1. Les ministres qui nourrissaient des états d’âme lors de la loi « immigration » auraient dû démissionner lors de son vote. Ils auraient fait un coup d’éclat collectif et auraient sauvé leur honneur. Aujourd’hui, seul Aurélien Rousseau a démissionné, ce qui n’a pas eu d’éclat. Lesdits ministres viennent de se faire virer comme des morveux. Ils ont raté une bonne occasion de se faire une publicité scintillante.
2. Le président Macron est définitivement un con. Que cherche-t-il à faire, si ce n’est à jouer les stratèges avec les égos des uns et des autres. Son soutien à Depardieu et à la « bagnole », sa soumission à l’idéologie anti-immigrés, le rapprochent des beaufs mais pas du peuple français.
3. Le ministère de la culture devrait définitivement être annulé. La nomination de Rachida Dati à ce poste est un bras d’honneur puéril envoyé au monde de la culture, une volonté de les humilier. Après beaucoup de ministres inutiles, on en a trouvé une hostile. Il est temps de faire des économie sur ce ministère.
Mais chacun savait que nous vivions les premiers temps de la révolte, quand quelque chose se passe et que le tyran, surpris par une insurrection dont il sait la cause, tente en vain de mettre le peuple de son côté en dépeignant les insurgés comme des barbares, ou des terroristes.
Raphaël Enthoven, Le Temps gagné, 2020, p. 101.
Aujourd’hui, Raphaël Enthoven soutient le regime tyrannique qui commet l’irréparable à Gaza et en Cisjordanie, pour la raison précise que ledit régime est « surpris par une insurrection dont il sait la cause », et qu’il dépeint les insurgés « comme des barbares, ou des insurgés. »
Cher Germain, Je voulais vous dire, à propos de votre Traité, qu’il me tarde de le lire. Si je m’en souviens bien, vous m’avez écrit en 2018 que vous étiez sur le point de le terminer. Est-ce fait ? Avez-vous trouvé un éditeur ? Quoi qu’il en soit, s’il vous plaît gardez-moi un exemplaire, même si le texte vous paraît encore perfectible. Je tiens absolument à en avoir une copie. Je me souviens d’un courriel ou d’une lettre que vous m’avez envoyé à l’époque où j’habitais en Chine, dans lequel vous tissiez un lien entre « ambition » et « ambulatoire », et vous me disiez que ma passion première devait être la colère, car de la colère procède l’ambition, donc l’ambulation, donc le voyage. Rien que pour cela, pour des éclats de pensée comme ça, je tiens à lire votre Traité. À très bientôt, Guillaume
La réponse à ce mail constitue l’ultime message que j’ai reçu de mon vieil ami. Il me rassure car c’était l’époque de la grande pandémie Covid 19, et que je m’étais inquiété de sa santé auprès de son fils.
Conhilac, le 05 mars 2021
Cher Guillaume,
Tranquillisez-vous : j’existe encore, et dès que possible je vous écrirai la grande lettre que vous méritez.
C’est que je sors d’une crise qui a duré plus d’une année, en fait d’hospitalisations. Maladie qui a été une cata-strophe, au sens où je n’ai pu m’élever à la moindre ana-lyse. Où j’ai été privé d’écriture, où j’ai traversé un AVC, vécu sans ordinateur, auprès d’affolantes infirmières, toutes tatouées et charmantes. Avec le péril de tomber : je survivais en état de casse, corseté. J’ai pu enfin réintégrer ma maison, réappris à marcher sans canne. Et me voici en proie à la procrastination, tout étonné de n’avoir pas songé à joindre mes amis.
Enveloppé de honte, la vergogne, une sorte de peur, la crainte qui vole sur moi. Traité des passions inachevé, sa fin qui me hante. L’impression d’avoir essayé de réhabiliter une sorte de mélancolie, de tristesse ; c’est pourquoi j’hésite à répondre à votre demande. Il faudrait une plus grande confiance en moi. J’ai noté vos propos sur l’architecture de mon bureau, j’ attends votre visite et celle de votre mystérieuse épouse. On me dit à l’instant (Susie), qu’elle serait heureuse de vous revoir. Elle avait été très impressionnée par votre père.
