Maisons en terre à Najran : promenade nocturne

Je voulais voir les maisons en terre au soleil couchant, mais le temps de me déplacer, la nuit était tombée d’un coup. J’ai dû me promener de nuit dans le village de Qabil et ce fut un enchantement.

Des chiens errants, dormant dans les champs et réveillés par mes pas, ont essayé de m’intimider. Mais dans le monde musulmans, les chiens se tiennent à carreau et ne s’aventurent pas trop près des êtres humains.

Ces maisons en terre ne sont pas toutes abandonnées. J’ai rencontré plusieurs propriétaires qui en étaient fiers et qui étaient prêts à investir de lourdes sommes pour les rénover.

Le ministre de la culture d’Arabie Saoudite a récemment déclaré que les maison vernaculaires devaient être considérées avec sérieux et que des subventions seraient débloquées pour un grand programme de rénovation.

Je me suis rapidement perdu et ne savais pas, au bout de deux heures de déambulation, comment retourner dans la ville moderne.

Je donnais rendez-vous à des véhicules près de telle ou telle mosquées mais toutes les voitures annulaient ces courses et me laissaient en plan. Comme si les chauffeurs avaient peur ou étaient incapables de venir me chercher.

Perdu pour perdu, j’ai quand même pris beaucoup de photos et me surprenais moi-même de la qualité des images que mon appareil pouvait réaliser en pleine nuit.

La technologie nous aide beaucoup dans nos efforts de rêverie et dans nos entreprises féeriques.

Comme je suis là en mission pour le ministère de la culture, je vais proposer au responsable des publications un « photo-essai » centré sur les maisons en terre et sur les chiens errants qui les gardent en bons cerbères bénévoles.

Les appels à la prière sont extrêmement doux à Najran. J’ai d’abord cru que c’était une spécificité de ce village enchanteur qui emprisonne ses visiteurs, dans le genre du pays des merveilles, mais l’ensemble de la ville de Najran fait résonner ses mêmes voix de muezzin, mélodieuses et somnolentes, comme des berceuses.

Je n’ai pas eu peur ce soir-là. Pourtant le sage précaire est un gros trouillard qui n’est jamais loin de pleurer dans les jupes de sa mère. J’étais seulement épuisé après trois heures de marche. Je voulais dormir. Peut-être manger un peu et dormir enfin.

Je raconterai un jour comment j’ai fini par m’en sortir, les souliers pleins de sables, de terre et de gravier.

Départ de Ftiss

Fin de partie dans la ferme de Ftiss.

Nous avons bien travaillé et peu dormi pendant ce séjour. Nous avons été surpris par le froid et la pluie. Mais je préfère de loin me couvrir au mois d’avril que mourir de chaud en juillet.

Les beaux-parents ont besoin d’aide et grâce à Dieu, une voisine vient tous les jours faire du ménage et de la cuisine.

J’ai baptisé les quatre chiens qui gardent la ferme : Billy, Abrag, Malik et Amir. La voisine a alerté Hajer du fait qu’en m’amusant avec les chiens, je les laissais « me faire des baisers » ce qui est dégoûtant et exige un lavage scrupuleux.

Nous avons trait les brebis et produit un délicieux fromage frais.

Il est temps de partir et de passer une dernière nuit dans un hôtel de Tunis

De l’inégalité parmi les animaux

Dans une ferme, on n’apprend pas la morale : on l’observe à l’état brut.

À Ftiss, où habitent mes beaux-parents, où a grandi Hajer, on découvre une pédagogie silencieuse : celle de l’inégalité organisée, acceptée, fonctionnelle parmi les bêtes. Une sorte de traité vivant, sans théorie, sans discours, mais avec des plumes, des poils, des chaînes et des habitudes.

Les animaux sont assez nombreux malgré l’âge de mes beaux parents qui ne peuvent plus s’en occuper seuls. Leur fils Tarek, le seul qui soit resté au pays, partage avec moi un grand amour de la ferme. Dès que sa famille et son emploi de pilote d’hélicoptère le lui permettent, il vient à Ftiss et aide ses parents. Tarek adore les animaux et il ne laisse pas passer une année sans en acheter de nouveaux.

