les oiseaux. Sur les rapides, je pousse sur mes jambes et me dresse pour ne pas trouer le fond du bateau sur les pierres. 

 

C’est une position qui me plaît et qui me convient, mais dont je voudrais ne pas abuser. Etre allongé dans le lit d’Anna Livia et et se souvenir de ce vers de Clément Marot : 

 

Il n’est que d’être bien couché

 

Je compte aussi écrire sur la toile du bateau, au feutre indélébile, des poèmes et des textes, pour avoir toujours à portée de regard des choses à méditer. J’y mettrai des écrits des grands Anglais, surtout les Romantiques qui n’aimaient rien tant que dormir à la belle étoile. Je pourrai y mettre aussi, si j’ai la place, le chapitre de Finnegan’s Wake consacré à la Liffey, personnalisée en Anna Livia Plurabelle. 

 

J’ai dès lors peut-être trouvé le moyen de satisfaire mon désir d’aventure en ménageant mon irrépressible paresse. J’ai, en effet, une terrible inclination à agir au lit, que ce soit pour lire, écrire ou faire la conversation. (Les Anglais ont un même mot pour désigner la conversation et l’acte sexuel : intercourse. En toute rigueur, il faudrait dire sexual intercourse pour le distinguer d’un échange tout simple de paroles, mais le terme est tellement connoté que si l’on dit qu’on a eu un intercourse avec la dame des impôts, on est sûr de provoquer le rire. C’est idiot, d’ailleurs, car les dames des impôts ont autant le droit que les autres d’avoir des sexual intercourses.)

 

Voyager allongé, c’est le comble de l’aventure précaire. C’est l’aventure pour les explorateurs fatigués, sans grande ambition, et qui peuvent affronter la pluie à condition qu’ils puissent dormir, bercés par le son du vent dans les branches, et par les remous du courant.

 

Enfin, c’est le voyage au ras du sol, au ras de l’eau, au plus près du miroitement du monde. Si cela n’est pas suffisant pour établir la supériorité du voyage allongé sur les autres façons de voyager, alors je ne sais pas ce qui le sera jamais.

92 commentaires sur “Voyager allongé

  1. je pense que tu vas faire des adeptes… ça a l’air bien cette histoire de bateau gonflable.
    je suis par contre un peu surprise par la video; on s’attend à descendre un bout de rivière en ta compagnie, et on se retrouve à faire du 360° comme au haut d’une montagne !?…

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  2. Oblomov ? Belle référence, merci Mart. Il y a de l’Oblomov chez le sage précaire, à n’en point douter, ainsi que du Des Esseintes, mais comme il n’est pas aristocrate, au sens où il n’a pas de domestiques, c’est sur le monde entier qu’il doit se reposer, d’où la nécessité, de temps en temps, de réaliser des choses, d’aller au bout d’une action ou d’un voyage.
    Vanessa, viens donc en Irlande et deviens adepte de la sieste voyageuse. N’est-ce pas que la vidéo est surprenante : eh oui, pour une raison que j’ignore, le bateau tourne sur lui-même, et le vidéaste est obligé de filmer des vues panoramiques. Mais je rassure tout le monde, parfois il y a des rapides (pas très dangereux) où le voyageur allongé va quand même un peu vite.

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  3. Pas du tout hors sujet, Mart. Je ne me lasse pas de regarder ces grandes blondes sur ton blog, et ces tissus et ces lampes.
    Superbes, ces voyages allongés. Moi aussi, je m’y mettrais bien, mais je n’aime pas l’eau, mais pas du tout.

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  4. Quelqu’un m’a dit un jour que dans un planeur, on est allongé aussi. Il y a longtemps que je n’en ai vu, peut-être remplacé par les ULM, ailes delta et autres objets volants plus ou moins silencieux…

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  5. Dans l’éther éternel et froid, aussi. Je pense d’ailleurs que la mort ressemble beaucoup à ton 360°, sauf qu’il y a moins de choses à voir, ou disons des choses moins riantes. Genre : des regrets, des virtualités avortées, des ratages pas digérés, qui passent et repassent lentement devant nos yeux, pour l’éternité ; enfin, ça, c’est si on va au purgatoire bien sûr.

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  6. Huxley je crois (?) se demandait si la Terre n’était pas l’enfer d’une autre planète; alors, plus besoin de mourir pour avoir son lot de ‘regrets, virtualités avortées, ratages pas digérés…’ belle perspective en ce gris vendredi …

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  7. Je crois que j’aime mieux la fable de Chesterton : un homme décide de fuir l’Angleterre sur son voilier, amer et désabusé. Il cherche une terre meilleure. Mais il fait une erreur de navigation et décrit une vaste boucle, si bien qu’il accoste à quelques kilomètres seulement de l’endroit d’où il est parti. Il ne s’en rend pas compte et s’enthousiasme en découvrant les arbres, les rivières, les passants avec leur chien et leur fiancée, convaincu d’avoir trouvé la terre promise.
    Bien sûr, s’il n’était pas parti, il n’aurait jamais compris qu’il vivait dans un si joli pays.

