Les « femmes indigènes » selon Houria Bouteldja

J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam.

Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, p. 72

Chaque mot de cette phrase fait mal. L’autrice sait ce qu’elle fait et elle sait ce qu’elle risque. On la traitera de raciste, de communautariste, on lui dira de rentrer en Algérie si elle n’aime pas la France, etc.

Dans ce chapitre, intitulé « Nous, les Femmes indigènes », elle conduit une brève réflexion sur le féminisme en contexte immigré, post-colonial et islamique. Ne peut-elle pas voir dans le féminisme proposé autre chose qu’un phénomène « blanc », pour « femmes blanches » ?

En même temps, comme dans l’ensemble de l’essai, Houria Bouteldja crie quelque chose d’intime qui me bouleverse. Ses mots me touchent notamment parce que la femme que j’aime est elle aussi arabe, musulmane, intellectuelle, émancipée, et inextricablement liée à sa famille.

Je n’ai rien à cacher de ce qui se passe chez nous. Du meilleur au plus pourri. Dans cette cicatrice, il y a toutes mes impasses de femme.

Idem.

Je trouve qu’il y a une immense générosité à oser parler des « impasses de femme » à un lectorat ouvert, possiblement hostile. C’est la  preuve que son livre n’est pas une déclaration de guerre, ni un rejet unilatéral de la France, mais une tentative fière et émue de nous tendre la main. On peut essayer de se comprendre.

Le monde est cruel envers nous. L’honneur de la famille repose sur la moustache de mon défunt père que j’aime et que la France a écrasé. (…) Mon frère a honte de son père. Mon père a honte de son fils. Aucun des deux n’est debout. Je ramasse leur virilité déchue, leur dignité bafouée, leur exil.

Idem.

Le féminisme que Bouteldja va tenter de mettre en place ne peut pas s’adosser à un individualisme de type Lumières/Révolution  française. Selon elle, la trahison que serait l’émancipation individuelle conduirait obligatoirement à « imiter » les Blanches, et à tout perdre en bout de course.

C’est pourquoi elle parle de ce réseau complexe de relations amoureuses entre hommes blancs, femmes indigènes et hommes indigènes. Ça fait mal de voir les choses sous cet angle de la possession des femmes, ça fait mal à notre bonne conscience de républicains universalistes, mais c’est toujours un peu comme ça que les choses sont vécues dans les communautés qui se sentent menacées : vous ne prendrez pas nos femmes, ou alors, il faudra payer.

Pourquoi croyez-vous que les Travellers irlandais sont encouragés à se marier dès l’adolescence et à faire beaucoup d’enfants ? Pour empêcher que les « paysans », les Irlandais majoritaires, ne séduisent leurs filles.

Et pourquoi croyez-vous qu’Éric Zemmour finit son livre sur la féminisation de la France en fantasmant sur les filles blanches qui se jettent dans les bras des arabes et des noirs, déçues qu’elles sont par le manque de virilité des petits blancs ? Zemmour et après lui tous les masculinistes d’internet disent que la virilité est aujourd’hui incarnée par les bad boys des quartiers, donc les frères d’Houria Bouteldja.

Tandis que les immigrés sont toujours renvoyés à leurs origines et traités comme des ennemis de l’intérieur en passe de « remplacer » et « conquérir » l’Europe des doux chrétiens blancs, les identitaires voient la France comme un pays « soumis » aux pays africains (!), peuplé d’une masse historique qui n’a plus de vigueur. Chez les masculinistes, en général, on note cette crise de masculinité et cette peur panique de tout ce qui est femme, homo, noir, arabe et musulman. Cela explique pourquoi la plupart du temps, les masculinistes se fondent dans l’extrême-droite et le racisme. Leur sentiment de défaillance sexuelle les fait rêver à des leaders politiques « forts », « fermes », à poigne, c’est-à-dire crypto-fascistes.