Les poules, d’abord. Elles sont nombreuses, affairées. Elles picorent du matin au soir, traversent les espaces, serpentent entre les oliviers et les arbres fruitiers. Leur territoire est vaste et ouvert puisqu’on les voit parfois hors de notre domaine, vers le lac salé qui borde le hameau dit « Nahed ». (Le hameau de la ferme familiale porte un nom qui est le dérivé du patronyme de ma femme, Nahdi). Une seule frontière pour les poules et les coqs : la cour intérieure de la fermette, qui leur est interdite. Une limite nette mais qu’elles franchissent tous les jours sans recevoir de punitions très humiliantes.

Les lapins, eux, incarnent une autre condition. Je ne les ai jamais vus hors de leur cage. Leur existence me paraît étriquée, réduite à quelques gestes répétés et beaucoup de ruminations. Mon beau-frère Tarek m’a demandé si je mangeais des lapins. Résultat des courses, cela fait deux jours que nous mangeons des plats cuisinés avec un lapin de la ferme : un couscous et une shakshouka. Selon mes critères leur vie semble moins douce que celle des poules mais l’alimentation des Nahdi me paraît excellente : beaucoup de légumes, des céréales et légumineuses, agrémentés d’une viande on ne peut plus locale.

Les brebis, les chèvres, les moutons composent une catégorie intermédiaire. Dans leur enclos, ils n’ont pas l’air particulièrement heureux. Et pourtant, deux fois par jour, un ami de Tarek vient en moto de Bou Arada pour s’en occuper. Il les mène paître au bord du lac salé, les fait marcher et respirer un peu d’air frais. Il les fait passer d’une écurie à une autre le temps de nettoyer leur lieu de vie et de remplacer la paille. Leur vie oscille entre contrainte et échappée. Elle n’est pas radieuse, mais elle n’est pas non plus une pure privation.

Quand j’ai égorgé l’une de ces chèvres, pour l’Aïd de 2017, j’ai senti un grand calme chez cette bête qui savait qu’elle était menée à l’abattoir. Tarek et un autre beau-frère la tenaient fermement et marchaient à ses côtés pour l’amener vers l’olivier où elle serait suspendue une fois tuée pour se vider de son sang. Nous fêtions alors le sacrifice d’Abraham, et c’est moi qui ai eu l’honneur de trancher la gorge de ce bel animal qui n’a pas démérité de son Créateur. Tarek avait affûté mon couteau et m’avait expliqué comment faire. C’était une sacrée expérience.

La ferme est aussi parcourue de pigeons, que mon beau-père adore. Ils étaient en cage autrefois, puis un soir de dispute, un de ses fils a ouvert les cages. Mon beau-père a été pris d’une grande fureur, qu’il a exprimée en quittant la ferme pour toujours. Quand il est revenu, quelques heures plus tard, les pigeons étaient toujours là eux aussi et ne sont jamais partis de la ferme de Ftiss.

Et puis il y a les chiens.

Quatre sentinelles, attachées à des points stratégiques. Leur mission est claire : aboyer, dissuader, pour protéger les poules. Ils sont les gardiens de la peur des autres. Leur territoire est minuscule, leur rôle immense.

Deux chiots ont récemment rejoint cette géographie. L’un clair, l’autre noir. Leur destin semble déjà tracé : une chaîne, un périmètre réduit, une vigilance permanente. C’est vers eux que mon attention se dirige.

Au début, je me contentais d’approcher. Un peu de nourriture, quelques gestes prudents pour qu’ils aboient moins et qu’ils ne me prennent pas pour un ennemi. Ils jouaient l’hostilité, comme on leur a appris. Mais ce n’était qu’un rôle. Très vite, la peur changeait de camp. À mesure que je m’approchais, ils reculaient, se cachaient, puis revenaient, intrigués.

Le petit chien noir, au bout du terrain, près de la limite de la propriété, est celui qui me trouble le plus. Il semble n’avoir presque jamais rencontré d’humain hors du cadre strict de sa fonction. Ma présence le désoriente profondément. Il oscille entre une excitation débordante et une crainte extrême. Il fuit, puis revient. Sa queue trahit une joie confuse que son corps ne sait pas encore habiter.

Alors je reste là, dans son périmètre, pour qu’il s’habitue à moi.

Je ne fais presque rien. Je me tiens immobile, à sa portée. Je deviens, pour lui, un événement olfactif.