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  8. Est-il certain qu’il vivait dans un si joli pays ? Après avoir fait le tour du monde en kayak, on peut trouver n’importe quoi joli, même le passant de la fiancée du chien dans la vieille Angleterre. Ce que disait Huxley de la Terre est aussi vrai, et l’est éminemment, de l’Angleterre.

    Pas besoin de sports de glisse pour voyager allongé, on peut aussi adopter le char à boeufs, à l’instar de nos ancêtres les Rois Fénéants. Je recommande le char à boeuf charolais, dont le pas est particulièrement nonchalant, et dont la viande naturellement persillée peut être dégustée à la fin du voyage.

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  9. « Est-il certain qu’il vivait dans un si joli pays ? Après avoir fait le tour du monde en kayak, on peut trouver n’importe quoi joli »

    Ce n’est pas important de savoir si, objectivement, l’Angleterre est jolie. C’est même l’inverse qui est important : il lui a suffit d’un tour en kayak pour qu’il le croit.

    Pour dire les choses autrement : on peut vivre avec un boudin, faire un tour en kayak, et la trouver superbe à son retour.

    Ou manger de la merde, faire un tour en kayak, et se régaler à son retour.

    Ou détester Mireille Matthieu, faire un tour en kayak, et l’aimer au retour.

    Et ce ne sont là que des exemples.

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  10. Bien sûr, la question n’est pas celle de savoir si la vieille Angleterre est objectivement plutôt jolie ou vilaine, personnellement je penche plus pour le 2e terme, mais peu importe. J’aimerais dire plutôt que celui qui, comme Ulysse, a fait un long voyage, peut tout aussi bien trouver fadasse la douceur angevine, je dis ça juste pour Ronsard, hein, bien sûr. Il y a aussi un côté destructeur des voyages, je sais de quoi je parle.

    Surement, ça dépend des gens, y en a qui vont apprécier le retour à la maison, qui vont revenir enrichis de toutes leurs découvertes, avec un regard neuf, et ils vont se mettre à écouter Mireille Mathieu, ma foi, pourquoi pas. Mais on pourrait, je pense, formuler une règle : plus le type aime ce qu’il découvre, moins il apprécie ce qu’il retrouve; inversement, plus il est bouché, plus il sera content de retrouver son foyer.
    Ca rime.

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  11. Pour renforcer ta thèse, remarquons que notre Anglais n’a rien découvert du tout, puisqu’il a juste tourné en rond.

    En revanche, évidemment, si tu as pris goût aux épices… C’est le blues classique de l’expat qui revient. On dit qu’il dure à peu près le même temps que le voyage.

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  12. Cette discussion est des plus interessantes et les commentaires comme d’habitude et comme les epices de voyages lointains ou de l’epicier du coin toujours tres fins et tres releves… Je sens neanmoins une certaine fatigue chez certains , c’est sans doute une impression, bref…Puisque l’on evoque quand meme la chanteuse qu’est Mireille Mathieu je vous invite a rejoindre le mouvement des milles colombes de mon ami Aleveque, une bonne chorale remettra sans doute d’aplomb les derniers refracataires,canards boiteux et autres traines savattes de la philospohie qui n’ont rien compris au sarkozisme, ne pensnet qu’a voyager, vadrouiller, voir du monde (des sans papiers ou futurs sans papiers en plus, oh my god !), vivent et pensent allonges et font la tete et des histoires des que quelqu’un essaye de mettre un peu d’ordre et de securite dans un pays ou la sagesse precaire est devenu un veritable scandale, un fleau, une plaie quoi , une aberration d’aun autre temps…un deux,  »Donnez nous miiiiiilllllles coooooolombes ! »

    Bises

    Francois

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  13. C’est le thème de la fin du voyage. Si on en croit notre ami Guillaume, il y a une littérature du voyage ; il doit donc aussi y avoir une littérature du retour. J’ai l’impression qu’en général, les récits de voyages s’arrêtent avant la fin : par exemple, dans « l’usage du monde », Bouvier nous lâche sur la Khyber Pass, aux confins de l’Afghanistan et du Pakistan, rien sur le retour à la maison chez papa et maman en Suisse. Il faut dire que c’est pas très sexy, rentrer à la maison, surtout en Suisse. Autant le thème du voyage lui-même est présent partout, autant le traitement du retour me semble rarissime. C’est comme le mariage ou la paternité : « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », un point et c’est fini. Dans toute la littérature occidentale, comme le remarquait je ne sais plus qui, je ne suis pas sûr qu’il y ait un seul grand livre sur la paternité.

    Comme récit d’un retour, je pensais au Colonel Chabert, de Balzac, dont toute l’histoire commence après le retour de la campagne de Russie, mais celui-ci a perdu la mémoire, c’est un cas un peu particulier, il évite les souvenirs, les »regrets, les virtualités avortées, les ratages pas digérés, qui passent et repassent lentement devant nos yeux ». On devrait pourtant pouvoir parler de ça en évitant le pathos et les lieux communs sur le blues de l’expat qui revient et ne réussit pas à se réadapter.

