La culture française depuis une université de Montréal

J’avais pris rendez-vous avec lui longtemps avant mon départ. Il avait publié, dans les années 90, un très bon livre sur « l’art de voyager ». C’est un humaniste, spécialiste des XVIe et XVIIe siècle. Je n’avais d’autre ambition que de le rencontrer pour lui rendre un petit hommage.

Je n’avais rien à lui dire de particulier, rien à lui demander, rien à lui offrir. Je venais à lui, à mon habitude, les mains vides, mais ouvertes.

S’il m’avait dit : « Bon, alors, que me voulez-vous ? Pourquoi voulez-vous me voir ? » Je m’étais préparé à lui répondre : « Je voulais vous dire que j’aimais beaucoup votre Art de voyager. » Point final. Et je serais parti sans autre forme de procès. Je ne risquais pas grand chose.

Il m’a très bien accueilli, au contraire. Il m’a pardonné mon heure de retard (!), et après m’avoir offert son dernier livre, qui vient de paraître chez Vrin, il m’a payé un capuccino dans un café du quartier de l’université.

Nous discutons de la « culture française ». Il pense que l’éducation des masses n’a rien d’exceptionnel, les « élites » françaises c’est quand même quelque chose. Il compare souvent ce qui se passe en France et ce qui se passe au Québec. Il prononce une phrase que je trouve sibylline sur les lacunes institutionnelles au Québec, mais ne veut pas s’expliquer. Puis il dit que nous, nous avons des institutions telles que l’académie française, que c’est peut-être ridicule mais que cela aide à donner un cap, c’est un repère linguistique : quand on défend la langue française, il faut se demander de quelle langue française on parle.

Plus tard, il reviendra sur la « culture française », chose qui m’étonnait car on n’en entends strictement jamais parler dans les facultés de français. (Les universités modernes pensent avoir dépassé ces nationalisations des formes symboliques.) Devant mon air circonspect, dans la rue de l’université, et tout en fumant une clope qu’il s’était roulée préalablement, il m’assure que la culture française est une des très grandes qui soient, en matière d’humanités. Que si ce n’est pas forcément très brillant, il faut garder confiance. Car il y a une « permanence dans l’excellence » qui est tout à fait étonnante quand on regarde l’histoire.

En traversant un boulevard : « Ce que je n’aime pas dans la culture française, c’est son côté futile, badin, et puis son côté polémique. Les Français sont toujours à contredire pour le seul plaisir de contredire et, si possible, de faire de la polémique. » Je me reconnaissais assez, dans cet aspect de la culture française, autant dans son côté « badin » que dans ses empoignades verbales (sous certaines conditions toutefois). 

Un commentaire sur “La culture française depuis une université de Montréal

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