Bonjour à vous deux. Recevez mon intacte affection.
Qu’on me pardonne de mettre en ligne des échanges épistolaires privés. Je prends soin d’ôter tout ce qui peut relever de l’intime ou de l’inapproprié. Je les mets en ligne car je les trouve intéressants et souvent poignants. Ce n’est pas un hasard si j’ai carrément publié un livre constitué de lettres à mon père. Quand on s’adresse à une personne précise, on évite le bla bla, les clichés, les effets de style inutiles. On s’inscrit dans la matérialité d’une relation spécifique et cela rend la correspondance vivante. Le lecteur extérieur à cette relation peut se sentir exclu d’un certain point de vue, mais il sait projeter assez de fiction pour comprendre l’enjeu principal des paroles échangées, et il est en capacité d’apprécier des voix singulières.
Je vais mettre en ligne quelques messages signés par Germain Malbreil pour cette raison. En ce jour de cérémonie funèbre à l’église de Conhilac-Corbières, j’ai à cœur de faire entendre la voix et le style aisément reconnaissables de mon vieil ami défunt.
Je pense à vous avec d’autant plus de force qu’Hajer et moi nous portons acquéreurs d’un appartement au Vigan, dans les Cévennes, et que pour les travaux à réaliser, je n’ai qu’une inspiration : votre maison dans les Corbières. J’en parle souvent à Hajer et je voudrais tant qu’elle la voie, en particulier le bureau qui est pour moi une sorte d’idéal d’architecture intérieure.
Je lui dis voilà, si on achetait un truc assez grand, je te laisserais décider de tout sauf une pièce qui serait de mon unique responsabilité, le bureau. Et je n’ai en tête, quand je dis cela, que votre bureau, avec cette couleur des murs, la méridienne, les lampes. Mon admiration pour cette pièce est de la même nature que celle que j’ai pour le terrain de mon frère dans les Cévennes : un espace entièrement sculpté par les sensations et les inclinations d’une personne unique, dont les dimensions sont adaptées à un homme singulier. Le reflet dans l’espace et le volume d’un corps et de ses mouvements.
Je ne suis pas sûr de pouvoir construire un espace comme cela, aussi accueillant et chaleureux, nous verrons bien.
Sinon, voici pour les nouvelles : nous avons perdu notre travail à Nizwa, alors nous habitons à Mascate, au bord de la mer. Nous travaillons avec d’autres universités en ligne. Je corrige un livre que j’ai écrit sur Oman, terminé cet été, relu par plusieurs personnes et corrigé/toiletté après chaque relecture. Les travaux de recherche en littérature me prennent pas mal de temps : cette année, trois articles seront publiés dans trois revues et livres, des publications qui me réjouissent. Pendant ce temps, Hajer travaille beaucoup car elle a deux emplois. Elle souffre beaucoup d’une maladie que la médecine ne sait pas diagnostiquer. Malgré ces désagréments, la vie avec elle reste pour moi un grand bonheur.
Vous me manquez beaucoup Germain. J’espère que vous allez bien et que votre fille se sent mieux. Je suis heureux que votre fils aille bien.
Avec l’aide de Dieu, nous viendrons vous rendre visite quand nous reviendrons (ou retournerons) en France.
Il était professeur à la faculté de philosophie de l’université Lyon 3 Jean-Moulin. Il faisait partie des figures marquantes de notre instruction, surtout pour ce qui concernait la politique et la morale. Ses cours étaient étonnants et parfois destabilisants. J’ai vite senti la présence d’atomes crochus entre moi et cet individu méditatif, qui attirait parfois les moqueries et plus sûrement l’affection de ses étudiants
Germain est petit à petit devenu un ami. Il se confiait à moi après certains cours. Un jour, en 1992 ou 1993, je lui dis qu’il avait beaucoup changé d’une année sur l’autre. « L’année dernière vous étiez incroyablement sévère. Vous nous mettiez des notes en dessous de 0, vous ne vous en souvenez pas ? » Il m’apprenait que lorsqu’il était si sévère avec nous, dans sa vie personnelle, il nageait dans le bonheur, mais que la culpabilité le rongeait.