    Peut-être que les grands voyageurs s’imaginent jamais revenus, même quand ils sont de retour, genre ‘j’ai tellement changé, je ne suis plus celui qui était parti’, ou alors qu’ils sont déja repartis, au moins dans leur tête. Ou alors qu’ils ne sont jamais vraiment partis, transportant dans leur tête leur point de départ pendant tous leurs voyages. Ou alors que, à l’instar de notre Guillaume, ils ne reviennent jamais, d’Irlande en Chine et de Chine en Irlande. Mais toutes ces stratégies puériles d’évitement ne devraient pas nous distraire de notre méditation pascalienne sur la fin ultime de nos voyages.

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  14. En même temps, il y a quelque chose d’absurde à vouloir faire un récit sur le retour du voyage, puisque le récit, c’est raconter ce qui s’est passé, et ce qui c’est passé, c’est le voyage. Le retour du voyage, l’être chez soi, en soi, ce n’est rien. C’est un non événement, une non expérience. Sauf s’il se passe quelque chose quand on rentre. Par exemple : on déprime. On peut alors considérer la déprime comme un voyage, un événement, et le raconter. Ou alors on peut rentrer de voyage et fonder une entreprise, et cette fondation est elle aussi un voyage. Bref, en somme, on ne raconte que des voyages, géographique, amoureux, affectifs, etc. J’irai plus loin : il n’y a que deux modalité d’être : l’attente et l’action, ou encore : l’immobilité et le mouvement, ou encore : le repos et le voyage.
    La littérature du voyage géographique n’est qu’une sous catégorie de la littérature d’action, de mouvement, c’est à dire de la littérature tout court. Et elle ne s’oppose à rien, puisque personne n’a de véritable intérêt à lire une littérature de repos, d’immobilité, d’inaction, de passivité.
    Et au delà même de la littérature, d’ailleurs, je dirai qu’il n’y a toujours que deux modalités d’être, actif/passif, mouvement/arrêt, projet/vide. Quand on cesse de voyager au sens très large, on ne fait rien, on a rien à dire, on ne vit pas, on végète.

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  15. « Et elle ne s’oppose à rien, puisque personne n’a de véritable intérêt à lire une littérature de repos, d’immobilité, d’inaction, de passivité. »

    Bien sûr, on pourrait m’opposer Oblomov, et ce serait pertinent en apparence. Mais dans Oblomov, nous avons affaire à un homme qui décide de ne plus bouger de son lit pour résister au mouvement du monde. C’est juste un changement de repère euclidien : car si lui est immobile, le monde bouge. Il y a donc bien mouvement : celui d’un immobile par rapport au monde qui tente de l’emporter dans son mouvement. Et tout le roman raconte ce mouvement relatif.

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  16.  »La littérature du voyage géographique n’est qu’une sous catégorie de la littérature d’action, de mouvement, c’est à dire de la littérature tout court. Et elle ne s’oppose à rien, puisque personne n’a de véritable intérêt à lire une littérature de repos, d’immobilité, d’inaction, de passivité. »

    Aucun interet en effet quand on voit le nombre d’emissions televisees consacrees aux voyages aujourd’hui tout aussi sinon plus delectable qu’un bon Bouvier.
     »J’irai dormir chez vous » par exemple ma preferee : une sorte de sage precaire en chemise rouge comme notre bon Guillaume armee d’une camera webcam va a la rlencontre des populations inddigenes (A Cannes comme au fin fond de l’amazonie) et cherche a se faire heberge gratos et pour pas un rond, histoire de taper l’incruste et de discuter comme ca pour le plaisir Le but c’est surtout la rencontre, C’est tres drole et tre bien.  »nouveaux explorateurs » sur Canal + aussi c’est pas mal, meme tres bien.

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  17. On peut retrouver l’integral de j’irai dormir chez vous en Chine sur you tube :

    C’est le premier episode que j’avai vu et depuis je suis addicted ! En plus j’y ai reconnu des lieux ou j’ai ete : Pekin par exempl;e, c’est genial !

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  18. « plus le type aime ce qu’il découvre, moins il apprécie ce qu’il retrouve; inversement, plus il est bouché, plus il sera content de retrouver son foyer. »
    Je ne suis pas trop d’accord, mon bon Ben. Moi, j’aime autant les lieux que je découvre que les lieux dont je viens. Si une Française que j’aime me disait : rejoins-moi ici, dans cette terre gauloise d’où je ne veux pas partir, je dirais banco illico.

    « La littérature du voyage géographique n’est qu’une sous catégorie de la littérature d’action, de mouvement, c’est à dire de la littérature tout court. »
    Je ne suis pas trop d’accord non plus, mon non moins bon Mart. Le récit de voyage, depuis « Les Enquêtes d’Hérodote », sont plutôt un genre descriptif. La partie épique, l’aventure tout ça, n’est que très minoritaire dans chacun des grands récits, et dans l’ensemble de l’histoire du genre.

