7 janvier, retour sur les attentats de Charlie Hebdo

En janvier 2015, j’avais déjà écrit ma gêne concernant l’émotion et la récupération qu’avaient suscités les attentats meurtriers.

Des années auparavant, j’avais aussi écrit dans ce blog le malaise que m’inspirait la direction de Charlie Hebdo, combien ce journal avait trahi la satire. Vous allez me dire que les deux événements n’ont rien à voir. Je n’en suis pas si sûr. Si ce journal était resté le brûlot anarchiste qu’il avait été, il n’aurait pas spécialement attiré la colère des terroristes. Il a attiré l’attention des activistes islamistes lorsqu’il a voulu publier, en solidarité avec un journaliste danois, les caricatures qui avaient fait scandale. Or cette solidarité et ce combat pour la liberté de la presse devaient être menés par des publications d’information, pas des journaux satiriques. Le journal satirique charrie avec lui sa propre outrance, ses propres interdictions, sa propre confrontation avec la censure.

En 2023, je note que le malaise ne désépaissit pas. Voici ce que le maire socialiste (tendance Hollande, Cazeneuve et Delga, si vous voyez ce que je veux dire) de Montpellier écrit sur les réseaux sociaux pour commémorer les attentats :

#ToujoursCharlie, à la mémoire des victimes du fanatisme islamiste qu’il faut combattre avec résolution, sans relativisme, dans la clarté des principes républicains. En bannissant le terme islamophobie, pour mieux combattre l’intolérance, et défendre la liberté d’expression.

Mickaël Delafosse, 7 janvier 2023

Dès la lecture de ce post, j’ai ressenti une forme de dégoût sans savoir d’où il venait. Voici brièvement :

  1. Pourquoi préciser que le fanatisme est « islamiste » ? Est-ce si important que cela ? Les morts seraient-ils moins morts si le fanatisme avait été d’un autre bord, comme les Kurdes assassinés il y a quelques jours ?
  2. Que veut-il dire par « sans relativisme » ?
  3. Pourquoi diable mentionner le terme d’islamophobie ? Dans ce contexte, quelle est donc sa justification ?

À trois reprises, dans cette maigre prise de parole, l’élu centriste méprise et pointe du doigt les Français de confession musulmane. Son post maladroit crée un lien explicite entre islam et terrorisme, comme d’autres font des liens entre France et colonialisme, homme et violeur, blanc et raciste. Plutôt que d’être simplement universaliste, comme un républicain modeste, il nous envoie un message de connivence, à nous les majoritaires privilégiés, nous qui sommes blancs, qui ne vivons pas dans des quartiers défavorisés, qui jouissons d’une éducation supérieure. Il nous dit : « Vous pouvez continuer à être racistes du moment qu’au lieu d’Arabes vous employez le mot « musulmans ».

Utiliser la mort et la mémoire des géniaux Cabu, Charb et Wolinski pour diffuser ce genre d’idées.

6 commentaires sur “7 janvier, retour sur les attentats de Charlie Hebdo

  1. « Pourquoi diable mentionner le terme d’islamophobie ?  » Point de coquille dans cette phrase. Je pose juste un bémol à propos de « l’islamophobie ». Entendu tout récemment sur France Culture Richard Malka (avocat de Charlie Hebdo et auteur de https://www.grasset.fr/livres/le-droit-demmerder-dieu-9782246825838 ) souligner le fait qu’islamophobie signifie littéralement « peur de l’islam » et qu’en ce sens celle-ci est parfaitement légitime. On a le droit d’avoir peur de l’islam tout comme tu as le droit de défendre cette croyance et être adepte de l’islamophilie.

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    1. Il ne fait se laisser abuser par l’étymologie, même si cette dernière est toujours intéressante à convoquer. L’ « antisémitisme », par exemple, signifie le racisme contre les juifs et non, comme le veut l’étymologie, le fait d’être opposé aux sémites en général. « Misogynie » signifie le mépris des femmes et non leur haine comme le préfixe emprunté au grec l’indique.
      « Islamophobie » signifie chez nous le rejet, le mépris ou l’ostracisme d’une population en raison de son appartenance à la confession musulmane. Comment qualifier les agressions de femmes qui portent un voile sur les cheveux ? Le meurtre de gens en prière dans une mosquée ? Les horreurs proférées par Eric Zemmour et ses laudateurs de CNews ? En attendant un meilleur terme, s’il en faut un, j’utilise « islamophobie » qui est formé sur le modèle d' »homophobie ».
      Richard Malka est dans l’erreur, comme souvent. La question n’est pas d’avoir le droit ou non d’avoir peur. La peur n’est pas réglementée ni encadrée pas la loi. On peut avoir peur des chiens, peur des chats, peur des lézards, peur des nains, peur des clowns. Cela n’a pas à se transformer en discours politique et social. Une religion est soit autorisée soit interdite sur un territoire. Si elle est dangereuse pour l’ordre social, elle doit être interdite. Si elle est autorisée, elle doit être traitée avec respect, même par ceux qui en ont peur.

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  2. « Richard Malka est dans l’erreur, comme souvent. »
    a) Je relève cette phrase plutôt pour l’affirmation que je juge péremptoire. Il s’agit d’un jugement, fondé ou non fondé.
    2) C’est moi qui serais dans l’erreur puisque j’ai cité une bribe captée lors d’une émission. IL faudrait réécouter l’émission pour déterminer si cet auteur « est dans l’erreur. » Pour ma part, j’estime qu’une précision sémantique, voire étymologique permet souvent de recadrer le propos et d’affiner la pensée. Un peu comme pointer une coquille? en somme.

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