Fin de CV

Suite et fin des aventures professionnelles de mon père, racontées par lui-même.

Comme je l’ai indiqué dans le récit précédent, mon activité chez Magellan fut la dernière de ma vie professionnelle. C’est sans doute celle qui m’apporta le plus de satisfactions. Elle me permit de faire des rencontres originales et très enrichissantes. Et même si les résultats financiers ne furent pas à la hauteur de nos espérances, je n’ai aucun regret d’avoir participé à cette aventure.

Je fus rapidement chargé du volet commercialisation dans la région Rhône Alpes, et afin de connaître la technique de cette formation innovante et peaufiner mon argumentaire commercial, je participai à un stage en tant qu’observateur. J’intégrai ainsi un groupe composé de 7 ou 8 employés d’une grande banque accompagnés de leur chef de service.

Après les présentations d’usage, la première journée se passe à quai afin que, comme pour un vrai équipage, chacun s’amarine (s’habitue à la mer) et prenne ses repères. Ensuite apprentissage pratique du fonctionnement du bateau, et cours théoriques sur la cohésion d’équipe en entreprise avec interventions croisées du responsable et du skipper.

On sent une certaine excitation à l’intérieur du groupe ; chacun est conscient qu’il n’est pas là pour apprendre à naviguer , ni pour faire du tourisme, cependant il faudra bien supporter les autres pendant 4 nuits et 5 jours dans un espace restreint au milieu d’un univers maritime réputé hostile.

J+1 : On lève l’ancre direction île de Groix. Une fois sortis des axes de circulation, le capitaine met son bateau à la cape et propose à l’équipage de fortune de mettre en application les enseignements d’hier afin de faire avancer le bateau et lui faire prendre la bonne direction. Les rôles ayant été répartis et répétés la veille, la manœuvre se passe assez bien !

Renouvellement de l’opération dans l’après-midi ; chacun est libre de choisir le poste qui lui convient. Y compris préparer la cuisine. On peut observer très vite que les candidats sont nombreux pour tenir la barre, mais beaucoup moins pour hisser les voiles ou d’une façon générale s’occuper des tâches qu’on a tendance à trouver subalternes vues de l’extérieur ! Beaucoup découvrent l’appréhension du travail de nuit, car sur un voilier et celui-ci en particulier, on doit être disponible 24h sur 24 . Et la navigation de nuit est assez éprouvante surtout pour des néophytes alors que le capitaine est censé dormir tranquillement dans sa cabine ! (Cela fait partie du scénario bien sûr). Cette première nuit fut noire et les manoeuvres difficiles. Cependant tout se passa correctement et, au petit matin, le bateau était arrivé sans encombre à l’endroit approximatif prévu ! Les jours suivants et compte tenu des caprices de la météo, les caractères de chacun s’affirmèrent et, à la fin du stage, sans entrer dans les détails, on peut dire que le but – améliorer la cohésion d’une équipe – était atteint.

Dans cette activité, je pris un grand plaisir à rechercher des clients « hauts de gamme », car la formation que nous proposions n’était pas bon marché ! Je fus ainsi reçu par les directeurs des ressources humaines de la RATP, d’hôpitaux et autres établissements importants.

Je m’adressai aussi aux grandes équipes sportives de la région Rhône Alpes en particulier de l’Olympique lyonnais. J’eus plusieurs contacts avec Jacques Santini qui dirigeait le club à l’époque. Il était très intéressé par un projet de formation que nous avions mis au point spécialement pour son équipe. Ce projet, hélas, n’aboutit point et ce fut là mon grand regret. Observer ces garçons grassement payés et individualistes être obligés d’oublier leur égo le temps du stage eût été certainement un spectacle intéressant !

Ainsi donc s’acheva ma vie professionnelle !

Pour conclure, j’aimerais citer ici un texte de Montaigne dans lequel je me retrouve assez bien.

En introduction de ses Essais, il écrit à propos de son livre :

«  Je l’ai dévolu à l’usage particulier de mes parents et de mes amis pour que, m’ayant perdu (ce qui se produira bientôt), ils puissent y retrouver les traits de mon comportement et de mon caractère, et que grâce à lui ils entretiennent de façon plus vivante et plus complète la connaissance qu’ils ont eue de moi. (…) Je veux que l’on m’y voie dans toute ma simplicité, mon naturel et mon comportement ordinaire, sans recherche ni artifice car c’est moi que je peins. Mes défauts s’y verront sur le vif, mes imperfections et ma façon d’être naturellement.

(…) Adieu donc.

De Montaigne ce 12 Juin 1588. »

Un commentaire sur “Fin de CV

  1. N’écris pas trop limpide, écris comme un vivant.
    Trouble soit ta chanson, puisque la vie est telle.
    Sache surtout que nulle amour n’est éternelle,
    Même si ton surmoi trouve ça décevant,

    La vie est un enfer. D’accord, c’est énervant.
    Elle n’est, pour autant, chaque jour si cruelle ;
    L’horreur de certains soirs est une horreur partielle.
    Nous voyons le poète, en de tels cas, trouvant

    Dans ces sursauts d’espoir, matière à narration,
    Mais le malheur aussi est une inspiration.
    N’écris pas que la vie est toujours infernale,

    Ce n’est pas ta mission. Montre, dans le lointain,
    Comment prend consistance un bonheur incertain
    Fait de douce lumière et de saveurs banales.

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