Houria Bouteldja, elle, nous invite à un autre chemin, moins délétère. Celui de se libérer de tous ces jeux de rôles qui nous emprisonnent dans des « imitations » de stéréotypes : ces « beurettes » qui imitent les blanches, ces djihadistes qui imitent les armées coloniales, ces noirs qui portent des masques blancs, ces hommes qui maltraitent leur femme pour imiter les chefs et les flics.

Si nous avons une mission, ce serait de détruire l’imitation. Ce sera un travail d’orfèvre. Il faudra deviner dans la virilité  testostéronée du mâle indigène la part qui résiste à la domination blanche, la canaliser, en neutraliser la violence contre nous pour l’orienter vers un projet de libération commun.

Nous, les Femmes indigènes, p. 96-97.

Alors moi, quand on me demande si je suis fier d’être français, je dirais que je peux l’être dans la mesure où la culture française a su produire des intellectuels comme Houria Bouteldja, qui s’exprime d’une manière qu’on ne retrouve dans aucune autre langue. Et la France n’est jamais plus belle que lorsque ses hommes font silence quelques minutes pour écouter ses « femmes indigènes ».

Trop de singes dans la vie politique de François Bégaudeau

Retour sur Deux singes ou ma vie politique, de François Bégaudeau. La deuxième partie de ma recension est moins positive que la première, c’est pourquoi j’ai préféré la couper en deux.

Le livre est composé selon un plan d’ensemble mais, à part les magnifiques pages sur l’enfance du narrateur, il est écrit par à-coups, de manière inégale. Le lecteur est donc tantôt assoupi tantôt excité en fonction de l’état de forme de l’auteur au moment où il écrivait. Un lecteur sensible à la musicalité du style peut aisément pointer du doigt les débuts et les fins de séances d’écriture.

François Bégaudeau est écrivain par défaut, parce qu’il faut publier des livres pour exister dans les médias, mais son vrai talent est d’orateur. Il confesse lui-même que sa grande affaire n’est pas l’engagement politique, ni l’écriture, mais le discours oral.

Secoué par le bus 21 direction Jean Macé, zigzaguant sur un trottoir, gigotant dans un lit insomniaque, c’est une dissertation ininterrompue, une autoconférence arborescente que des lectures sauvages viennent épaissir, étoffer, compliquer, tarabiscoter.

Deux singes, 119.

La qualité littéraire commence à fléchir quand le personnage principal entre dans l’adolescence. Après la narration des années lycée, Bégaudeau se régale avec les années d’école préparatoire où le héros peut expérimenter de l’intérieur comment une nation fabrique une élite.

En septembre 89 j’entre dans une classe préparatoire sans savoir à quoi elle prépare. (…) Notre prépa nantaise ne prépare à rien. Elle est à elle-même sa propre finalité. Nous vivons le moment maniériste de l’élitisme républicain.

Deux singes, 122.

Belle analyse d’une construction sociale où la culture est avant tout une pratique linguistique de démarcation et de reconnaissance mutuelle :

On habite le pays de la littérature peuplé de noms d’auteurs et d’œuvres qui sont des fétiches, des totems devant lesquels on s’agenouille, sujets d’une monarchie de droit scolaire. Dans les copies et les cafés, on invoque ces noms sans avoir jamais ouvert les œuvres qui les ont consacrés. Ce n’est pas du snobisme. (…) C’est juste que le verbocentrisme accoutume à donner une vie propre aux mots.

Deux singes, 124.

Puis arrive le punk et un chapitre de jeunesse conformiste dans son anticonformisme. Le phrasé de Bégaudeau évolue pour être lui-même punk, et c’est peu nourrissant. Puis les années où le narrateur vit à Paris avec d’innombrables pages sur l’époque, les modes et les contre modes. Le lecteur se contrefout de tous ces développements inévitablement narcissiques. Il y a une centaine de pages au milieu du livre où l’on ressent la même lassitude gênée que celle produite par Le Temps gagné de Raphaël Enthoven :

Déjà mon cahier 96 pages de lycée a pour exergue, on le vérifiera aux Archives nationales, deux vers de Thiéfaine : Nous étions les danseurs d’un monde à l’agonie / En même temps que fantômes conscients d’être mort-nés. En 87. Sept ans après je n’ai pas avancé. La conviction persiste qu’une époque ne se vit pas mais se hante.

