CV France (3). La grande escroquerie de 1972 ou 1973

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Suite des mémoires de mon père. Yves Thouroude avait envoyé des fragments d’autobiographie dans des courriels collectifs, avant de mourir en paix. Je les ai mis en ligne sur ce blog.

Oui, vraiment, les bureaux d’Informatique et Gestion avaient fière allure. Ils occupaient le premier étage d’un immeuble ancien situé sur une petite place tranquille au bord du Rhône. Les glou glou de la fontaine entourant la statue débonnaire du docteur Gailleton, donnaient à ce lieu citadin un petit air bucolique.
En dehors du bureu directorial équipé comme il se doit d’un bureau ovale,  d’un immense fauteuil noir à roulettes et de l’équipement de bureau dernier cri, la quasi  totalité du bâtiment était occupée par une grande pièce. C’était le saint des saints. Trois tables en forme de U supportaient une dizaine d’ordinateurs rutilants neufs avec leur armada de fils et de trucs qui clignotent. À l’avant, une estrade équipée d’un écran, un appareil de projection de diapositives, un paper board. Lorsqu’on entrait dans cette pièce, on avait tendance à envier les gens qui allaient avoir la chance, prochainement, de recevoir la formation haut de gamme que promettait la pub !
C’était vraiment le top.
À l’issue de cette visite-cérémonie, et après entretien individuel avec le directeur des ventes, je signai mon contrat d’embauche et devins « délégué régional « , ce qui ne veut rien dire mais qui en jette ! On me confia le secteur Ain, Jura, Haute-Savoie. Petit fixe , mais commisions importantes, frais de déplacement. Mon rôle consistait à recruter des élèves pour le premier stage de formation qui débutait en octobre. Toute la région Rhône-Alpes était inondée de publicité sous forme de coupons réponses dans les quotidiens et les gratuits (même système qu’utilisait mon employeur précédent), je ne contactais donc que des gens intéressés a priori. Je leur présentais une brochure explicative sur la formation et les débouchés professionnels qu’elle apportait. Lorsque le prospect semblait bien avoir mordu à l’ hameçon, je le ferrais en lui proposant de visiter nos bureaux… En général, la visite se terminait par la signature du bon de commande.
Je garde  de cette période initiale de mon nouveau « job » un excellent souvenir : les affaires marchaient bien et moi qui connaissais mieux l’Afrique occidentale que la France, je découvrais chaque jour un lieu nouveau avec ses particularités au niveau géographique, humain, culinaire, sans oublier la flore, la faune et les accents des indigènes selon les régions ! Pour rigoler, j’enfilais un peu le costume de l’ethnologue Africain envoyé en mission en France…
C’était en 1972 ou peut-être en 1973, en tout cas ce fut un bel été. Entre deux clients, j’arpentais des sentiers forestiers dans le Jura ou marchais autour des étangs dans les dombes de la plaine de l’Ain. Je me laissais aller à l’observation et la contemplation de la nature. J’ai le souvenir précis de m’être arrêté au col de la Faucille une nuit de pleine lune. Pas de voitures à l’horizon, aucun bruit parasite, juste quelques aboiements lointains dans la vallée  et les hululements des oiseaux de nuit. Un véritable enchantement…
Par un étonnant transfert, je me retrouve dans la brousse Africaine et n’ai plus du tout envie de rejoindre l’hôtel vers lequel je me dirigeais. Légèrement en contrebas, une petite clairière me tend les bras. Je me prépare un lit douillet avec des brassées de fougéres et m’installe tant bien que mal pour la nuit. Soirée féérique mais petit matin un peu frisquet !
Depuis ce jour, j’aurai toujours dans la voiture mon vieux duvet, un jerrycan d’eau et quelques conserves, car ce besoin de coucher dans la nature me reprendra souvent, et bien que ça ne fasse pas très sérieux, je répondrai toujours favorablement à cet appel.
L’été laissa sa place à l’automne. Était venu le temps des choses sérieuses, je veux parler du stage de formation qui débutait lundi. L’avant-veille, je passai au bureau pour faire mon rapport hebdomadaire .
Et là : surprise et stupéfaction !
Personne : ni secrétaire, ni patron, mais surtout aucun meuble ni ordinateur. Rien ! Le vide absolu, on aurait pu penser qu’Attila était passé par là ! Totalement abasourdi , je n’en crois pas mes yeux.
Je pense bien sûr, avec un peu d’angoisse, à mon avenir devenu incertain, mais aussi à mes clients… Afin de leur éviter un déplacement devenu inutile, je leur téléphone pour leur exposer les faits, opération délicate comme vous pouvez vous en douter ! Cette démarche difficile me mettait en accord avec ma conscience, et me permit de bénéficier de circonstances atténuantes auprès de la police judiciaire où j’étais convoqué « pour affaire me concernant ».
L’officier et son adjoint le grand et le petit, le méchant et le gentil, me bombardèrent de questions insidieuses auxquelles je ne comprenais rien. Assez rapidement cependant, ma bonne foi fut reconnue et mon accusation pour complicité d’escroquerie levée.
J’appris que le Suisse à la Jag, dont je n’ai toujours pas retrouvé le nom, était un escroc international recherché par Interpol. Sentant que le marché informatique qui en était à ses balbutiements, allait exploser, il avait monté plusieurs affaires du même style dans toute l’Europe. Le directeur des ventes et un collègue furent emprisonnés et moi je l’avais échappé belle !
Dans cette histoire, on me fit remarquer, et on avait raison, que j’avais fait preuve d’une grande crédulité !
Et je me jurai comme dans la fable qu’on ne m’y reprendrait plus !

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