Car c’est sans doute cela, leur véritable festin : les odeurs. Mes chaussures, mes mains, mes vêtements deviennent un territoire à explorer. Je ne suis pas un homme, encore moins un sage, je suis un animal nouveau, porteur d’un monde invisible. Mes chiens de garde reniflent, repartent, reviennent. Quelque chose se passe, que je ne comprends pas, mais que je pressens comme une forme d’élargissement de leur existence.

Je ne peux pas les détacher. Je ne peux pas leur offrir la course, ni le jeu. Alors je leur offre mes odeurs.

Et étrangement, ils ne me semblent pas malheureux. Tarek les a amenés ici et leur apporte toute sorte de restes. L’autre jour, quand il est venu nous chercher à l’aéroport, on est allé manger dans un restaurant de bord de route tenu par ses amis, et quand on lui a dit qu’on avait assez mangé, il a mis toute la viande grillé, le gras et les os dans un sac « pour les chiots de Ftiss ».

Ils sont là. Ils vivent dans ce cadre étroit, mais ils y déploient une intensité qui a sa légitimité. Peut-être que le bonheur ne se mesure pas uniquement en mètres carrés.

Comme Tarek est rentré chez lui, je lui ai envoyé une photo d’un chiot sur WhatsApp en lui demandant comment il s’appelait. « Bonjour mon frère, a répondu Tarek. Il n’a pas de nom, mais je t’invite à le nommer. Et je le garderai Enchallah. »

Plus tard il m’a écrit : « Alors il faut nommer les deux autres chiots en même temps et revenir par trois noms. Pour le noir je propose Abrag. »

Abrag, ça veut dire « noir » en arabe mais ce n’est pas le mot que j’ai appris en arabe standard. Hajer me dit qu’Abrag est à la fois un terme du dialecte tunisien et du registre de l’arabe littéraire…

Le petit chien clair, je pense le baptiser Billy, parce qu’il a une tête sympa et parce que je suis en train de lire Les Orphelins d’Eric Vuillard, sous-titré Une histoire de Billy the Kid. Je vais donner un nom de fugitif à cet animal joueur qui va rester enchaîné toute sa vie.

Et enfin il y a les chats.

Les chats sont les princes de ce royaume. Ils vont partout. Ils entrent dans la cour intérieure, circulent librement, s’installent où bon leur semble. Aucune chaîne, aucune limite visible. Ils incarnent une souveraineté tranquille et hautaine.

Face à eux, l’inégalité saute aux yeux.

Elle me serre un peu le cœur.

C’est pour eux qu’hier Hajer a acheté une saucisse spéciale pour chats. Ces connards ont tous les égards et je ne sais même pas s’ils chassent d’éventuelles souris. Si ça se trouve ils se bornent à être beaux, touffus et colorés.

Mais je comprends aussi que cette inégalité n’est ni accidentelle ni cruelle au sens simple. Elle est organisée selon des fonctions, des besoins de la famille humaine qui habite ici. Chaque animal occupe une place dans une économie vivante qui le dépasse.

La ferme n’est pas un système juste. C’est une unité de vie et de production qui fonctionne.

Et le sage précaire, fidèle à lui-même, oscille entre une légère fascination et une forme d’acceptation lucide : le monde ne distribue pas la liberté également, mais il offre à chacun, peut-être, une manière d’habiter ce qui lui est donné.

La tendresse des dromadaires de la province d’Al Jouf

Le chevreau et le brave homme sectaire. Un conte pour l’Aid qui vient

Photo de Couleur sur Pexels.com

En prévision de l’Aid al Adha, qui aura lieu fin juin, des amis me proposaient un chevreau parmi les bêtes qu’ils élèvent à la montagne. Hajer était enthousiaste, mais surtout à l’idée de voir le petit animal. Je n’étais pas certain, quoi qu’elle en dise, qu’elle désirait manger la viande du chevreau : sa façon de parler indiquait plutôt une tendresse pour l’animal vivant et gambadant. Mais nous parlâmes quand même des modalités du sacrifice pour la fête religieuse à venir. Nous pouvions immoler la bête avec douceur, là haut dans la montagne, chez nos amis, dans une prière qui remercierait le Créateur pour tout ce qu’il nous a donnés.

Nous avions besoin de quelqu’un qui pourrait préparer l’animal sacrifié pour en faire de la viande. De la viande à manger et de la viande à offrir.