Deux singes, p. 183.

Le lecteur non plus n’avance plus guère dans ce tunnel narratif, il a déjà déjà vécu à sa manière ces phénomènes de jeunesse et n’apprend rien. La machine à faire réfléchir est grippée. Nous aussi on a écouté Thiéfaine, et on le connaissait par cœur, mais inclure des éléments d’époque ne suffit pas à faire un livre générationnel.

Je me force à continuer ma lecture. À la page 200, j’ai franchement envie de laisser tomber. L’enquête de Begaudeau sur lui-même ne m’intéresse plus, et quand je tombe sur des phrases de cet acabit :

Ma nouvelle vigueur serait liée à une nouvelle vigueur.

j’avoue que je ne suis plus assez motivé pour examiner s’il s’agit d’une coquille ou d’une maladresse de l’auteur. La narration de ses kilos perdus en 1998 grâce au sport me fait soupirer. Des incises comme « je dis une banalité » au milieu des phrases soulignent que l’auteur lui-même patine.

Petit à petit se confirme l’intuition que j’avais déjà énoncée dans ce blog : Bégaudeau est un excellent orateur mais un écrivain moyen. À l’intérieur de la littérature il est meilleur essayiste que romancier. À l’intérieur de l’essai, il est bon chroniqueur mais piètre mémorialiste. Il devrait peut-être se limiter à des livres de cent pages. Il faut trouver son souffle, sa taille idéale, tout le monde n’est pas miniaturiste, ni romancier-fleuve. Chacun sa distance. Bégaudeau s’essouffle après cent pages, cela vient peut-être de son habitude scolaire d’écrire des dissertations d’agrégatif. Son esprit s’est moulé dans une matière verbale longue de cinq ou six double-pages bien denses. Texte susceptible d’impressionner un enseignant agrégé. Mais au-delà, l’écrivain Bégaudeau manque de repères et les éditeurs n’ont pas les capacités de faire retravailler leurs auteurs. Cela donne des livres trop longs, et pas assez tenus.

De temps en temps, un second souffle apparaît et surgissent vingt pages superbes. De la page 220 à la page 240, un essai très bon sur la blanchité et sur l’universalisme putatif des blancs. Le jeune intello se croyait incolore, mais quand il devient professeur, ses élèves noirs et arabes lui font comprendre qu’il est blanc et pittoresque :

J’étais supposé les tirer à l’universel, ils me tirent à ma relativité. Soudain je me trouve très relatif. Très circonscrit.

Deux singes, 231.

Puis la narration continue avec ses hauts et ses bas, tantôt retombe dans le marasme, tantôt remonte vers des éclaircies très intéressantes. Beau passage très stimulant : le récit de la publication de ses premiers livres et ses premiers déboires médiatiques. Il narre efficacement comment on ne peut pas dire le réel dans les médias car les grilles de lecture sont déjà omniprésentes. À propos des émeutes urbaines, Bégaudeau voit dans le saccage des villes une manière pour des jeunes de se défouler et « une affaire de feu, d’intensité, d’euphorie », mais une puissance qui demeure inaudible sur les plateaux télé car le réel ne se comprend quand dans une alternative simpliste :

On brûle une voiture parce qu’on est un Arabe inintégrable (droite) ou pour exprimer une souffrance sociale (gauche)

Deux singes, 356.

J’ai mis de l’espoir dans l’avant-dernier chapitre intitulé 1977. C’est aussi le titre du premier très bon chapitre, sur l’enfance. Mes espoirs furent déçus, non, le charme était rompu.

Je pense que le plus sage est de me limiter à écouter Bégaudeau dans des formats audio ou vidéos suffisamment longs pour qu’il puisse donner le maximum de ses compétences : l’argumentation orale.

