La nuit dernière, je me suis réveillé vers deux heures du matin. Cela m’arrive souvent pendant le ramadan. Mon rythme de sommeil change complètement.
Comme beaucoup de gens ici, je prends mon unique repas de la journée au moment de l’appel à la prière du coucher du soleil, la prière du maghreb. Après cette rupture du jeûne, je mange tranquillement, puis je lis quelques pages. Parfois je vais prier à la mosquée. Je parle un peu avec Hajer, qui est restée en Allemagne. Je lui dis souvent que je vais la rappeler bientôt… et, la plupart du temps, je m’endors avant d’avoir tenu ma promesse.
Pendant le ramadan, je m’endors parfois très tôt. La digestion de cet unique repas demande tant d’efforts à mon corps qu’il me met en stand by et éteint la lumière pour travailler tranquillement. Or ma nuit normale ne dépasse guère six heures. Résultat : vers deux heures ou deux heures et demie du matin, je suis parfaitement réveillé lorsque je me suis endormi vers 20 h 30.
Cette nuit-là, au lieu de rester chez moi, j’ai décidé de sortir. Car pendant le ramadan, une ville arabo-musulmane est beaucoup plus vivante la nuit que le jour.
Dès que l’on met le pied dans la rue, on le sent immédiatement. Les cafés sont ouverts, les restaurants aussi. De nombreux petits magasins et même certains supermarchés continuent leur activité. La lumière est douce, l’air est plus frais, et la ville possède une énergie très particulière.
Je suis parti marcher dans le quartier ouvrier de Umm al-Hamam.
La promenade a duré plus de deux heures.
Il y avait une vie tranquille dans les rues, une activité calme, jamais bruyante. Des gens assis devant les cafés, quelques familles attablées dans les restaurants, des groupes d’ouvriers discutant doucement autour d’un thé.
Ce qui m’a frappé le plus, ce sont les livreurs de pain. Beaucoup de Pakistanais transportaient d’impressionnantes piles de pains ronds, des galettes empilées sur leurs bras ou dans des caisses. Ils allaient probablement approvisionner des cantines, des petites échoppes ou préparer les repas de l’aube pour les ouvriers qui vivent ensemble dans les foyers.
Il y avait aussi de bonnes odeurs de nourriture dans l’air.
Du riz, du poulet grillé, des sauces épicées.
Je suis passé devant plusieurs restaurants. J’aurais pu me commander un petit dîner. Mais curieusement, la tentation n’était pas très forte. Je me suis dit que je n’avais pas vraiment envie de manger du poulet et du riz au milieu de la nuit. Alors j’ai continué à marcher.
Finalement, ce quartier d’Umm al-Hamam que je connais surtout pendant la journée s’est révélé extrêmement agréable la nuit.
Une ville calme, éclairée et conciliante.
Vers quatre heures et demie, je suis rentré chez moi.
Je me suis préparé un café. Non par gourmandise, mais par prudence : je savais que la journée sans caféine serait longue.
Pendant que je buvais, j’ai entendu l’appel à la prière de l’aube.
C’était le moment de faire une petite prière, puis d’aller prendre une douche.
Et enfin de me recoucher.
Le ramadan a cela de particulier : il transforme les jours et les nuits. Il déplace la vie.