J’ai demandé à quelques personnes autour de moi. J’ai effectivement reçu une aide, sans doute l’aide dont j’avais besoin, mais pas l’aide que je demandais. Au contraire, il me semble avoir reçu une autre leçon, inattendue, de la part du Très-haut.

À la place d’un boucher, j’ai rencontré un brave homme qui m’a assommé pendant plus d’un quart d’heure sur sa vision très étroite de la religion. Bien entendu, cet homme avait de bonnes intentions, il pensait me venir en aide, et donner voix à la seule manière de penser dans le cadre de l’islam. Je suis sorti éreinté et triste de cette conversation qui s’est vite transformée en monologue.

J’avais posé une question pratique au sujet d’un chevreau à dépecer, et j’avais eu le malheur de préciser que l’ami pouvait faire ce travail rémunéré à l’avance, que je n’exigeais pas que l’action fût réalisée pendant les trois jours de l’Aid.

Le brave homme s’est alors mis à m’expliquer quand et comment il fallait égorger la bête. Cela ne s’arrêta pas là. Comme je lui dis que je n’étais pas encore sûr d’égorger qui que ce soit, car j’avais l’habitude d’envoyer de l’argent pour nourrir des pauvres au lieu de tuer une bête pour moi, il m’expliqua que la religion devait être entendue comme une imitation stricte des actions du prophète. Qu’on n’avait pas à inventer des rituels nouveaux. Que la religion était une chose « réglementée », ou « légiférée ».

Je ne me souviens pas exactement du terme qu’il a employé, car cela m’a glacé le sang : le verbe qu’il a choisi annonçait une pratique rigoriste de l’islam, une vision sectaire. J’ai eu soudain la sensation de parler à un gardien, un milicien ou un surveillant. Je me suis tenu coi.

Le brave homme n’avait pas de colère dans les yeux et ne me parlait pas avec menace. Il y avait beaucoup de bienveillance dans sa voix et ses gestes. J’essayais de ne pas montrer mon malaise. Le rituel « du sacrifice » est une fête qui commémore le sacrifice d’Abraham. Or, dit le monsieur, il faut suivre l’exemple des prophètes et les imiter en tout. « Nous n’avons pas à penser. Nous sommes des perroquets qui répétons la parole des prophètes. »

Il a dit plusieurs fois que nous n’avions pas à penser, ce qui me donnait envie de fuir à toute jambe. Le coran, au contraire, encourage l’usage de la raison à de nombreuses reprises. Et ne mentionne jamais le moindre mouton, évidemment.

Je laissais parler le brave homme car je ne suis pas en faveur de créer des débats sur la place publique, surtout avec des gens qui se croient autorisés à donner des leçons et des conseils à n’importe quel inconnu. Le sage précaire a un peu peur des gens très sûrs d’eux.

De retour à la maison, je me sentais mal. Mon épouse comprit mon désarroi. Elle a su trouver les mots pour me rassurer. Elle m’expliqua d’où venait l’idéologie de ce brave homme, qu’elle saisit immédiatement grâce à telle ou telle formule qu’il avait employée et que je reformulais maladroitement. Oui, dit-elle, c’est typique de telle école de pensée, ils font toujours appel à cette citation qui en arabe se dit ainsi. Mais ils se trompent, ils trahissent le message de la religion. Heureusement que suivre l’exemple des prophètes n’est pas une règle : Ibrahim a égorgé une bête alors nous devrions faire la même chose ? Mais il a aussi dépecé un poulet sur ordre de Dieu à une autre occasion, et pourtant nous n’en avons pas fait un rituel musulman. Et puis, n’oublions pas, il a aussi abandonné sa femme enceinte de son premier enfant en pleine nature, doit-on aussi l’imiter en ceci ?

Bref, cette conversation déstabilisante fut un bon rappel au fait que l’islam n’oblige en aucun cas d’égorger une bête. Que s’il y a une obligation, c’est pour les riches de donner de la viande aux voisins et aux nécessiteux, c’est-à-dire d’être généreux et charitables. Si cela devient l’occasion d’un carnage ou d’un gaspillage, alors c’est une perversion du rite.