Les plans médias et les prix de nos écrivains

La littérature peut aussi s’étudier sous son angle marketing, industriel et commercial. Voyez les opérations de communication qui nous submergent à l’approche de certains livres à paraître.

Souvenez-vous de l’arrivée de certains livres de Michel Houellebecq. Teasing, polémiques, procès, provocations, articles de journaux. Aujourd’hui le soufflé Houellebecq est tombé et je n’ai même pas eu le désir d’ouvrir anéantir (sans majuscule), le dernier roman en date, tellement je savais d’avance ce que j’allais y trouver. Mais la magie a opéré sur moi jusqu’à Soumission (2015). Dix ans et cinq romans pendant lesquels le sage précaire a marché.

Parallèlement, s’installait le phénomène Sylvain Tesson. Une présence dans les médias mais pas seulement dans les pages littéraires, plutôt dans les formats « magazine » les matinales, les Talk shows, les Journaux télévisés. Cela m’a frappé à la parution de Dans les forêts de Sibérie, en 2012. Tesson était invité là où l’on parlait d’actualité politique, ou de problématiques sociales.

Lire : La littérature voyageuse de Michel Le Bris

La précarité du sage, 2008.

Je me souviens de m’être dit deux choses : 1. Apparemment ce livre fait l’actualité. 2. Visiblement, Tesson a changé de catégorie. Il est monté de plusieurs divisions.

Ce changement est peut-être dû à son agent, Azeb Rufin. Les agents négocient les contrats pour leurs auteurs et se prennent 10 % sur les recettes. Tout le monde est gagnant. Le plus puissant des agents français est François Samuelson, dont Le Monde faisait le portrait il y a quelques années :

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/01/03/francois-samuelson-le-007-de-michel-houellebecq_5404608_3234.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=android&lmd_source=default

Je peux deviner l’année où Tesson a opéré sa mue. 2012, à quarante ans. Il suffit pour cela de regarder plusieurs éléments clés de la carrière mediatique : l’éditeur, les titres de livres, les photos de l’auteur et les émissions où il est invité.

Première partie de carrière : il publie des récits de voyage modestes sous des titres communs, comme On a roulé autour du monde, ou bien Trois mille kilomètres à cloche-pied à travers les steppes. Les photos, rares, présentent un jeune homme sympathique sans aspérité. Éditeurs commerciaux, sans prestige particulier. Peu de télévisions, et uniquement dûes à un piston qui se remarque trop.

Deuxième partie de carrière : signe un contrat chez Gallimard et publie dans la prestigieuse collection blanche. Titres de livres plus littéraires, comme Blanc ou Baïkal mon amour. Ou encore L’année dernière à Marioupol (ok j’arrête). Relooking judicieux, devient top model pour marques de vêtements pour hommes, portraits expressionnistes par des professionnels. Plans médias très bien négociés, sur des plateaux télé où on lui donne l’occasion de faire des tirades de poètes.

Exemple de plateau télé négocié : invité principal du Talk show phare des années 2010 On n’est pas couché samedi soir sur France 2. Pour obtenir cela, il fallait promettre l’exclusivité, etc.

Les résultats ne se font pas attendre : les prix littéraires tombent comme des mouches. Quelques déjeuners aux bons endroits de Paris avec les bonnes personnes, suffisent pour la plupart des prix.

Toutes ces transformations signent la présence d’un agent littéraire assez puissant, mais l’écrivain dont on parle est assez connaisseur de l’industrie (il est tombé dedans comme Obelix dans le chaudron) et a pu se débrouiller avec ses propres ressources pour cette mue publicitaire.

Reportage de la RTS

https://www.rts.ch/audio-podcast/2024/audio/parrain-de-l-edition-2024-du-printemps-des-poetes-sylvain-tesson-accuse-de-banaliser-l-extreme-droite-28074366.html

Un petit « sujet » dans lequel la journaliste m’a interviewé sur la polémique en cours.

