Le « Royal », mon local pub

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A l’angle de Donegal Road et de Sandy Row, mon « pub du coin » trône avec sérénité et une délicieuse réputation de repaire de loyalistes sectaires. Façade noire et environné de drapeaux britanniques, il n’est pas peu fier.

A l’intérieur, une population assez homogène boit guère autre chose que de la bière blonde. On y rencontre un champion du monde de billard et un couple tumultueux, formé d’un homme barbu en costume et une femme blonde, muette, qui selon les jours, boit en silence à côté de son homme, ou reçoit des tombereaux d’insultes.

George Best, la légende du football, est célébré par de nombreux portraits qui insistent sur ses origines ouvrières. Son visage resplendit sur fond de logements en briques sombres, avec en arrière plan les grandes grues jaunes qui ont servi à la construction du Titanic, et qui rappelle toujours au passant la glorieuse histoire industrielle de Belfast.

Mon local pub se transforme, les soirs de fin de semaine, en nightclub pour les gens du quartier. Lors des deuxième mi-temps des matchs de Premier League joués le samedi après-midi, les DJ installent leur matériel et commencent à mettre de la musique pop. Les femmes d’âge moyen se pointent et commandent des pintes. On sent que la compagnie change petit à petit, et la tension – sexuelle ou non – monte d’un cran. Quand les spots colorés s’allument, le public n’est pas encore assez saoul et les hommes sortent pour fumer nerveusement.

Quand j’entre dans mon local pub, on suppose à juste titre que c’est pour regarder du football. Alors si j’y vais juste pour boire une pinte, on me dit : « There’s no football today ». Mais on ne me regarde jamais de travers, ou alors je n’y prête pas attention.

Quand je dis à quelqu’un de Belfast que je fréquente le Royal, cela produit toujours un petit effet. Selon les cas, mon interlocuteur rit, ou fait une grimace, ou imprime un mouvement de retrait, de silence gêné. Ce sont les mêmes réactions que lorsque je parle du quartier où j’habite. Ceux qui ne me connaissent pas se demandent si je sais ce que ce pub représente, et s’il est préférable de ma laisser dans mon ignorance. Ceux qui me connaissent rient de me voir baigner volontairement dans ce qu’ils perçoivent comme un coupe-gorge.

Car personne n’aurait envie d’aller au Royal passer un moment. Catholiques et protestants jugent également repoussant ce pub qui incarne le sectarisme et la discorde entre communautés. Alors on me charrie, on me dit : « Est-ce qu’on te demande si tu es catholique ou protestant ? » Non, on ne me demande rien, juste ce que je veux boire et quelle équipe je supporte.

9 commentaires sur “Le « Royal », mon local pub

  1. Le site avec les peintures est superchouette. Il y a des peintures très naîves, comme celle du Royal ou du Celtic bar, sur Falls Road : moi, j’irais plutôt dans ce dernier établissement, j’ai pas encore transcendé les guerres de religion. Sinon, il y a aussi des peintures un peu chouettes, comme celle de Church Road, à Whiteabbey, par Donahue. J’aime bien aussi celles de Carol Morgan ou de Pat Reese …

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  2. Je note que le Celtic bar est peint par la même personne que le Royal, et que la même peintre a aussi représenté le café Renoir et un restaurant chinois.
    Voilà, je voulais juste noter ça.

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  3. C’est un site de cyber-peintres, si je puis dire, qui suivent la règle de ne prendre que des vues sur Google street view. Au mois d’octobre 2008, ils ont pris Belfast et sa région comme sujet et ça donne ce que l’on voit. Etonnant que sur l’ensemble de Google street view, une personne ait choisi mon « local pub ». Quand on va sur le site de Google, on voyage un peu dans le temps car le Royal avait encore sa façade bleue, alors que depuis l’été dernier, on l’a repeint en noir.
    Moi aussi, j’aurais pu aller plutôt au Celtic bar, mais ce n’est pas mon quartier.

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  4. Je trouve l’idée de ce site de peinture vraiment trés bonne et on a de trés belles surprises artistiques. Il faut rajouter que ce site ouvre sur d’autres lieux que l’irlande (Paris,FLORENCE? CORSE? , Barcelone evidemment puisque c’est sur google view, le monde netier peut y participer ! )…Enthousisamé par ce projet,j’ai choisi une image de cyber peinture de Paris pas plus tard qu’hier sur ma page facebook, et bien j’ai eu pleins de messages d’amis me demandant d’ou ça venait etc…je pense que ce projet est promis a un bel avenir. C’est une utilisation intelligente pour une fois de Google et de ses multiples fonctionnalités technologiques qui nous chagent du flippant flicage que l’on ressent parfois à l’égard de ce moteur de recherche (moi en tout cas, j’avoue ça me géne un peu beaucoup ce truc du par exemple -ce logiciel existe vraiment- tu tapes un numéro de téléphone de portable par exemple et tu sais ou est la personne, son nom, sa profession , sa famille, ses amours, ses emmerdes etc…) ; VIVE VIRTUAL Paintout !

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  5. Ouais, en tout cas, comme on dit au Gabon. Le type qui va avoir envie de peindre des bars de Libreville, à mon avis, il n’est pas encore né.
    Celtic Bar ou Royal Pub, on va pouvoir faire la comparaison très bientôt. Ces peintures de Belfast, ça donne super envie de boire une pinte en parlant de francophonie chinoise.

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