Les derniers jours du Parti socialiste, d’Aurélien Bellanger : le roman d’une époque qui ne s’explique plus elle-même

Lu sur les plages de la Méditerranée pendant l’été 2026.

Paru en 2024 aux éditions du Seuil, Les derniers jours du Parti socialiste d’Aurélien Bellanger est un livre que je ne recommande pas, mais que je ne regrette pas d’avoir lu. Mais je ne saurais dire si je l’ai apprécié surtout pour l’avoir lu sur les plages de France et d’Italie… J’ai découvert cette année le bienfait du parasol, du sable et des bords de mer populaires.

Il s’agit d’un roman à clés consacré à la politique française contemporaine et, plus précisément, à la manière dont une partie du Parti socialiste a donné naissance à ce mouvement autoproclamé laïque et républicain, mais qui fut volontiers réactionnaire, et que l’on appelle aujourd’hui le Printemps républicain, rebaptisé dans le livre « le mouvement du 9 décembre ».

Le personnage central, Grémont, renvoie assez clairement à Laurent Bouvet, fondateur du Printemps républicain. C’est d’ailleurs l’un des principaux intérêts du livre. Connaissant mal cette figure intellectuelle et politique, j’ai apprécié d’entrer, même de façon romancée, dans un univers dont je ne connaissais que les échos médiatiques.

Autour de Grémont gravitent plusieurs personnages inspirés de figures bien réelles. Frayère évoque immédiatement Michel Onfray. Taillevent semble être un personnage composite mêlant Raphaël Enthoven, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et peut-être d’autres encore. L’un des deux philosophes finit même par se présenter à l’élection présidentielle, ce qui ajoute au portrait quelques traits empruntés à Éric Zemmour. Quant à Emmanuel Macron, il apparaît sous le surnom du « chanoine ».

Le problème est que ces personnages demeurent largement désincarnés. Le roman est constitué d’interminables développements historiques, philosophiques et idéologiques qui étouffent le récit. Ces développements théoriques auraient pu être plus intéressants qu’un récit, c’était le cas des premiers romans de Michel Houellebecq, mais Bellanger n’a pas la même maestria dans cet exercice.

Le livre montre assez bien comment la laïcité peut devenir, chez certains de ses défenseurs, un discours essentiellement dirigé contre l’islam. Pourtant, Aurélien Bellanger ne semble jamais prendre véritablement position. On sent un écrivain hésitant, parfois séduit lui-même par les grands récits qu’il prétend analyser.

La nation, la République, la laïcité : ces concepts reviennent sans cesse, mais ils restent suspendus dans un univers abstrait, détaché des réalités concrètes. En définitive, le roman accompagne les débats d’une gauche devenue à la fois affairiste, sécuritaire et parfaitement compatible avec le capitalisme et le pacte racial, sans jamais vraiment les éclairer.

Je n’ai pas eu le sentiment de mieux comprendre l’époque après cette lecture. Aurélien Bellanger me donne plutôt l’impression d’un auteur qui se love dans le langage de son temps et qui en reproduit les codes en leur donnant une apparence de fiction.

Et pourtant, il y a un talent d’écriture et une sorte de suspens théorique. C’est même ce qui m’a conduit jusqu’à la dernière page.

Car les dernières pages constituent la partie la plus intéressante du livre. Elles prennent la forme d’un étrange épilogue que je ne suis pas certain d’avoir compris. On y découvre un texte rédigé par un personnage nommé Sauveterre, sorte de Michel Houellebecq qui aurait écrit les mémoires de Macron avant d’être tué par un policier l’ayant pris pour un islamiste. Sauveterre, le Houellebecq du roman, portait la barbe, ce qui explique la confusion du policier, qui lui finit par se suicider, rongé par le remord. Ce renversement des rôles, cette espèce d’attentat contre Charlie Hebdo inversé, est l’une des idées troublantes du roman mais qui n’est pas exploitée.

Parmi les papiers laissés par Sauveterre figure un manuscrit inachevé racontant l’histoire d’un régicide. Le meurtrier du roi, ou du président, trouve refuge dans un château où il finit par mener une existence paisible auprès d’une femme. Et c’est sur une image inattendue que se termine le livre : la chapelle en ruine du château est devenue une mosquée clandestine.

Cette dernière scène possède une puissance symbolique que le reste du roman n’atteint jamais. Elle laisse une impression étrange, mélancolique et ambiguë.

C’est peut-être cette image finale qui justifie, à elle seule, la lecture d’un livre qui relève davantage, à mes yeux, du travail d’un habile faiseur que de celui d’un écrivain.

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