Différence de traitements des médias français et francophones. En France, comme ils sont concentrés à Paris, ils n’interrogent que des professionnels des médias parisiens et ça tourne en rond. En Suisse, un.e journaliste n’a pas le même réflexe. En l’espèce, Pauline Rappaz a fait une recherche pour trouver des interlocuteurs légitimes et qui fassent sens. Cela prend plus de temps que ce que font les journalistes parisiens mais je pense que c’est payant sur le long terme.

Quelques articles savants pour se repérer dans la polémique Tesson-poètes-fascisme

Les gens prennent la parole dans les médias mais ils manquent de connaissance et d’informations. Ils parlent des liens entre littérature et politique mais sans avoir étudié la question. C’est normal, ils n’ont pas le temps, il faut parler de Gabriel Attal, des abaya et des OQTF. De nombreuses inepties sont donc proférées mais ce n’est pas vraiment de la faute de ceux qui les profèrent. Ils ne savent pas ce qu’ils font.

Pour être éclairé sur la question et se faire une opinion informée, il existe un champ de la recherche qui peut s’avérer utile : la recherche en littérature géographique. Mais comment savoir que lire et où trouver de telles recherches ?

Le sage précaire s’occupe de tout ! Il vous offre quelques liens menant à des articles savants en accès libre. Ces articles vous éclaireront sur le rapport qui existe entre style littéraire et posture sociale, entre l’esthétique et la politique. Dans une langue précise et abordable, ces textes prennent Sylvain Tesson comme exemple particulier, donc ils vous mâchent le travail.

À tout seigneur tout honneur, il faut lire le chapitre du livre qui fait référence sur le récit de voyage contemporain, dont l’auteur n’est autre que votre serviteur. Le dernier chapitre traite des récits publiés dans les annés 2000 et 2010, donc d’auteurs devenus aujourd’hui hypercélèbres (si vous voyez ce que je veux dire) :

Les écritures réactionnaires : Sylvain Tesson et les « Nouveaux explorateurs »

La Pluralité des mondes : le récit de voyage de 1945 à nos jours, PUPS, 2017.

Jean-Xavier Ridon, professor of French à l’université de Nottingham, a écrit un excellent article sur Tesson. Je suis très admiratif de ce qu’il y démontre.

Jean-Xavier Ridon, « De l’extrême comme nostalgie conquérante »

Voyages extrêmes, sous la dir. de Gilles Louys, Classiques Garnier, 2019.

Vous y lirez par exemple combien l’aventurier prétend résister à une société technophile et marchande alors qu’en réalité, la lecture serrée de ses textes montre qu’il se conforme à un discours dominant. La recherche en littérature peut ainsi aider celles et ceux qui veulent y voir plus clair sur cet écrivain qui déclenche tant de passions sur les ondes.

Enfin, un article qui examine l’usage de la philosophie par les écrivains du voyage, dont certains qui se trouvent omniprésents dans les médias (suivez mon regard), article dont l’auteur est encore le sage précaire :

La philosophie dans la littérature de voyage contemporaine. Sylvain Tesson, Antonin Potoski, Bruce Bégout.

Voyager en philosophe, sous la dir. Liouba Bischoff, Kimé, 2021.

Où il est démontré que les bons auteurs servent la réflexion philosophique par une écriture singulière, qui cherche à dire le réel, tandis que les mauvais se servent de la culture philosophique pour se distinguer et se démarquer socialement. Ces derniers, les auteurs qu’il faut dénoncer à mon avis, recouvre d’un vernis de culture scolaire des idées creuses, des banalités et des truismes.

Soutien aux députés qui ont dormi sous la tente

À l’appel de l’association Droit Au Logement (DAL), une poignée de députés ont passé une nuit sous une tente en compagnie de vrais sans-abris, pour alerter les medias du scandale que représentent les centaines de milliers de Français condamnés à vivre dans la rue.

Les médias ont bien été alertés, et certains d’entre eux ont choisi de se moquer abondamment de cette poignée de députés.

Moi qui suis un homme de droite, tendance abbé Pierre, je proteste contre ces indignes quolibets, et je soutiens l’action du DAL.