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  19. By the way, je suis d’accord avec Fred. Le blog de Mart n’est pas du tout hors sujet. Je suis certain que ceux qui aiment lire un sage précaire aiment aussi les grandes blondes, les belles lampes et les belles applications d’un motif dessiné. Je suis fasciné par les gens, depuis les designer jusqu’aux acheteurs, en passant par les vendeurs, qui sont capables d’un tel goût.

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  20. « La partie épique, l’aventure tout ça, n’est que très minoritaire dans chacun des grands récits »

    Je dois commencer à te connaître bien, mon bon Guillaume, car je savais bien que tu répondrais ça. Mais il se trouve que tu t’amuses toujours à faire la même réduction (de mauvaise foi ?) : une fois tu réduis intrigue à suspens hollywoodien, la suivante tu réduis action à aventure. Mais il se trouve que ni l’un ni l’autre ne se réduisent à la petite catégorie dans laquelle tu veux les faire rentrer de force. L’intrigue, j’ai déjà dit pour quoi elle n’était pas synonyme de suspens hollywoodien. Et l’action, ma foi, c’est pareil, ce n’est pas synonyme d’aventure. Par exemple, si je casse un oeuf, c’est une action, pas une aventure. Mais je suppose qu’on ne comprend que ce qu’on a envie de comprendre.

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  21. C’est précisément parce qu’on comprend surtout ce qu’on a envie de comprendre que tu n’as peut-être pas très envie de saisir ce que je dis, ici et là. Imagine une seconde que ce n’est pas toi qui comprends, et ton interlocuteur qui ne comprend pas. C’est un travail à faire sur soi.

    L’action, que ce soit casser un oeuf, s’asseoir pour contempler, ou descendre un rapide (j’avais bien compris ce qu’était une action, et comment imaginer que quelqu’un ne le comprendrait pas ?), est minoritaire dans les récits de voyage, c’est ce que je disais. Sur ce point, si tu le désires, tu peux me contredire et me démontrer qu’au contraire l’action est au coeur de ces récits (et j’ai bien dit « les grands récits de voyage », non les témoignages d’aventuriers qui n’écrivent que pour se faire mousser).
    Entre parenthèse, je n’ai jamais parlé de suspens hollymoodien, c’est toi qui l’as fait pour opérer des distinctions entre intrigues qui ne me regardaient pas. Tu avais peut-être cru que cétait ce que j’avais en tête, je ne sais pas.

    Je le répète : ce n’est pas l’action qui est l’essence du récit de voyage, donc pas la narration, mais c’est la description. Et cela fait de ce genre quelque chose d’éminemment précieux du point de vue de l’histoire de la littérature. Le roman d’aventure a ses lettres de noblesse, il y en a de merveilleux, mais il est, par nature, opposé aux récit de voyage. Ceci est une hypothèse, n’est-ce pas, mais que je peux tenir assez fermement selon les arguments qu’on m’opposera.
    Je peux me tromper, mais je crois qu’il n’y a aucune réduction à une quelconque « petite catégorie » dans mes propos.

    Rq : Quelques exemples de récits de voyage classiques pour savoir de quoi l’on parle : « Les Enquêtes » d’Hérodote, « La Description du monde » de Marco Polo, « Le Livre des Merveilles » de Jehan de Mandeville, « Histoire d’un voyage faict en la terre du Brésil » de Jean de Léry, « Tristes tropiques » de Claude Lévi-Strauss, « Chemin faisant » de Jacques Lacarrière, « Zone » de Jean Rolin.

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  22. Mais mon bon Guillaume, ce que tu ne comprends toujours pas, c’est qu’il n’y a absolument aucune opposition entre l’hypothèse que la description constitue l’essence du récit de voyage et l’idée que le récit de voyage se définisse par une certaine catégorie d’action qui est le mouvement géographique, comme je le dis.

    Exemple : on se déplace (voyage) pour voir. Et le récit de ce voyage devient essentiellement une description.

    Mais tu dois bien te rendre compte toi-même que l’on ne se déplace pas toujours uniquement pour voir, et qu’on ne peut donc pas réduire, comme tu le fait, l’essence du récit de voyage à une description. Que tu le veuille ou non, il y a des récits de voyage sans description. Après, tu peux toujours dire que ce ne sont pas des grands récits de voyage, mais des petits, évidemment, mais est-ce réellement pertinent?

    Je ne sais pas qui ne veut pas comprendre l’autre, ici. Je t’invite donc également, parfois, à imaginer une seconde que ce n’est pas toi qui comprends, et ton interlocuteur qui ne comprend pas. C’est un travail à faire sur soi en effet extrêmement intéressant.