Mon indifférence aux notes, aux concours et aux titres, m’a aidé à voir en Germain un être humain que l’on peut aller voir pour discuter. Il respectait beaucoup ses étudiants, surtout ceux qui n’étaient pas très doués pour les études. Il savait voir dans leurs copies des fulgurances que personne d’autre ne devinait.
Nous avons gardé le contact après mes années d’étude. Nous nous sommes écrit et téléphoné. J’ai surtout eu la chance de lui rendre visite dans la maison qu’il a achetée dans les Corbières, au pied des Pyrénées.
Ce fut un enchantement de voir ce spécialiste de Malebranche, dont il a édité et présenté les Œuvres dans la bibliothèque de la Pléiade, parler des pierres, des tuiles, des types de bois qui composaient sa maison. Il vivait sa maison comme si c’était un être vivant.
Je suis allé chez lui plusieurs fois, dans les années 2000 et 2010. Il était un peu comme un père spirituel pour moi, d’ailleurs je lui ai présenté mon père, qui vivait ses dernières années.
J’ai de merveilleux de souvenirs avec lui mais je suis trop triste pour en dire plus.
Qu’il repose en paix. Son fils et sa fille ont eu la gentillesse de me prévenir de la nouvelle du décès. Ses funérailles auront lieu jeudi 11 janvier 2024 à l’église de Conhilac-Corbières.
Depuis la Bibliothèque Nationale de Bavière, 8 janvier 2024
Ce matin, dès potron-minet, de nombreux tracteurs et autres engins roulants prenaient place sur une avenue importante de Munich.
Moi je me rendais à la Bibliothèque pour explorer leur salle des périodiques et emprunter quelques livres que j’avais réservés sur le site de l’institution.
À mon grand dépit, je ne saurais dire avec précision la raison exacte de cette manifestation du monde agricole. Par crainte d’être bloqué au centre ville, j’ai pris le métro au bout de quelques heures seulement.
Le poète dont je parle est surtout connu pour son Anabase, dont j’ai entendu parler dans un cours de grec ancien. On m’enseignait le grand texte du même titre de Xénophon, un grand poète qui a vécu à la même époque que Socrate, et qui a écrit, comme Platon, des dialogues socratiques et une Apologie de Socrate. Il me reste comme souvenir qu’Anabase était un récit poétique narrant une campagne militaire, et pleins d’autres détails indicibles.
Le professeur nous informa alors que Saint-John Perse avait repris le titre d’Anabase pour en faire une version modernisée et largement métaphorique. Il ne nous en dit pas beaucoup plus.
Avec le recul, je rapproche le poète français qui réécrit un classique grec avec l’Irlandais James Joyce qui publia Ulysse dans les mêmes années. Je pense qu’ils se connaissaient, au moins de réputation.
Pour le plaisir je partage avec vous quelques vers délicieux du poète antillais, vers écrits en Chine dans les années 1920.
Début du chant VII d’Anabase, de Saint-John Perse
L’obscurité volontaire de cette poésie ne doit pas nous empêcher d’apprécier au moins la rythmique et la mélodie envoûtantes des vers de ce qui est en effet un chant. Petit conseil : lisez ce texte sur le rythme de l’octosyllabe, surtout après le premier vers, composé de deux octosyllabes un peu dissimulés. Lisez en prononçant les « e » muets et faisant chanter les vers, sur un rythme binaire :
L’été plus vaste que l’empire
Un deux trois quatre / Un deux trois quatre
Suspend aux tables de l’espace
Un deux trois quatre / Un deux trois quatre
Plusieurs étages de climat.
1 2 3 4 /1 2 3 4
Et puis des ruptures ternaires (« sous la cendre ») permettent de ne pas s’endormir dans une musique trop répétitive.