Lettre ouverte à une passionnée… de Sylvain T.

Cliché libre de droit généré quand j’ai saisi « Genius Wanderer »

Chère XXX

Merci à vous pour cet échange.

Restons-en là puisque à partir de maintenant nous allons tourner en rond. Vous ne voyez rien de politique chez cet auteur, très bien. Moi, j’ai fait ma part de travail sur ce point et ai publié les fruits de mes recherches en différents endroits. Depuis quelques années, d’autres prennent le relais de ce dévoilement d’une idéologie réactionnaire à l’œuvre dans un courant de littérature de voyage qui se fait passer pour sympathique et humaniste.

Cela étant dit, votre passion me permet de mesurer combien le travail marketing de Tesson, son « story telling » et sa mise en image, a été très efficace. Naturellement l’identité de son père, grand patron de presse et flamboyant journaliste, lui a donné toutes les cartes du jeu promotionnel. Grâce à un carnet d’adresses extraordinaire, Tesson fils a su tirer remarquablement son épingle du jeu. Certes, il est né et a grandi au centre du pays, au centre de la bourgeoisie et au centre d’un monde médiatique dont il a très tôt maîtrisé les rouages. Mais cela ne suffit pas pour trouver le succès commercial. Il a su profiter de manière optimale de ses privilèges en développant un sens aiguë des affaires et de l’entreprise. Selon moi, Tesson n’est pas un bon écrivain mais c’est assurément un très bon homme d’affaire. Sa place serait plus légitime à l’assemblée du Medef qu’au Printemps des poètes. Il a mérité sa place parmi les grands « écrivains médiatiques » qui bénéficient d’une image de marque. Réussir à imposer sa marque, imprimer son image, c’est rare et c’est ce qu’ont réussi à faire les Houellebecq, Nothomb, Beigbeder, Moix, BHL, Onfray, Matzneff, etc. En général, ce sont de mauvais auteurs, mais ce n’est pas automatique.

La tribune, quant à elle (ce n’est pas une petition mais une tribune) n’a rien de scandaleux, et ne demande en rien l’effacement d’un auteur. Il n’y est pas exprimé de haine ni de mépris. Elle n’est sans doute pas écrite comme je l’aurais écrite. D’ailleurs, il ne me serait jamais venu à l’esprit de lancer une telle tribune. Je l’ai signée et je la relaie car je soutiens ceux qui veulent faire déciller les yeux des gens exposés aux médias de masse. Quand on vous assène des centaines de fois, sur toutes les chaines, que Tesson est un génial vagabond, que Houellebecq est un génial visionnaire, que Nothomb est une géniale excentrique, il est normal qu’on se laisse influencer.

Que critiquer n’est pas effacer

La tribune des poètes qui protestent contre la nomination de Sylvain Tesson comme parrain du Printemps des poètes reçoit beaucoup de critiques dans les médias. À la télévision comme sur les réseaux sociaux, journalistes et politiciens apportent leur soutien à l’écrivain le plus médiatisé de sa génération.

Les signataires sont déclarés ineptes du fait qu’ils ne sont pas célèbres : vous êtes des obscurs et vous osez prendre la parole ? Mais pour qui vous prenez-vous ?

Seuls les gens déjà médiatisés ont le droit de dire ce qu’ils pensent. Il y a quelque chose de scandaleux à voir des gueux faire irruption dans les médias.

Malgré leur obscurité, les signataires sont qualifiés de « médiocres », de « ratés » d’auteurs sans talent. Ils ne sont pas lus mais on sait par avance, on sait de toute éternité, que leurs productions sont nulles. La preuve ? Celle de Sylvain Tesson est appréciée des lecteurs du Figaro.

On reproche aux signataires de vouloir « interdire », « effacer » l’écrivain voyageur. On leur fait le reproche de participer à cette fameuse culture de l’effacement, brandie à chaque fois que des subalternes se permettent de proposer une lecture des faits divergente de celle imposée par les médias ou le pouvoir.

