Le sexisme présumé des Français

 300px-abraham_bosse_salon_de_dames.1260200249.jpgSalon du XVIIe s., par A. Bosse

De la même manière que nous sommes vus comme nationalistes, colonialistes et égoïstes, nous sommes vus comme macho. Tranquillement, nos amis étrangers nous renvoient cette image sans penser qu’ils sont insultants. Sur beaucoup de points, nos femmes ne sont pas assez les égales des hommes, c’est certain. Nos amies étrangères, quand elles reviennent de France, témoignent parfois de s’être senties infériorisées, du fait que, par exemple, tout ce qu’elles faisaient devait être relié à un homme. Soit. Mais cela ne doit pas faire oublier d’autres aspects de la culture française où les femmes jouent un rôle plus grand qu’ailleurs, et où les relations entre hommes et femmes sont plus intéressantes qu’on ne l’imagine.

 madame-recamier.1260200402.jpgMadame de Récamier

Il arrive que des Anglo-saxonnes nous disent que nous aimons, nous les hommes, être « entre mecs ». Je ne me suis jamais reconnu dans ce genre d’expressions. « Entre mecs » ? J’ai mieux compris quand j’ai vu traîner un bouquin qui s’intitulait Between Men, un truc des « Gender studies » sur la culture masculine britannique.

Il y a malentendu. Ce sont les Anglais qui aiment être entre mecs, et ce sont eux qui ont inventé le Club de Gentlemen, où les hommes jouissent d’un havre de paix, boivent leur brandy en lisant le journal et en fumant un bon cigare, loin des emmerdements de la vie familiale. Aujourd’hui encore, et loin des images diffusées par la télévision, la majorité des pubs de quartier sont pleins d’hommes. Les femmes apparaissent dans certains pubs seulement, et certains soirs seulement.

Les hommes français, votre serviteur en premier lieu, mais tous les Français que je connais, apprécient la compagnie amicale et intellectuelle des femmes. Ils aiment être entre copains, mais le terme de « copains » n’excluent en rien la compagnie des femmes. Et cela remonte dans l’histoire, contrairement aux idées reçues de nos amis étrangers : ce que la France a inventé, ce n’est pas l’exquis club de gentlemen, mais le salon, tenu par une femme, et où les meilleurs esprits d’une ville se réunissaient, où l’on rencontrait une compagnie variée, des deux sexes, et où les idées circulaient. Cette tradition du salon est tellement ancrée dans la tradition française que la révolution elle-même doit beaucoup à ces réunions informelles, libérales, où l’art de la conversation était soutenu, et où les sentiments et les désirs physiques n’étaient jamais occultés.

Aujourd’hui encore, les Français restent attachés aux cafés, moins confortables, moins cosy que les pubs, mais plus féminisés, et dont l’origine est d’ailleurs directement liée aux salons des XVII et XVIIIe siècle.

  flora_tristan.1260200274.jpg Flora Tristan

Dans ses Promenades dans Londres, Flora Tristan notait déjà que la femme anglaise était très intelligente et très douée pour l’écriture, mais qu’elle était cloîtrée chez elle et ne bénéficiait d’aucune vie socialement intellectuelle (ou intellectuellement sociale).

Je me souviens d’une conférence sur Flora Tristan, donnée l’année dernière au département de français de mon université, et ce genre de remarques n’était accueillies que par des rires et des sarcasmes. On n’imaginait pas encore une seule seconde, que Flora Tristan aurait pu observer les choses avec justesse. Il est encore trop tôt, l’image des Français comme irrespectueux des femmes est encore trop hégémonique dans l’imaginaire de ceux qui font profession de diffuser la culture française à l’étranger.

6 commentaires sur “Le sexisme présumé des Français

  1. Une évocation de la condition des femmes turques au début du vingtième siècle,

    http://www.bibliomonde.com/livre/les-desenchantees-3311.html

    par Pierre Loti, grand amateur d’amitiés féminines.

    « Entre ces admiratrices voilées, prisonnières d’un mode de vie ancestral et l’auteur captivé se met en place un jeu relationnel subtil et violent, où émotions et sentiments parfois contradictoires s’expriment dans un décor envoûtant. Entrez dans ce monde chimérique avec harems, amours impossibles et mort inéluctable. »

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  2. Mais les français ne sont ‘ils pas simplement de fabuleux mysogines ? Gainsbourg se vantait de ce defaut et il a ecrit de tres beaux textes pour de tres belles femmes ….

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  3. Nicolas, c’est ma conviction qu’ils le sont, mais qu’ils ne sont pas que cela. Que leur rapport aux femmes ne peut pas se limiter à cette apparence de mysoginie.

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  4. Dans « Les Mots des femmes. Essai sur la singularité française », Paris, Fayard, 1995, Mona Ozouf rappelle que David Hume, loin de sa Grande Bretagne natale, écrivit que la France était le « pays des femmes ». Il s’étonnait que les femmes fussent partout, qu’elles participaient à toutes les activités de la société.

    Mona Ozouf pense que cela provient d’une spécificité française, et que cela a marqué le féminisme français. D’après elle, le féminisme français se distingue du féminisme anglo-américain en ceci qu’il refuse le communautarisme, et voudrait continuer cette collaboration entre hommes et femmes, sans avoir peur de ce mélange de galanterie, de séduction, de goujaterie même, qui peuvent s’y introduire.

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