Il suffit de rester une période moyenne en Allemagne pour se rendre compte que la plupart des personnes avec qui vous avez à faire n’est pas allemande.
Dans les magasins, les administrations, les transports, tout le monde parle polonais, turc ou italien avant de s’adresser à vous en allemand.
J’ai déjà parlé de la vieillesse des populations allemandes dans les quartiers residentiels. Et vraiment, jour après jour, en tout cas dans une première année passée partiellement en Allemagne, l’impression qui s’impose à moi est celle d’un pays qui ne pourrait pas survivre sans une immigration soutenue.
Et c’est le moment que l’éternel racisme a choisi pour réapparaître.
Depuis la Bibliothèque Nationale de Bavière, 8 janvier 2024
Ce matin, dès potron-minet, de nombreux tracteurs et autres engins roulants prenaient place sur une avenue importante de Munich.
Moi je me rendais à la Bibliothèque pour explorer leur salle des périodiques et emprunter quelques livres que j’avais réservés sur le site de l’institution.
À mon grand dépit, je ne saurais dire avec précision la raison exacte de cette manifestation du monde agricole. Par crainte d’être bloqué au centre ville, j’ai pris le métro au bout de quelques heures seulement.
Il neige à nouveau sur Munich et sa région. C’est une nouvelle assez excitante pour que je l’annonce sur ce blog dès l’aube.
On nous annonce 40 centimètres de neige au sol.
L’autre jour, chez Décathlon, on a vu plusieurs types de luge. Hajer n’a pas eu envie de pratiquer ce sport auguste, mais je ne pourrai peut-être pas résister.
Aujourd’hui tout est fermé en Bavière car les régions catholiques font du 6 janvier un jour férié.
En revanche je n’ai pas vu de galettes des rois. Je m’en avise à l’instant, en voyant sur internet que le 6 janvier célèbre les rois mages en Galilée. Dans mon souvenir, les Français mangent à cette occasion une galette délicieuse fourrée de frangipane, et se cassent les dents sur une fève qui élit le roi ou la reine de l’assemblée.
Je m’en ouvre à mon épouse qui connaît mieux l’Allemagne que moi. Elle est évasive sur le sujet. Elle dit que la galette des rois est peut-être un truc français, et que les Allemands ont sans doute d’autres traditions car, dit-elle, « les rois mages n’ont pas apporté une galette de frangipane à Jésus. »
Pour décrire la soirée du réveillon cette année, ma femme et moi nous sommes partagés les tâches. Le 31 décembre 2023, je me suis rendu au centre ville de Munich, tandis qu’elle restait à la maison, dans un quartier qui se situe dans la proche banlieue. Nous pûmes ainsi couvrir l’ensemble des festivités et vous en rendre compte avec une exhaustive précision.
J’ai marché de 22 h 30 à 00 h 30 depuis la place Rosenheimer jusqu’à l’Arc de triomphe, et retour. Cela ne vous dit rien ? C’est l’equivalent du trajet qui mène, à Paris, de l’Arc de triomphe à la Grandes Mosquée.
Beaucoup d’Italiens qui chantaient dans les rues. (Étudiants et jeunes travailleurs immigrés). Des concerts de rock très sympas dans un café de l’université Louis-Maximilien (LMU). Sur la Marienplatz, des gens criaient et sifflaient sans raison apparente, pour mettre de l’ambiance en quelque sorte.
D’incessantes explosions. Pétards et feux d’artifice. Les Allemands ont le droit d’acheter et de consommer ces explosifs uniquement les deux ou trois jours qui précèdent le 1er janvier. À minuit moins dix, des milliers d’individus allument leurs feux et rivalisent avec leurs voisins. La ville est alors illuminée de manière anarchique et plutôt joyeuse.
Je n’ai assisté à aucune violence. En tout cas pas avant minuit et demie, heure à laquelle j’ai attrapé mon train de banlieue S3.
Ce matin, au petit déjeuner, Hajer et moi fîmes le débrief de nos opérations de reportage. Notre appartement a été cerné par des explosions qui lui firent penser à un état de guerre et l’effrayèrent. Elle se barricada chez nous et put dormir au bout de quarante minutes de feux d’artifice assourdissants.
Mieux que les autres, les Germains savent exploiter leurs fleuves et leurs rivières à des fins récréatives. À Munich, on fait du surf sur un bout de rivière qui a été canalisé de manière à avoir un rapide impressionnant à l’entrée du fameux parc dit « Jardin anglais ».
Né en 1769, comme Napoléon, Humboldt fut le plus grand voyageur de l’ère romantique. Mais alors pourquoi le sage précaire ne l’a-t-il pas abondamment lu, commenté, imité, voire vilipendé ?
La réponse est simple : je savais qu’il était un grand voyageur, je savais qu’il était un grand scientifique, mais je ne le connaissais pas comme écrivain du voyage. J’avoue. Le titre de son grand récit de voyage n’y est pas pour rien : Le Voyage de Humboldt et Bonplan… Tout laisse à penser que c’est une relation ecrite par quelqu’un d’autre, une sorte de travail journalistique.
La vérité est que l’histoire des idées n’a pas été étrangère à l’oubli relatif que les récits littéraires viatiques de Humboldt connaît. En effet, les théories qui se sont imposées sont les études postcoloniales, à cause de quoi l’accent est porté sur les voyages en Orient et on tend à occulter les récits vers l’ouest. De plus Humboldt s’oppose au colonialisme, on ne peut donc pas en faire un salaud. Enfin, le voyageur allemand développe une parole scientifique et attentive à la nature. Cela le rend trop peu croustillant.
Mais tout cela va changer à partir de maintenant. La sagesse précaire va étudier l’œuvre de Humboldt du point de vue de l’écriture des voyages.
Si vous avez une heure ou deux à perdre au centre-ville de Munich, et que vous en avez ras-le-bol du shopping, des cafés et bières, entrez et visitez la grande bibliothèque nationale de Bavière, vous ne le regretterez pas.
Les bibliothèques pâtissent d’une réputation malheureuse que vous devez, par votre seule présence, conjurer. Les bibliothèques sont les lieux où vous trouverez la plus forte concentration de belles personnes dans une ville, puisqu’elles sont fréquentées par des étudiants qui font leurs recherches.
Ce sont aussi des lieux d’exposition, donc des espaces de promenade. Je recommande ardemment l’exposition un peu cachée dans le couloir qui mène à la salle de lecture dite « Musique, cartes et images ».
Pendant que j’y suis, je recommande chaleureusement de réserver une place dans la salle de lecture « Musique, Cartes et Images ». Une petite merveille de salle de travail, décorée d’un piano à queue, de globes terrestres de toutes les époques, de cartes géographiques rares. Des livres par milliers remplissent les étagères sur trois étages.
La salle de lecture « Musique, Cartes et Images »
Sur la coursive du troisième étage, j’ai été pris d’un terrible vertige. Je me tenais à la rambarde tandis que je feuilletais des atlas des années 1900. Je suis redescendu les jambes flageolantes. Vous voyez bien que les librairies sont des lieux palpitants !