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  23. « il n’y a absolument aucune opposition entre l’hypothèse que la description constitue l’essence du récit de voyage et l’idée que le récit de voyage se définisse par une certaine catégorie d’action ».
    En effet, cela, j’ai du mal à la comprendre. D’ailleurs cela m’arrive souvent, si tu me lis bien, de dire que je ne comprends pas des phrases ou des idées. Là, cela me paraît contradictoire. Dans les théorie de la littérature, on parle de style narratif et de style descriptif. L’un et l’autre s’entremêlent dans les faits bien sûr, alors revenons à ta phrase qui m’a fait réfléchir : « La littérature du voyage géographique n’est qu’une sous catégorie de la littérature d’action, de mouvement », c’est vrai que j’ai compris par cela le roman d’aventure, mais si cela se trouve tu voulais parler d’autre chose. Toujours est-il que c’est cette phrase là que j’aimerais que tu explicites, car de mon côté, je lance l’hypothèse que le récit de voyage n’est justement pas un dérivé d’une forme de littérature mieux définie, mais qu’il jouit d’une réelle autonomie générique.

    « on se déplace (voyage) pour voir. Et le récit de ce voyage devient essentiellement une description ». Cela sonne bien mais donne l’impression que le déplacement, donc l’action du narrateur, est première sur la description. Or, chez Hérodote, Pérec et Rolin, par exemple, le déplacement est quasiment réduit à néant, et en tout cas ne précède pas la description. (Il ne faut pas confondre le voyage lui-même et le récit de voyage, mais je ne dis pas que tu faisais cette confusion.)

    « Que tu le veuille ou non, il y a des récits de voyage sans description ». Lesquels Mart ?

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  24. Pour répondre à ta remarque sur les Don Quichotte et l’Odyssée, il s’agit justement de littérature fictionnelle et non factuelle. L’un est une épopée et l’autre un roman épique. Précisément, ils ne sont pas des récits de voyage. De même que ne le sont pas Candide, Gulliver, Voyage au bout de la nuit, etc.

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  25. Pour en revenir à ce problème de mauvaise volonté de comprendre l’autre, qui est agaçant car récurrent, je te donne un exemple :

    Tu dis « je n’ai jamais parlé de suspens hollymoodien, c’est toi qui l’as fait pour etc. ». Soit, peut-être, je n’ai pas la force de vérifier.

    Mais tu ne pourras pas dire que « je n’ai jamais parlé d’aventure, c’est toi qui l’as fait pour etc. ». Puisque tu dis : « Le roman d’aventure a ses lettres de noblesse, il y en a de merveilleux, mais il est, par nature, opposé aux récit de voyage. »

    Or, moi, je n’ai parlé nul part d’aventure, et encore moins de roman d’aventure. J’ai parlé d’action, de mouvement, je me suis servi de ces notions pour répondre à Ben. Mais si je dis « action », manifestement tu entends « roman d’aventure ». Donc sois tu me prends pour un idiot borné, soit tu ne veux pas comprendre, sois tu lis trop vite, soit tu as des problèmes de compréhension du langage, soit ton esprit de contradiction te joue des tours, soit tu as un problème de rivalité intellectuelle, soit un problème d’antipathie, soit je ne sais pas quoi. Quoi qu’il en soit, c’est agaçant et c’est la raison pour laquelle je disparais régulièrement de ce blog. A une époque, j’avais même décidé de ne plus jamais discuter avec toi car tu sombres toujours dans ce même travers. Si je reviens, c’est pas défaut, car je ne trouve pas d’autre endroit où on peut discuter de ce genre de sujet. Si quelqu’un a une piste, je suis preneur.

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  26. « Pour répondre à ta remarque sur les Don Quichotte et l’Odyssée, il s’agit justement de littérature fictionnelle et non factuelle. L’un est une épopée et l’autre un roman épique. Précisément, ils ne sont pas des récits de voyage. De même que ne le sont pas Candide, Gulliver, Voyage au bout de la nuit, etc.  »

    Je n’avais pas compris que tu excluais la fiction de la catégorie « récit de voyage ». Ce dont tu parles, en fait, ce sont des documentaires ?
    Je dois avouer que là-dessus, je n’ai pas grand chose à dire. D’ailleurs, je n’y connais rien.

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  27. Oui, admettons qu’on ne puisse pas discuter avec moi, je te l’accorde volontiers, ma vie et ce blog l’attestent abondamment. Dans tous les cas, tu es toujours le bienvenu quand tu as la faiblesse de revenir, et pardonné quand tu disparais.

    Je me permets de revenir sur ce qui m’avait fait dire que je n’étais pas d’accord avec une de tes phrases : “La littérature du voyage géographique n’est qu’une sous catégorie de la littérature d’action, de mouvement”. Sur ce point, mea culpa, j’ai fait la confusion que l’on fait trop souvent entre « récit de voyage » et « littérature de voyage », et incidemment vu confirmé une de mes hypothèses. J’utilise « récit de voyage » pour ce que les Anglais appellent « travel writing », car l’expression « littérature de voyage » pourrait contenir aussi tous les récits fictifs, imaginaires, etc. comme l’Odyssée ou Don Quichotte justement. Tu avais donc raison de dire ce que tu as dit, compte tenu du fait que tu sais ce que signifie « littérature d’action, de mouvement », qui n’est donc pas le roman d’aventure (mea culpa là aussi, comment ai-je pu faire un tel raccourci ? J’avoue que je ne connaissais pas cette typologie de littérature d’action, ni celle de littérature de mouvement.)

