Une ville trop grande pour ses habitants

Un samedi après-midi, en plein centre-ville, je m’aventure dans une café qui a tout l’air d’être intéressant. Situé dans la crypte d’une église rénovée en lieu culturel, et peut-être encore cultuel, le café attire l’homme de la rue avec des photos de gâteaux au chocolat. J’entre, je descends les marches qui mènent au café, et je me retrouve dans un lieu vide. Pas un client. Les seules personnes assises autour d’une table me disent bonjour car ils sont l’équipe rapprochée de la patronne du café.

La ville de Belfast donne souvent cette impression d’être trop grande pour sa population. Je ne sais pas à quoi c’est dû. Il semble y avoir plus d’offre que de demande. La chose est dramatique sur le plan du logement. Moi qui cherche un colocataire pour une des quatre chambres que compte la maison, je me retrouve dans une situation désespérée. Personne ne répond à mes annonces, personne ne se déplace pour visiter. Je propose pourtant un loyer tellement bas que je suis certain que cette chambre présente le meilleur rapport qualité-prix dans toute la ville. Mais la concurrence est infinie et surtout, les gens qui veulent se loger se font rares.

Les buveurs de café et les chercheurs d’appartement sont rares, dans une ville qui ouvre des cafés et qui construit des logements.

Même chose à l’université. Il semble n’y avoir aucun problème de place. Je connais des thésards qui changent trois ou quatre fois de lieu de travail dans une journée, par pur plaisir, pour changer d’air. On peut en effet promener son ordinateur portable du bureau collectif à la bibliothèque, de là à un café, du café à une autre bibliothèque, rentrer chez soi une heure ou deux et retourner au bureau collectif. Il y a de la place partout et toujours. Les ordinateurs mis à la disposition des étudiants, dans les bibliothèques, les vestibules, les lieux publics, sont tellement nombreux que l’on peut à tout instant se connecter à internet. C’est l’endroit le plus confortable que j’ai jamais connu.

Belfast est une ville confortable, confortable comme un pull trop grand. Confortable au point que les propriétaires sont toujours obligés de murer quelques maisons. Cela m’avait frappé dans d’autres villes britanniques, où les « ruines urbaines » ne manquent pas de charme mais semblent dire quelque chose à l’oreille du promeneur, quelque chose de confus sur l’évolution des villes, quelque chose qui reste difficile à déchiffrer.

Un commentaire sur “Une ville trop grande pour ses habitants

  1. J’avais eu cette impression d’environnement trop grand en allant vivre dans un village des Corbières pour participer aux vendanges. Le propriétaire de la vigne nous avait ouvert cinq grandes maisons vides, bien plus que chacun une chambre.

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