Lettre à Germain depuis Oman

Cher Germain,

Je vous réponds avec quelques annees de retard.

Je pense à vous avec d’autant plus de force qu’Hajer et moi nous portons acquéreurs d’un appartement au Vigan, dans les Cévennes, et que pour les travaux à réaliser, je n’ai qu’une inspiration : votre maison dans les Corbières. J’en parle souvent à Hajer et je voudrais tant qu’elle la voie, en particulier le bureau qui est pour moi une sorte d’idéal d’architecture intérieure.

Je lui dis voilà, si on achetait un truc assez grand, je te laisserais décider de tout sauf une pièce qui serait de mon unique responsabilité, le bureau. Et je n’ai en tête, quand je dis cela, que votre bureau, avec cette couleur des murs, la méridienne, les lampes. Mon admiration pour cette pièce est de la même nature que celle que j’ai pour le terrain de mon frère dans les Cévennes : un espace entièrement sculpté par les sensations et les inclinations d’une personne unique, dont les dimensions sont adaptées à un homme singulier. Le reflet dans l’espace et le volume d’un corps et de ses mouvements. 

Je ne suis pas sûr de pouvoir construire un espace comme cela, aussi accueillant et chaleureux, nous verrons bien.

Sinon, voici pour les nouvelles : nous avons perdu notre travail à Nizwa, alors nous habitons à Mascate, au bord de la mer. Nous travaillons avec d’autres universités en ligne. Je corrige un livre que j’ai écrit sur Oman, terminé cet été, relu par plusieurs personnes et corrigé/toiletté après chaque relecture. Les travaux de recherche en littérature me prennent pas mal de temps : cette année, trois articles seront publiés dans trois revues et livres, des publications qui me réjouissent. Pendant ce temps, Hajer travaille beaucoup car elle a deux emplois. Elle souffre beaucoup d’une maladie que la médecine ne sait pas diagnostiquer. Malgré ces désagréments, la vie avec elle reste pour moi un grand bonheur.

Vous me manquez beaucoup Germain. J’espère que vous allez bien et que votre fille se sent mieux. Je suis heureux que votre fils aille bien.

Avec l’aide de Dieu, nous viendrons vous rendre visite quand nous reviendrons (ou retournerons) en France.

Je vous embrasse,

Guillaume 

3 commentaires sur “Lettre à Germain depuis Oman

  1. Son article sur Geulincx (en ligne et facilement accessible) est remarquable et m’a poussé à travailler la causalité chez Descartes, La Forge et justement du côté de l’occasionalisme.Je n’oublierai jamais ses cours de Maîtrise sur Spinoza que je suivais épisodiquement à l’époque où je préparais l’agrégation.Pourquoi un athée ne peut pas être un bon géomètre ? Il y a bien une cinquième partie dans l’Ethique..ce n’est pas sans un tremblement que nous annonçons pour cette année l’étude du Discours de la méthode de René Descartes…Autant de souvenirs et d’idées surtout qui valent la peine d’être poursuivies. Une attitude enfin, intempestive ou punk comme il se doit.C’est avec tristesse que j’ai appris il y a quelques jours le décès de Germain Malbreil.

    BA

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    1. C’était en quelle année ces cours de maîtrise ? À vous lire, je reconnais la voix et l’attitude de Germain mais avec une différence, comme si c’était le même individu que j’ai connu mais pas au même âge.

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  2. Je viens de vérifier, c’était un cours que j’ai activement suivi en avril 1993, en 92 l’année de la licence, il avait mis au programme le Discours de la méthode, un cours optionnel, en 90 en première année donc le thème était la guerre en philosophie morale et politique.

    Pour ce cours de Maîtrise, des soucis de santé l’avaient éloigné plusieurs semaines des salles de cours, il avait donc rédigé deux fascicules sur Spinoza pour pallier au retard que les étudiants avaient pu prendre. Le premier que j’ai toujours est une présentation de l’Ethique d’une vingtaine de pages aussi rigoureux que fulgurant et le second est une comparaison entre Descartes et Spinoza sur les… passions. Depuis trente ans, je me dis qu’un étudiant a dû le conserver et qu’un jour, je pourrais enfin le lire.

    En fait , je me disais qu’il ne serait pas inutile de recenser ses articles éparses, avec Internet Archive et avec ce que nous avons conservé de son travail, ce n’est pas si difficile. En lisant hier soir très longuement vos articles sur l’Asie, j’ai vu qu’une dame souhaitait éditer son fameux Traité des passions (« comme Descartes » souvenir merveilleux que vous nous avez fait partager). Il en parlait déjà il y a plus de trente ans.

    Bref, je suis heureux de vous lire, je garde le lien et me mettrai en relation avec ceux qui souhaitent diffuser ou du moins recenser son travail.

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