Vivre en quartier dangereux : The Village

A Belfast, mon logement répond certainement au meilleur rapport qualité prix de la ville, et même peut-être du pays tout entier. A dix minutes de l’université Queen’s, dans une rue calme et dégagée, avec vue sur les montagnes de Cave Hill, non loin de centres commerciaux, de supermarchés importants, ma maison avait tout pour plaire aux habitants d’une ville occidentale. Et les prix sont extrêmement bas car personne ne veut y habiter. Il s’agit d’un quartier à la sinistre réputation. Il a pourtant un joli nom : The Village. A 90 pourcent protestant, le quartier comporte en effet des rues désaffectées, aux immeubles murés, d’autres rues pimpantes, aux maisons couvertes de fresques murales agressives et/ou commémoratives. Sur ces fresques, à deux pas de ma maison, des hommes tiennent en joue les passants ; un portrait de la Reine est légendée par un solennel : This We Shall Maintain ; des scènes historiques rappellent des combats politiques passés et autres exploits sportifs, dont le moindre n’est pas la présence d’un champion du monde de boxe. Le Village a la réputation d’être risqué, d’être un repaire d’activistes et de mafieux.  Ma rue est néanmoins relativement aimable. Je m’y sens en sécurité, aucun bruit ne me réveille jamais, des femmes seules y rentrent chez elles la nuit, les magasins n’y sont jamais braqués en ma présence. A part quelques bris de verre, le matin, des querelles de voisinage entre mégères qui se gueulent dessus, des tatoués qui bricolent dans leur voiture, c’est calme. Mais mes amis de Belfast pensent que j’ai fait exprès d’habiter là, pour faire le malin et le téméraire. On croit que je recherche le danger, la vie électrique des zones sensibles. Peut-être est-ce vrai inconsciemment. Peut-être veux-je faire croire que je suis courageux. Je crois plutôt, mais cela revient peut-être au même, que je ne suis pas conscient du danger qui m’entoure, et que j’évolue légèrement dans un univers de crime, d’églises méthodistes, d’extrémisme assumé, de sectarisme délibéré, d’organisation paramilitaire.

11 commentaires sur “Vivre en quartier dangereux : The Village

  1. Rentre en france avant qu’il ne t’arrive quelque chose de vraiment grave ou change d’endroit a Belfast, c’est flippant ton quartier…en lien le nouveau blog que je tiens avec mon collégue Didier. Ca peut t’interesser. Et Joyeux Noel of course.

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  2. Sage précaire,
    je crois que tu fais bien d’habiter un quartier plus vivant qu’autrement , rien de tel pour se garder alerte , fait gaffe autrement:
    te lire fait souvent mes matins , aussi des nuits avec des Maillart et Fleming que je découvre avec ravissement :
    by.Mildred

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  3. Mon bon François, ne t’inquiète pas pour moi. Surtout que je n’ai encore rien dit. D’autres histoires de mon quartier sont à suivre, et elles promettent d’être plus effrayantes.

    Merci Mildred, je suis heureux de participer à tes matins. C’est le moment de la journée que je préfère.

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  4. Joyeux noël Conchonfucius, Nénette, et à tous ceux qui lisent ceci.

    Oui, les harpies sont parfois assez violentes les unes avec les autres. Elles n’en vennent jamais aux mains, cependant, mais Dieu que les femmes peuvent avoir de colère, parfois.

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  5. mhhhhmmm pauvre sage précaire tout seul avec ces harpies…moi ca me fait de la peine dans ce quartier si triste…oh my god ! heureusement que je suis la bandes de machos!

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