Ma rencontre avec cet homme gentil et sympathique, qui ne s’est jamais départi de son sourire et de sa bonne volonté, a sans doute été un signe pour m’encourager à faire quelque chose. J’étais sur le point de tuer moi-même un animal. Cette rencontre m’a remis sur la droite voie du maître des mondes : aucune bête ne périra de mes mains. Nous irons voir nos amis dans la montagne avec des choses à manger et nous nous amuserons avec les chevreaux. La fête sera l’occasion, au contraire, de devenir végétarien et de soulager autant que possible la souffrance des pauvres gens.

Les chiens au parc des Châtaigniers

Image générée quand j’ai saisi les mots « Chien qui chie au parc des châtaigniers ». Photo de Masood Aslami sur Pexels.com

Les moteurs de recherche préfèrent ne pas montrer la réalité du phénomène. On saisit « chien qui chie dans un parc », les images générées sont d’adorables toutous dorlotés par des maîtres pleins d’amour.

Dans le parc des Châtaigniers où nous habitons, nous voyons au contraire les habitants promener leur bête et les laisser faire leurs besoins sur l’herbe. Nous ne voyons jamais personne ramasser les déjections. Ils doivent croire que c’est la nature sauvage.

Quand viennent les beaux jours, on voit les élèves du lycée s’allonger dans le même parc des Châtaigniers, mais chiens et élèves n’occupent pas le territoire en même temps, heureusement.

De 10.00 à 17.00, on voit des adolescents réviser et se prélasser dans l’herbe.

De 18.00 à 21.00, on voit les chiens faire caca sur les mêmes parcelles.

C’est bien organisé.

J’aime regarder les propriétaires pendant que leur chien souille le parc de la ville. Ils font semblant de ne rien remarquer. Ils sont un peu gênés. Pas au point de ramasser la merde dont ils sont responsables, mais on sent que ce n’est pas le meilleur moment de leur journée. Ils tirent un peu sur la laisse pour signifier au clébard : « bon, Médor, tu as fini ? Ça commence à durer ton histoire, et les gens nous regardent. »

La seule personne que je connais, dans cette région, qui fait preuve d’assez de civilité pour ramasser ses déjections canines lors des promenades quotidiennes, c’est un Anglais, mon ami Peter, qui n’élève pas moins de trois labradors. Il semble que nous ayons encore des leçons à prendre chez nos amis d’outre-Manche.

Les chiens sur les chemins

Image générée quand j’ai saisi « Chien, Noir, Rivière ». Photo de Matej sur Pexels.com

Je commence à en avoir ras-le-bol des chiens et de leur propriétaire sur les chemins de promenade. Ces gens n’ont vraiment plus aucune civilité. Ils ne ramassent pas les crottes, ils laissent les bêtes importuner les promeneurs, ils confondent chemin de promenade et nature sauvage. Moi, quand j’avais un chien, j’allais le promener dans des champs et au bord de rivières où il n’y avait personne. Je laissais l’animal courir, c’était la campagne sans randonneurs, et c’était agréable pour nous deux.

J’avoue qu’en effet, la vie d’un tel animal près de soi est assez apaisante. Je reconnais l’utilité du truc. Je comprends l’amour qu’on peut porter à des chiens. Mais aujourd’hui ils sont devenus insupportables, et leur maître ne cherchent même plus à les contrôler.

Hier, le long de la rivière Coudoulous, j’ai vraiment cru me faire dévorer par un chien qui a couru vers moi. Comme il pleuvait et que je portais une casquette, perdu dans mes pensées, je n’ai vu le molosse qu’au dernier moment et il m’a fait très peur. J’ai fait un saut de côté, retiré mes bras. Le chien, en réalité, n’était pas méchant. Il voulait juste jouer avec moi et mettait ses pattes sur moi. Ce con sautait autour de moi et je ne parvenais pas à m’en débarrasser.

Je n’avais aucun intention de jouer avec ce chien. La plupart du temps, d’ailleurs, je n’ai pas très envie de jouer avec les individus que je ne connais pas et qui ne s’annoncent pas. Je dirais la même chose d’enfants intrusifs, de parents démissionnaires et d’ivrognes en quête d’affection. Votre situation d’enfant, de chien ou de drogué ne vous donne aucun droit sur mes émotions.

Le pire dans mon histoire de chien au bord du Coudoulous, c’est l’attitude de la propriétaire. Elle marchait tranquillement à quelques dizaines de mètres, et ne semblait pas dérangée du tout de voir son animal faire peur aux promeneurs.

