Les gars de la marine

Lisant que la Chine va se lancer dans la construction de deux porte-avions en 2009, je me suis demandé combien nous en avions, nous, de porte-avions, en ce moment. Et aussi qui possède de tels engins, sur la planète. Si le fait que la Chine s’en dote de deux mérite une attention inquiète, c’est que ce sont des objets de haute valeur, au moins symbolique. Qui sait ce genre de choses ?

Je m’aperçois qu’au 1er janvier 2006, la marine nationale française ne possèdait que le « Charles de Gaulle » (n°R91, d’un effectif de 1950 hommes et d’une vitesse de 27 noeuds, ce qui visiblement est extrêmement rapide pour un bateau.)

C’est peu, comparé à la Chine qui s’en construit deux. Mais peut-être qu’à Cherbourg, à Saint-Nazaire, à Brest ou à Toulon, nous nous en construisons, nous aussi, de rutilants.

Je suis injuste avec notre marine. En plus du « Charles de Gaulle », nous avons des « bâtiments de projection et de commandement ». Le « Mistral » et le « Tonnerre ». Ce sont des porte-hélicoptères super balaises, amphibies et capables de procéder à des débarquements sur 70% des plages du monde entier.

Vous, quand vous entendez le mot « plage », vous voyez un corps de femme presque nue, allongée sur du sable blanc. Ne protestez pas, je le sais, c’est cela que vous voyez. Or, la plage, c’est bien plus que cela. C’est surtout un lieu d’ouverture sur un pays. Une côte c’est une immense invitation au débarquement et à l’invasion.

Or, en regardant mieux la liste de la flotte française, on note que les bâtiments ne sont pas égaux face aux noms dont on les affuble. Les sous-marins nucléaires ont des noms qui font frémir : Le Triomphant, le Téméraire, le Terrible, voire l’Inflexible, cela vous glace le sang. Imaginez que vous draguiez une femme, et que cette dernière vous dise : « Mon mari est officier dans Le Terrible« , je gage que vous seriez moins entreprenant dans vos approches, si tant est que la seule mention du fait qu’elle est mariée ne vous ait pas déjà fait reculer, fuyant devant l’effroi d’un adultère sacrilège. 

Les patrouilleurs, en revanche, ont des noms beaucoup plus poétiques : L’Albatros, cela vous ramène à des souvenirs baudelairiens et vous fait déjà moins peur. Mais que dire des patrouilleurs comme L’Audacieuse, La Boudeuse, La Capricieuse ? Il y a toute une liste de noms terminant par le même suffixe féminin.

Il faut penser à ces matelots, qui s’engagent pour la France, qui bravent tous les dangers, et qui, dans les bars des villes portuaires, doivent toujours supporter le regard des autres quand ils annoncent qu’ils travaillent à bord de La Gracieuse.

Et la conversation, entre une armoire à glace qui descend du Téméraire, et un de ces matelots sur patrouilleurs : « Fouya! Ras l’cul de ce Téméraire ! Trop dur et trop dangereux. Vivement la quille, que je retourne voir ma Paimpolaise dans la rade de Brest.

– Sûr, mon colon! C’est comme moi, vivement que les patrouilles touchent à leur but. Je me languis de ma brune, à Gibraltar. Alors, comme ça, Le Téméraire, hein ? Sacré rafiot, palsambleu.

– Ouaip, ça tu peux le dire. Et toi, où c’est que tu travailles donc ?

– Moi ? Je suis officier sur la Moqueuse. »

Je n’y connais rien à l’armée, mais je crois bien que dans une situation comme celle-là, la hiérarchie ne pourrait plus empêcher les gars du sous-marin de lancer quelques vannes (sans jeu de mots).

Allez savoir, c’est peut-être pour des raisons stratégiques, qu’on les a appelés ainsi, les patrouilleurs. Pour qu’ils choppent la honte et ne traînent pas trop dans les bars de Hambourg ou d’ailleurs, et surtout, pour que les matelots des patrouilleurs parlent le moins possible avec les gars des sous-marins.

Il faudrait peut-être donner le tuyau à nos amis chinois. « Jouez bien sur les mots. Pour éviter les fuites entre vos sous-mariniers et vos patrouilleurs, n’oubliez pas d’humilier vos patrouilleurs. Après tout, il faut bien récompenser les uns de rester toujours sous l’eau, et faire payer les autres de passer leur vie à faire des croisières subventionnées ! »

7 commentaires sur “Les gars de la marine

  1. Quoi qu’il en soit, et néanmoins, une dernière pensée avant d’aller travailler : s’il faut repenser le tourisme sur une base contemporaine, ce qui me paraît une très bonne idée, alors il faut sans doute repartir de franchement loin : le rapport intime à l’espace géographique, mais aussi peut-être (surtout ?) le rapport à l’espace « global » médié par Internet : on n’est plus en voyage/tourisme/déplacement de la même manière quand on s’envoie des email, consulte ses amis facebook et papote sur les blogs en temps réel à travers les océans, de même qu’on habite plus l’espace géographique de la même manière quand on surfe.
    C’est évident, mais ça reste quand même révolutionnaire et largement impensé.
    Bref, plein de boulot sur la planche pour ta thèse.

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  2. Ma thèse ne se chargera pas de problèmes si brûlants Mart.
    La moqueuse, où en sont tes études de latin ?

    Je m’en veux de n’avoir pas traité de cette question des noms de patrouilleurs aux officiers de la marine que j’ai croisés lors d’un mariage cet été. Cela nous aurait pas un vrai sujet de conversation.

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