    Mais là où je crois voir une hypothèse confirmée, c’est que lorsqu’on mêle dans un même terme récits factuels et récits fictionnels, alors on ne dit plus rien sur les récits de voyage en tant que tel mais le discours se déplace sur le terrain des fictions en général. Voilà, se trouve partiellement confirmé le fait que pour étudier le récit de voyage, il faut exclure la fiction de la définition du genre, mais cela n’était qu’un détail insignifiant de la conversation qui précédait.

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  28. Je ne sais pas si l’idée de la littérature de mouvement est utilisée ou pas dans les « gender studies » officielles (je n’y connais rien), c’est juste une idée que j’ai eu en écrivant et que je médite depuis avant-hier. Je la trouve très féconde, au moins pour mon usage personnel et mes problématiques personnelles.

    Sur la difficulté de converser, pardonnons-nous : avec Internet, on n’entend pas le ton des gens et on interprète vite les paroles dans un sens erroné.

    Sinon, je suis tout à fait d’accord avec ta conclusion finale.

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  29. Je suis content que tu sois d’accord avec ma conclusion. Elle n’a l’air de rien mais je suis bien placé pour savoir que, dans l’état de la critique sur les récits de voyage, c’est une idée qui doit encore faire son chemin.
    Oui, la communication interactive d’internet favorise des débordements de langage, c’est étrange. Mais c’est le propre de la communication humaine, car quand on se voit, on ne maîtrise pas non plus complètement le ton de sa voix, les expressions de son visage, etc., et les malentendus abondent. On pourrait croire qu’avec le virtuel, on se débarrasse de tout un tas de fritures sur la ligne, mais pas du tout, elles réapparaissent dans des mots, des expressions, etc.
    Un dernier mot : « Gender studies » ne désigne pas l’études des genres littéraires, mais celle des identités sexuelles (genre au sens de masculin et féminin). Un grand truc, alors, est de faire des articles qui combinent les deux sens du mot genre. « Gender and Genre » sont de plus en plus souvent associés.

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  30. La communication humaine, pour être franc, je trouve ça extrêmement laborieux et frustrant. Avant, je me lançais avec passion dans n’importe quelle discussion, pour peu qu’on m’y invite. Maintenant, en général, j’évite, parce que je suis fatigué de m’engueuler et de ne pas réussir à me faire comprendre. Bilan, je m’ennuie avec les gens et je les évite.

    Heureusement, j’ai une femme : à force de se fréquenter, on a développé un langage commun qui permet de se comprendre. Ma femme, plus le papotage avec les clients qui passent dans ma boutique (souvent très charmants), plus un peu de débats Internet comme ici, ça me suffit amplement.

    Sinon, les « gender studies », comme je parlais de mouvement et de fécondité, ça aurait presque pû marcher… merci pour la correction.

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  31.  »Sinon, les “gender studies”, comme je parlais de mouvement et de fécondité, ça aurait presque pû marcher… merci pour la correction. »

    Oui, en attendant tu ne parles jamais de poesie (ou alors pour dire que c’est chiant) alors que c’est le lieu meme du mouvement, du  »transport » (la metaphore quoi) ; c’est meme de la qu’est ne la litterature de voyage si je ne m’abuse cher (futur) Docteur (cf.l’odysse d’Homere)…c’est tres regrettable cet oubli, vraiment tres regrettable et un peu con exscusez du peu… Aussi regrettable que ce mepris, ce snobisme (pour ne pas dire cette morgue) quand il s’agit de repondre a mes commentaires…je vais faire comme Mart et la jouer indifferenttquelques temps car c’est vraiment trop enervant (je plains tes amis reels, vraiment,un caractere pareil…!)prendre des vacances, j’ai trop donne pour ce blog pour finalement pas grand chose, c’eest dommage l’idee etait bonne au depart, mais je sens des ondes negatives parfois…

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  32. Ce blog devient un vrai psyshow. On attend Mireille Dumas d’un instant à l’autre, mais attendez, non, on me dit à l’oreillette que ce sera Macha à la place.
    Allez quoi, François, fais pas la tête. Le SP n’a peut-être pas que ça à faire, et moi non plus il ne répond pas toujours à mes commentaires, et il y répond une fois sur deux à côté de la plaque (quand je ne me fais pas traiter de con par un des commentateurs…) Allez quoi, il y a pas de quoi se faire cuire la rate au court-bouillon.