Tous ces gens qui travaillent la langue et la poésie se sentent insultés qu’on leur impose un parrain qui combine les deux défauts d’être réactionnaire politiquement et médiocre littérairement. C’est leur opinion. Le fait qu’ils l’expriment est plutôt un signe de vitalité. On les fait passer pour des salauds.

Les signataires n’ont jamais demandé qu’on retire les livres de l’auteur en question des tables de libraires. Ils ne protestent pas non plus contre ses invitations à la télévision.

Ils prennent juste le droit de critiquer la nomination d’un homme à un mandat pour un événement qui les concerne, eux, en première ligne.

Comparons le lycée Stanislas et le lycée Averroès

Deux lycées font la une de l’actualité française. Deux établissements privés, sous contrat avec l’État, religieux, obtenant des résultats excellents. Tous deux sont accusés de manquement à la laïcité et de dérives sectaires.

Dans l’émission de Pascal Praud sur la chaîne CNews, l’avocat Gilles-William Goldnadel déclare qu’on devrait faire un rapport d’inspection sur le lycée Averroès. Il soutient que nous, les libéraux qu’il désigne sous le nom de gauchistes, protégeons les musulmans et voulons nuire à l’élite catholique.

Eh bien d’accord, retournons vers les rapports d’inspection sur les deux lycées. Mais retournons-y vraiment. Car en novembre 2023, un rapport « accable » le lycée musulman mais sans être diligenté par les services compétents. Ce sont des élus locaux et nationaux (pour certains nommés par le gouvernement) qui donnent leur avis. Les médias proches de Zemmour et Bolloré se félicitent de ce « rapport » :

Ils mettent des photos de femmes voilées pour bien souligner qu’on n’est plus chez nous.

Quelques jours plus tard, on découvre que ce « rapport » n’est pas sérieux, comme le montre la presse indépendante d’investigation :

Alors qui croire ? Le sage précaire propose de suivre la requête de M. Goldnadel, salarié par le patron de médias M. Bolloré. Il demande qu’on aille voir de plus près ce qui se passe au lycée musulman. Justement, la presse centriste aux mains d’autres milliardaires nous informe qu’il y a bien eu des rapports d’inspection, et que ces derniers ont été tenus secrets par le gouvernement parce qu’ils étaient « extrêmement favorables ». Voici la preuve de ce que j’énonce dans cet article d’un directeur de Science-Po publié dans Le Monde :

Je passe directement au passage qui concerne le seul « rappport » qui doit faire autorité en matière de pédagogie et de gestion des lycées :

Enfin la conclusion de cette tribune que je trouve pour ma part poignante, car la montée du racisme et de l’islamophobie au sein de notre gouvernement, nos préfets et nos élus locaux, ne peut que mettre en danger la république dans sa devise de liberté d’éducation, d’égalité des traitements, et de fraternité entre les Français :

De l’excès des soutiens d’Israël, et de leur manque d’humanité

Rony Brauman et Pascal Boniface sont deux figures qui illustrent la résistance inlassable à la pression excessive des pro-israéliens en France.

Les deux sont des boomers, l’un est juif l’autre pas. L’un est medecin l’autre politiste. Tous deux hommes de médias, se sont permis de critiquer les politiques d’Israël, ce qui leur a valu de nombreuses années de vents contraires, de diffamation, d’exclusion.

Dans l’entretien que je mets ici en lien, le fondateur de Médecins du monde affirme que le propriétaire de BFM, le milliardaire Patrick Drahi, a téléphoné en personne à la direction pour qu’on ne l’invite pas sur les plateaux de la chaîne d’information en continu. Selon les financiers qui influencent les médias français, les possèdent et les animent, la parole de l’humanitaire Braumann doit être aussi inaudible que possible. Et de fait, depuis le 7 octobre 2023, on ne l’a pas beaucoup entendu. L’entretien vidéo que je partage montre pourtant que sa parole est infiniment plus informée et équilibrée que celle des journalistes et intellectuels qui peuplent nos ondes et nos tubes cathodiques