Quand je l’ai vue, cette dame, je me suis dit qu’elle allait au moins avoir une attitude d’autorité vis-à-vis de la bête. Qu’elle allait la gronder, lui signifier que ce comportement était inadmissible. Pas du tout. Elle marchait calmement et disait simplement : « Non, Médor, non. »

C’est tout.

Et quand elle m’a croisé, elle m’a dit : « Désolé, hein. »

« Je vous en prie », ai-je répondu.

Cette dame ne paraissait pas contrariée ou confuse. Je pense même qu’elle ressentait une certaine satisfaction à avoir effrayé un mâle solitaire, par l’intermédiaire de son adorable toutou.

« Il n’est pas méchant », « il veut juste jouer », « il aboie mais ce n’est pas contre vous ». Allez vous faire voir ailleurs. Cotisez-vous pour créer des « parcs à chiens » et laissez les territoires communaux aux gens civilisés.

Les vainqueurs des élections présidentielles 2022

Il résulte de cette campagne électorale trois vainqueurs et une recomposition du paysage politique.

La victoire d’Emmanuel Macron est un événement historique mais elle était prévue, prédite et pressentie. Il a dû faire des erreurs mais comme il a gagné, il a été le meilleur, que peut-on dire de plus ? Avec l’équipe de bras cassés qu’il se traîne, soutenu par un parti sans doctrine, sans talent et sans identité, il a réussi là où personne ne pouvait réussir. Personnalité peu aimable, impopulaire et peu admiré, son succès a quelque chose de désarmant. Bien sûr, quand on a derrière soi les plus grandes fortunes prédatrices d’un pays, cela aide, mais ce n’est pas suffisant car il faut aussi beaucoup de talent et une chance inouïe. On a envie de lui dire, comme au sélectionneur Didier Deschamps : « Tu ne fais pas des choses qui nous plaisent, tu développes un jeu ennuyeux, mais bon, quelque chose en toi fait que tu gagnes alors vas-y, prends les rênes et tâche de ne pas nous faire trop de mal. « 

Le bon résultat de Marine Le Pen prouve qu’elle a admirablement réussi son coup : à la fois capitaliser sur son nom, profiter pleinement du travail de son père, surfer sur sa notoriété dans l’électorat populaire, et adoucir son image. Sa stratégie de dédiabolisation a fonctionné comme sur des roulettes. Même les critiques lui ont profité, c’est très fort.

Même la concurrence incroyable que lui a imposé Éric Zemmour des mois durant, elle en a fait son miel en sachant se faire discrète et en faisant profil bas. C’est de l’art martial en quelque sorte, puisqu’elle a su utiliser à son profit la force de ses adversaires. Elle a eu raison de laisser Jordan Bardella et Louis Alliot courir les plateaux télé, car elle n’est pas très bonne face aux micros.

Surtout, Marine Le Pen a eu un flair épatant en jouant la carte « éleveuse de chats ». C’était cul-cul, mais beaucoup de Français sont cul-cul. Des millions d’électeurs ont le même amour virtuel des animaux. Un amour tamisé par le filtre des réseaux sociaux et de Walt Disney. Un amour des animaux sans animalité si l’on peut dire. Je songe à tous ceux qui adorent les chats en occultant le fait qu’ils constituent une vraie menace sur la biodiversité. Lors du débat avec le président sortant, Le Pen a sorti un argument qui est passé inaperçu dans les médias mais qui a eu du poids dans la France guimauve qui se veut l’amie des bêtes : à propos des vaches qu’on allait abattre pour les bouffer, elle a désapprouvé qu’on leur fasse prendre l’avion pour « réduire la souffrance animale ». Génial, politiquement. Macron a été muet sur ce point, il n’a même pas entendu car il surplombait, comme Jupiter. Mais ce que personne n’a relevé, des millions d’oreilles l’ont entendu et ont apprécié.