    J’ai aussi beaucoup aimé la tirade du mal aimé de Mart : « A une époque, j’avais même décidé de ne plus jamais discuter avec toi car tu sombres toujours dans ce même travers. Si je reviens, c’est pas défaut, car je ne trouve pas d’autre endroit où on peut discuter de ce genre de sujet. Si quelqu’un a une piste, je suis preneur. » Oui, j’ai une piste Mart, et cette piste vaut pour François. Créer un blog vous même et faites vivre un climat intellectuelle autour de vos réflexions.

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  33. « J’ai aussi beaucoup aimé la tirade du mal aimé de Mart »

    C’est exactement ce que je dis : il est incroyablement dur de se faire comprendre.
    Je dis : « les gens ne comprennent pas ce que je dis ».
    Et Fred comprend : « les gens ne m’aiment pas ».
    Pourtant, « comprendre » et « aimer » sont deux verbes avec des sens très différents. On penserait qu’il serait dur de les confondre. Et bien non, non, apparemment, c’est pas clair pour tous.
    Tu veux que t’explique la différence, Fred, ou c’est pas la peine ?!

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  34. Votre problème, Fred, Guillaume, et tant d’autres gens, c’est que vous ne prenez presque jamais les phrases dans un sens littéral. Vous êtes presque toujours dans l’interprétation, le glissement de sens, qui n’est jamais très loin du procès d’intention.

    Quand j’étais chercheur et qu’on avait des débats collectifs, c’était pareil : les gens croyaient parler de modèles économiques, alors qu’ils parlaient de la taille de leur bite.

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  35. « Oui, j’ai une piste Mart, et cette piste vaut pour François. Créer un blog vous même et faites vivre un climat intellectuelle autour de vos réflexions. »

    Merci pour la piste, mais il y a une différence immense entre réagir aux réflexions d’un autre et faire partager ses propres réflexions. Si je viens ici, c’est parce que les opinions de Guillaume sont très différentes des miennes, qu’il aime tout ce que je déteste et que l’inverse est à peu près vrai aussi. C’est cette différence qui m’intéresse. Sinon, je réussis très bien à parler avec moi-même, pas besoin de créer un blog pour ça.

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  36. La rate au court bouillon ? c’est quoi ca ? connais pas…

    Des blogs j’en ai cree pleins, a la pelle, ca fait des annees que j’en fais, meme des supers (sans fausse modestie, oui) que je regrette d’avoir definitivement effaces, d’autres que j’ai garde, de reflexions, de litteratures, de photos, de souvenirs de voyages (ente nous , c’est le truc qui me semble valable dans le blog : le souvenir de voyages tenus par des citoyens lambdas , des bobos en tout genre mais digne d’interet -de mon pont de vue et je ne comprends pas que le SP ne fasse pas une these sur ces nouveaux recits ultra contemporains aussi interessants sinon plus qu’un Jean Rollin ou un Bouvier tout comme les nouveaux recits videos facon Antoine de Maximy, enfin bref il fait ce qu’il veut hein …) qu etc avec des commenttaires parfois mais j’avoue que ca ne m’interesse pas trop ce point de vue la, le bavardage, ces petites mondanites virtuelles, ca me saoule plus qu’autre chose, c’est meme une perte de temps de mon point de vue, … ; je n’ose penser au temps que j’y ai passe chez les miens d’ailleurs comme chez d’autres (celui ci en dans le role du  » fidele commentateur un peu-rigolo-un-peu-leche -cul et-un-peu teigneux-alimentant-la polemique » qui me prend la tete parfois) et j’avoue que parfois j’aimerai bien me decoller de ce truc, mais le fait est la difference comme dit Mart c’est comme les aimants, les contraires s’attirent et je ne peux m’empecher parfois, c’est couillon mais c’est comme ca…Enfin ce qui m’enerve avec le blog (et celui en particulier qui a la’ir de raffoler de castagne en tout genre) c’est qu’il ya une ambiance cours de recre niveau college particulierement peu epanouissante :je n’en dirai pas plus, il suffit de lire ou relire d’anciens billets et les commentaires pour s’en rendre compte. J’avoue qu’a une epoque j’etais fier de ce genre de trucs, mais maintenant j’en ai presque honte , n’ai pas de regrets (ca non, je me suis bien amuse quand meme) mais ca ne me correspond plus au jour d’aujourd’hui. et puis surtout j’aime bien qu’on me reponde quand je cause c’est compris ? coup de boule coupde boule, tu veux t battre toi , koi qu’ewst ce tas t’as tu veux te battre…t’ars ta gueule a la recre Sage Precaire si tu reponds pas a mes coms ziva yo !!
    Vivement le lycee !

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  37. « Si je viens ici, c’est parce que les opinions de Guillaume sont très différentes des miennes, qu’il aime tout ce que je déteste et que l’inverse est à peu près vrai aussi. » S’il aime tout ce que tu détestes, peut-on aussi dire que tout ce que Guillaume aime, tu le détestes? Ou est-ce que c’est encore moi qui en fait parle de la taille de ma bite? Et si l’inverse est vrai, alors le SP déteste le design scandinave et les grandes blondes, et j’ai du mal à y croire.