Et enfin d’autres ruptures, même pas ternaires, pour rompre avec la facilité tout en revenant à chaque fois à l’octosyllabe fondamental. Voir le dernier vers de cet extrait :
Et mon cœur prend souci d’une famille d’acridiens…
1 2 3 4 5 6 / 1 2 3 4 5 6 7 8
Je rappelle qu’Anabase est un mot grec qui signifie la montée vers la terre, depuis les bords de mer. C’est dans le désert central de la Chine (« terre jaune », « l’Empire », « chamelle », « la fumée des songes »), que Saint-John Perse songea à reprendre à sa manière l’épopée de Xénophon.
J’ai vu chez ma mère les volumes de la Pléiade qui appartenaient à sa cousine psychanalyste. Cette cousine habitait et exerçait à Lyon, à deux pas de la faculté de philosophie où j’étudiais. Ma mère s’occupait de sa cousine lorsque cette dernière devint âgée. Je n’ai jamais eu la présence d’esprit de la connaître personnellement et d’écouter cette femme qui avait étudié en Angleterre et qui devait être un puits de science. Petit con comme je l’étais, je n’avais que mépris pour la psychanalyse freudienne et je ratai pour toujours l’occasion de communiquer avec ce membre de ma famille qui avait plus de connaissance que j’en aurai jamais.
Arrogance de la jeunesse. La seule fois où je bus un café avec la cousine psychanalyste et ma mère, au siècle dernier, je lui parlai de mes héros de l’époque, le philosophe Gilles Deleuze et le psychiatre Felix Guattari. On ne pensait que du mal de Freud, et on préférait de loin la psychiatrie et ses médicaments.
Je repense à ce café des quais du Rhône avec ma mère et sa cousine comme d’une séance amère.
Je lui parlai de la fameuse performance radiophonique d’un certain Abraham (si c’est bien son nom) qui séquestra son psy pour dévoiler les mécanismes de domination à l’œuvre dans la cure freudienne. La cousine de ma mère m’écoutait avec patience et tolérance, et tenta en vain de défendre gentiment sa pratique thérapeutique qui avait été toute sa vie. Ce fut un rendez-vous manqué, par ma faute.
Une fois, je fus invité à pénétrer dans sa bibliothèque, dans ce vieil appartement bourgeois du quai Claude-Bernard. Il y avait des tonnes de livres, des trésors. Une ligne de volumes de la Pléiade, les œuvres complètes de Freud dans l’édition d’Oxford. Une grande photographie vivante de l’esprit d’une femme intellectuelle des années 1960 aux années 1990.
Quand sa cousine mourut, ma mère fut bien triste car elle l’avait accompagnée dans sa fin de vie des années durant. Comme héritage, ma mère fut autorisée à choisir les livres qu’elle désirait dans cette immense bibliothèque. Ma mère se souvint de mon admiration devant la collection des volumes de la Pléiade. Elle en prit donc une brassée.
C’est ainsi qu’il y a la poésie de Saint-John Perse chez ma mère. Édition publiée en 1972. Ces volumes luxueux sont passés d’un grand immeuble bourgeois à un petit appartement de HLM. Cette année, alors que je fêtais Noël avec ma mère, j’ouvris le livre du prix Nobel 1960.
Le tout premier poème des Œuvres de Saint-John Perse parle de couleurs de peau et, entre autres, de relations de domination. Rappelons que le poète était un créole blanc. Il est né en Guadeloupe et y a passé son enfance.
Ses poèmes de jeunesse témoignent aussi d’un rapport homme-femme assez peu émancipateur. Le masculinisme de l’attitude comporte beaucoup de puissance poétique pour certains intellectuels.
Je me demande ce qu’en pensait la cousine de ma mère. Avait-elle une lecture psychanalytique de ces poèmes ?
Il neige à nouveau sur Munich et sa région. C’est une nouvelle assez excitante pour que je l’annonce sur ce blog dès l’aube.
On nous annonce 40 centimètres de neige au sol.
L’autre jour, chez Décathlon, on a vu plusieurs types de luge. Hajer n’a pas eu envie de pratiquer ce sport auguste, mais je ne pourrai peut-être pas résister.