Enfin le troisième vainqueur de cette élection, c’est bien sûr Jean-Luc Mélenchon. On lui doit la renaissance d’une gauche plus intéressante que celle du Parti socialiste. Là aussi, quel score pour un homme détesté de toute part. Face à une telle hostilité et compte tenu d’un abstentionnisme prôné par des stars de gauche, recueillir un tel suffrage est la marque d’une stratégie intelligente et d’un travail de terrain impressionnant, piloté par des gens qui savent s’organiser. J’entends souvent dire que Mélenchon est un « bon orateur », et que c’est là sa principale qualité. C’est faux, s’il n’avait que son talent oratoire, il aurait obtenu le score d’un Jean Lassalle ou d’un Éric Zemmour.

Zemmour justement. Sa défaite est l’autre bonne nouvelle de ce scrutin. Si seulement on pouvait s’en être débarrassé, ce serait merveilleux. Mais je n’y crois pas, malheureusement.

L’avenir proche nous dira s’il faut compter Zemmour parmi les vainqueurs ou les vaincus de cette présidentielle, qui ne fut pas moins passionnante qu’une autre.

Les pur-sang du Sultan sur ma plage

Les chevaux du Sultan font leur sortie quotidienne au coucher du soleil, Seeb.

À quelques kilomètres de Seeb où j’habite, à Mabaila, se trouvent les haras privés du Sultan d’Oman. Comme l’Oman est une monarchie absolue, les possessions privées du Sultan sont un peu la propriété de toute la nation, avec la spécificité que personne n’en a l’usufruit, excepté le Sultan.

Le sultan actuel, Haythem, on peine à le connaître, à savoir ses goûts, ses tendances, ses prédilections. Dieu sait que son grand prédécesseur aimait la musique, les chevaux, les palais et l’architecture. Du coup, Qabous avait installé ses haras somptueux au bord de la mer, dans la commune de Mabaila, où se trouve aussi l’un des grandioses palais royaux entouré de hauts murs.

Tous les matins à l’aube, et tous les soirs au coucher de soleil, les cavaliers de la garde royale font faire des exercices aux magnifiques chevaux de Sa Majesté. Souvent, hommes et femmes montent ces belles bêtes tous ensemble. De jeunes princesses avenantes suivent des formations équestres sous nos yeux de baigneurs rêveurs. Ces princesses arabes se savent regardées et savent adopter une mine hautaine sans tomber dans le dédain.

Les cavaliers sont assez généreux avec nous, le petit peuple. Ils nous rendent nos saluts, ils permettent aux enfants de caresser leur bête, ils prennent des poses pour que nous puissions faire de jolies photos.

Eux seuls avaient le droit de pratiquer la plage, avec les pêcheurs, lorsqu’elle était interdite à tous les baigneurs et les promeneurs, à l’époque des restrictions dues au COVID 19. La police veillait et nous exhortait à quitter même la corniche. Nous étions donc condamnés à marcher et courir dans les rues avoisinantes, ce qui m’a fait découvrir de nombreux arbres remarquables.

Et même là, dans les rues calmes de Seeb, aux vieilles maisons centenaires et aux gros arbres à Neem, on croisait encore les pur-sang arabes. Je dis « pur-sang » pour faire classe, en vérité je ne connais rien aux races de chevaux. Dans mon esprit, les cavaliers faisaient marcher les beaux coursiers du Sultan dans tous les territoires de la ville pour les y habituer en prévision des actions de maintien de l’ordre où l’on aura besoin de chevaux capables de garder leur sang-froid dans des contextes humains agités.

À moins que le seul objectif de ce merveilleux carrousel soit de divertir la jeunesse dorée du sultanat, dans une colonie de vacances à la dimension d’un pays.

Des insectes et des hommes : S’organiser et cohabiter

C’est beau qu’il y ait encore des médias où l’on paye des gens pour réaliser des documentaires de longue haleine sur des sujets aussi peu d’actualité que les fourmis, les termites ou les blattes.

« Des insectes et des hommes (1/4) : S’organiser et cohabiter  » sur https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/des-insectes-et-des-hommes-14-sorganiser-et-cohabiter via @radiofrance

Bien sûr, le documentariste tisse des liens entre la vie des hommes et la vie des insectes, donc on trouvera toujours des liens avec l’actualité. Par exemple ici, dans ce premier épisode d’une série de quatre documentaires, on parle de logements, d’architecture, de coopération entre générations et même entre espèces, toutes choses qui nous concernent directement.

Mais ce que j’admire le plus, c’est la possibilité de proposer des programmes où des entomologistes peuvent parler pendant des heures. Et cela arrive dans la France de Macron.