    Tu fournis un bon exemple de communication bancale, Mart, quand tu écris : « Votre problème, Fred, Guillaume, et tant d’autres gens, c’est que vous ne prenez presque jamais les phrases dans un sens littéral. » Moi, toujours mesurant plus ou moins la taille de ma bite, qui, à force qu’on la titille, change de taille forcément, je me dis « quel présomptueux ce Mart, il se croit tellement supérieur car il pense ne pas avoir ce problème là. » Et là je me dis STOP! « Il n’a pas dit qu’il n’avait pas ce problème, il a juste dit que Guillaume, moi et tant d’autres l’avaient ». Mais ta formulation mène à penser que d’après toi, des gens seraient dans la littéralité des phrases. Des gens qui, quand ils entendent « je t’emmerde », se disent in petto « ben non il ne me macule pas de merde, sa phrase est donc incorrecte ». A mon humble avis, ces gens-là n’existent pas, et les langues naturelles sont toutes trop riches et trop floues pour cela. La linguistique a étudié ces choses là maintes fois. Donc que veut dire Mart quand il dit « Votre problème, c’est » ?
    Ensuite il emploie le singulier, il a donc en tête que nous n’avons qu’un seul problème, et en plus pas très grave, donc là je me dis « sympa ce Mart, pas présomptueux en fait, car s’il n’a pas ce problème, il en a peut-être d’autres que nous on a pas. »
    Ensuite, tu dis « problème ». Un problème, c’est une difficulté qui doit et qui peut être résolue. J’ai plutôt l’impression que c’est le gars qui prend toujours les phrases dans un sens littéral qui a un problème, et un gros. Quand on lui dit « ça va? » il comprend quoi? Il ne réponds pas et il demande, « qu’entends tu exactement par « ça » »?
    Enfin, j’ai demandé autour de moi, et ma femme pense comme moi, qu’une phrase qui commence par « Votre problème c’est », c’est une forme d’agression. Mais je ne crois pas que Mart veuille nous agresser, c’est sans doute ma femme qui est dans la surinterprétation et qui mesure la taille de ma etc.

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  38. « c’est une forme d’agression », bien sûr que ça en est une. Elle est consciente, fruit d’un agacement.
    Quand tu déformes « comprend pas » en « aime pas », c’est aussi une agression, mais je ne sais pas si elle est consciente, car je ne te connais pas. Elle est peut-être juste inconsciente. Dans un cas comme dans l’autre, c’est extrêmement désagréable.

    Je te conseille, si ça t’intéresse, un très bon texte de Finkielkraut sur la réthorique terroriste des Brigades rouges. Il montre comment toute leur violence, lors des interrogatoire, se construit sur le refus de la littéralité.
    Exemple :
    – es-tu fasciste ?
    – non, je ne suis pas fasciste
    – tu dis que tu n’es pas fasciste, parce que tu veux nous faire croire que tu ne l’es pas, mais en vérité tu l’es
    – non, je vous jure que non
    – si, tu l’es, tu m’implores pour essayer de susciter ma pitié et me convaincre du contraire, mais tu es fasciste
    etc.

    Si tu refuses à quelqu’un le droit d’être entendu dans la littéralité de ses phrases, tu le prives de sa parole, tu le prives de toute possibilité d’être aux autres. Si je dis « comprend »‘ et que tu ricanes en disant « il veut dire aimer, ah ah ah », tu me prives de ma parole, tu m’empêches d’exister. C’est une violence bien plus grande que de dire « ton problème, c’est ».

    Et là, je doute que tu comprennes ce que je dis, car je doute que tu en ais envie. Tu en es intellectuellement capable, évidemment, mais tu es dans une logique différente, une logique qui n’est pas de compréhension. Et c’est ça qui me fatigue.

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  39. Sur le « aime/déteste » avec Guillaume, je ne pensais pas aux grandes blondes.
    Mais par exemple, il n’aime pas la fiction, alors que je l’adore. Il aime Deleuze que je n’aime pas. J’ai essayé de lire Tigre de papier, de Jean Rolin, le livre m’est tombé des mains. Il aime les failles, les bordures, les friches, les terrains vagues, les fragments, et j’aime les place, les centre-ville historiques, les œuvres achevées. il aime avoir beaucoup d’amis, je n’aime pas ça. Il aime la précarité, je la déteste, même si je la pratique. Je suis parfaitement indifférent aux récits de voyage et je détesterais enseigner, alors que ce sont ses deux mamelles. Dans Paris, j’aime essentiellement le 5°, je serais étonné qu’il en aille de même de Guillaume, même si on en a jamais parlé. Il n’aime pas Angers, alors que je l’adore. Le design scandinave, je ne suis pas sûr que ce soit sa tasse de thé. Dostoievski non plus. La Chine ne m’attire pas du tout, c’est même un euphémisme. Etc., je pourrais continuer longtemps.
    La seule chose qu’on partage, je pense, c’est un certain amour du foot, et encore : moi, le foot, je préfère le lire dans l’Equipe que de le voir à la télé.

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