




Je faisais un cours de philosophie sur Claude Lévi-Strauss et l’ethnologie à des élèves de terminales. Nous venions d’étudier un texte tiré de Tristes tropiques et j’allais leur montrer les photos prises par Lévi-Strauss au Brésil lors de ses expéditions.
C’est mon épouse qui m’a prévenu du risque d’exposer des photos de corps nus. Non seulement, dit-elle, il y a la pudeur élémentaire des adolescents, mais il y a aussi le contexte colonial. N’est-ce pas choquant de voir les peuples des forêts photographiés sous toutes les coutures ?
J’ai donc annoncé cette problématique à mes élèves avant de montrer les photos sélectionnées sans organes sexuels. Je leur ai dit que ma femme avait probablement raison, comme d’habitude, en particulier sur la dimension politique du « regard impérial » posé sur les personnages. Je leur ai proposé de regarder le livre de photos que j’avais apporté avec moi, s’ils le désiraient.
Le livre a donc circulé dans la classe, presque tous les élèves l’ont feuilleté sans que cela provoque le moindre effet négatif.
Aujourd’hui, le ministre de l’éducation Gabriel Attal, veut enclencher une mesure disciplinaire à l’encontre d’élèves qui ont protesté devant un tableau qui représentait des femmes nues. Moi, à l’école et au collège, il ne serait jamais venu à l’esprit d’un de mes professeurs de nous projeter en classe des tableaux avec des nus.
Hier j’ai projeté en classe une photo de l’Apollon du belvédère pour montrer l’origine de l’idéalisme néoclassique avec une petite citation de Winckelmann qui va bien, est-ce que c’est grave ?
Apollon du Belvédère https://m.museivaticani.va/content/museivaticani-mobile/fr/collezioni/musei/museo-pio-clementino/Cortile-Ottagono/apollo-del-belvedere.html
Pas de réaction des élèves, il est vrai que le zizi est tout petit
J’aimeAimé par 1 personne
Et reculotter enfin les anges fessus qui distraient fidèles et, plus redoutablementm officiants !
J’aimeAimé par 1 personne
De ce point de vue, la Bavière baroque, ça doit être un cauchemar…
J’aimeAimé par 1 personne
J’ai mis du temps, en lisant les quotidiens de grand chemin en ligne, à faire le raccord entre le tableau « Diane et Actéon », de Giuseppe Cesari, un monceau de chairs féminines appétissantes et un mâle en costume héroïque qui prend la pose https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010066793, et l’enseignement de la traduction du mythe dans l’art (si j’ai bien compris). S’il s’agissait de ça, il y avait par exemple une des « Diane au bain » de Jean Clouet, avec des nudités presque abstraites et plusieurs niveaux de lecture et d’explication : la Diane mythologique, l’histoire d’Actéon en plusieurs scènes à l’arrière-plan, la lecture d’actualité, devenue historique, où les contemporains reconnaissaient des rois et des reines. Celle du musée de Rouen https://mbarouen.fr/fr/oeuvres/le-bain-de-diane (lire l’analyse historique), celle de Tours http://tinyurl.com/yfjr8y96 (lire l’analyse mythologique). L’excuse de l’enseignante, en dehors du fait qu’on n’enseigne pas le bon sens dans les IUFM (au contraire, on met en garde contre), est qu’elle n’avait pas vu que le motif de Diane et Acteon était juste un prétexte pour representer des filles à poil dans le goût de chaque époque, ce que les peintres commerciaux savaient https://www.meisterdrucke.fr/fine-art-prints/Jean-Leon-Gerome/1077020/Diane-et-Acteon.html (Napoléon III), https://arthive.com/fr/artists/2438~Cesari_Giuseppe_Cavalier_dArpino/works/513483~Diane_et_Acteon (Henri VI, une variante du même, que je trouve mieux construite).
Note hors sujet : Giuseppe Cesari, industriel de la peinture, fut l’employeur du Caravage dans ses débuts (Cavaliere d’Arpino dans la BD de Milo Manara).
J’aimeAimé par 1 personne
Le sage précaire s’empare de tous les vrais sujets !
Et celui-là me passionne.
Vive la médiation culturelle, la vraie. Celle qui pense au regard cultivé de l’autre.
J’aimeAimé par 1 personne
Voir aussi
J’aimeJ’aime