Un étonnant frère jumeau

A la faveur de je ne sais quelle recherche sur internet, je suis tombé sur des articles qui me ressemblaient étrangement.

Sur des sites que je ne connaissais pas, sous des titres qui n’étaient pas les miens, introduits par des chapeaux que je n’aurais jamais écrits, je lisais des histoires sur la Californie qui faisaient écho avec ce que j’avais vécu là-bas. Le mec avait logé dans la même auberge de San Francisco que moi, il abordait la Silicon Valley avec le même angle, il exprimait des émotions identiques aux miennes.

Le plus troublant est que son style d’écriture me paraissait très proche de ma façon de raconter les choses. J’avais l’impression d’entendre quelqu’un qui parlait comme moi, avec la même voix, avec des tics similaires, voire les mêmes fautes de français. Comme moi, il disait « quarantenaire » au lieu de « quadragénaire ». C’était très désagréable. Bien sûr, je sentais là, chez cet inconnu du net, une fraternité étrange et profonde. Mais loin de trouver cela rassurant ou excitant, j’étais gagné par un sentiment de panique : je suis donc si peu original qu’un autre sage précaire, ailleurs, vit les mêmes choses que moi et en tire le même genre de prose ?

Mieux valait tout arrêter alors, et réaliser mon dernier rêve : devenir un clochard et laisser le hasard s’occuper de tout.

Il m’a fallu quelques minutes pour me rendre compte qu’il s’agissait bien de mes billets de blog, mais copiés et collés sur ce site de tourisme. Ce site avait pris plusieurs de mes billets sur la Californie et en avait fait un dossier spécial. Dans le style « J’ai testé pour vous », le site me faisait passer pour un professionnel du tourisme décalé, il citait mon nom et proposait une page d’auteur.

Sur la page d’auteur qui m’est consacré, je vois cette simple phrase : « Pour prolonger le plaisir de la découverte, visitez le blog La précarité du sage. »

4 commentaires sur “Un étonnant frère jumeau

  1. Oui, peut-être même m’ont-ils demandé mon autorisation, un jour ou un autre. C’est tout à fait possible mais je ne m’en souviens pas. Me connaissant, j’ai dû donner mon accord sans réfléchir, d’où mon oubli complet.

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  2. La gemellité rassure aussi. Bien sûr elle dévalorise car on ne se croit plus unique, mais il est rassurant de se voir exister de l’extérieur (je peux voir mon jumeau, l’apréhender comme je ne peux le faire de moi-même). Il m’a toujours paru que les jumeaux biologiques sont particulièrement bienheureux, quiets.
    Etre unique est une condition difficile.

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    1. *appréhender
      On peut parler aussi de se rassurer par son image (autoportrait, selfie) ou d’un des schémas (homo surtout) sexuels de plaisir avec son double.

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