Disparaître dans sa thèse

Je n’écris plus beaucoup sur ce blog car ma vie se confond aujourd’hui avec l’avancée de ma thèse.

C’est une phrase à laquelle je pense souvent à propos de Diderot. Gamin, j’étais impressionné par cette ligne biographique : « A partir de cette année, l’histoire de Diderot se confond avec celle de l’Encyclopédie ». Je trouvais cela incroyable, et peu sympathique, de s’engager à ce point dans une entreprise.

Mais aujourd’hui je comprends, et j’apprécie. Il y a un moment dans la vie où l’on a assez flâné, assez fleureté, assez folâtré. On peut entrer dans un projet et s’y investir entièrement, et disparaître.

Moi, je m’éclate, même si ça ne se voit pas de l’extérieur. Je compte déposer ma thèse en avril, et je mets les bouchées double aujourd’hui. Je reprends tous les chapitres écrits depuis trois ans, et je les réécris. Je mesure les erreurs commises et surtout les fautes de style. Je mesure combien la rhétorique universitaire est raide, précise, impersonnelle, et combien elle demande qu’on lui sacrifie. Malheur à celui qui y prend trop de plaisir !

Je m’éclate parce qu’à cette minute, j’écris sur Michel Butor et qu’il est rare d’avoir quelque chose à dire sur Michel Butor. Je pense en particulier à son grand livre de voyage, Mobile. Pour en parler savamment, pour en dire des choses intéressantes, qui sortent des commentaires habituels, tout en le liant à la tradition du genre Voyage, il faut avoir beaucoup travaillé.

Il faut que sa vie se soit confondue, à un moment ou à un autre, avec l’histoire du récit de voyage.

5 commentaires sur “Disparaître dans sa thèse

  1. J’ai subie les affres et les contreparties d’un rédacteur de fils ,thésard en théatre en Belgique, durant de trop nombreuses périodes de temps pour ignorer l’endurance de ceux qui entourent un tel phénomène,et le travail réel du thésard a toute mon admiration.

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  2. La concentration, bienheureux ceux qui en sont capables. Je n’ai jamais écrit de thèse, juste rédigé des dossiers techniques décrivant des machins immatériels qui n’existaient pas encore pour des gens que je ne connaissais pas. Tout avoir dans la tête, ne penser qu’à ça. Et s’interdire de redescendre parce qu’il y a le délai à tenir. Le plus difficile, c’est juste après, comment se persuader que c’est fini.Je n’y arriverais plus aujourd’hui. Trop usé. Le sage précaire a eu raison de le faire quand il est encore temps.

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