Déchéance de la conversation

Son livre sort ces jours-ci, mais j’avais écrit, en juillet 2007, sur une rencontre avec Jean Rolin qui parlait déjà des chiens errants.

J’avais oublié.

J’avais oublié le billet, pas la rencontre, qui n’avait rien eu, d’ailleurs, de pétillant.

Je crois que Rolin et moi avons un point en commun. Nous ne fuyons pas les conversations, nous ne les prenons pas pour une perte de temps, mais nous ne les prenons pas trop au sérieux non plus.

Plus je vais, plus je trouve que les gens font en sorte d’esquiver les conversations. Ils ont toujours des choses plus importantes à faire, plus urgentes, plus significatives. Et quand ils se parlent, ils se limitent à l’exercice, prétendument reposant, du colportage de ragots. Ou alors, ils se satisfont de généralités, qu’ils profèrent avec joie, pour ne pas paraître ridicules, ou prétentieux, ou arrogants. Inversement, ils prennent tellement au sérieux les échanges de paroles, ou la puissance des mots, qu’ils croient tout ce qu’on leur dit. Cela fait système, notez bien: pour que je puisse avoir des ragots à colporter, il me faut croire à ceux que j’ai entendus.

24 commentaires sur “Déchéance de la conversation

  1. Il est si difficile d’avoir un bonne conversation…
    Déjà, il faut un langage commun, alors que nous donnons des tas de connotations aux mots qui génèrent autant de dialogues de sourds.
    Ensuite, il ne faut pas considérer la conversation comme un art de la guerre, ce qui suppose un bon stock de gentillesse et pas mal d’empathie, et qui exclue de fait les gens pas très sûrs d’eux-mêmes qui se sentent offensés dès qu’on leur montre qu’ils ont tord.
    Tertio, il faut aussi avoir envie de parler de la même chose au même moment et dans la même optique, ainsi qu’un milliard d’autres conditions presque jamais remplies au même moment.
    Bilan, dans la vie « réelle », une vraie conversation est un miracle. Sur Internet, en revanche, c’est un peu plus fréquent (pour diverses raisons, comme la disparition du pb 3, l’usage de l’écrit à la place de l’oral, etc.).

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  2. Je proposerais quant à moi deux autres définitions :

    – Papotage = art de palabrer avec d’autres, comme une promenade, en cherchant le partage de sympathie
    – Conversation = art d’analyser en commun un sujet, en cherchant la vérité.

    On ne se fâche jamais en papotant, souvent en conversant.
    Tout le monde sait papoter, peu savent converser.
    Il est plus agréable de papoter que de converser.
    Il est plus intéressant de converser que de papoter.

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  3. « Il est plus intéressant de converser que de papoter. » bon ok c’est vrai , les conversations de ce blog me manquent…pas plus d’une semaine j’ai tenu….bwaa

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  4. Ah oui, mais on sait bien aussi qu’il n’y a pas de vérité en-dehors de la sympathie, comme l’avait bien remarqué Mart, mais peut-être pas dans le même sens. En ce sens, pas de conversation sans « papotage »; mais moi, je ne parlerais pas de papotage, je trouve que ça fait con, « papoter ». Au Gabon, on appelle ça « congossa ». Si je devais un jour « papoter », ou « congosser », que Dieu me culbute, je préfererais devenir sourd. Non, la conversation s’appuie sur une sympathie réelle et silencieuse.

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  5. Pourquoi s’epuiser a essayer de converser quand il est si simple de laisser parler les grand(e) s maitre(sse)s du monologue a episodes qu’il y a dans notre entourage ? Moins seraphique que Ben, j’ai toujours pense qu’ une petite dose d’antipathie intellectuelle est le meilleur tonique de la conversation. Je ne converse guere, mais il me semble que je ne converserais bien qu’avec des esprits que j’aurais secretement envie de baffer.

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  6. « on sait bien aussi qu’il n’y a pas de vérité en-dehors de la sympathie » – peut-être, oui… ou non… en fait j’imagine plusieurs sens possibles à ce que tu dis, tu n’as pas envie de préciser un peu ?

    On peut comprendre, par exemple (sens auquel j’adhère), que, comme le langage est peu précis, il faut de la sympathie pour compléter dans le bon sens les imprécisions d’une formulation. C’est ce qui évite les dialogues de sourds.

    On peut aussi entendre, par exemple (sens auquel je n’adhère pas), qu’il n’y a pas de vérité sur terre au sens objectif, que tout est relatif, tout est affaire de perception, et que la seule vérité qui vaut c’est celle de l’amour et de la sympathie.

    Après, pour en revenir au choix ce mot, c’est vrai que « papoter » est un peu ridicule, mais je ne voulais pas le dévaloriser. S’il fallait choisir entre vivre sans papoter et vivre sans converser, personnellement je choisirais d’abandonner la conversation plutôt que le papotage malgré ma passion pour les bonnes conversations.

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  7. Petit etudiant en lettres (d’abord tu n’es pas petit, non) du 23eme siécle qui étudie sur les conversations littéraires du début du vingt et uniéme siécle (oui c’est pas folichon je sais, il y’a mieux comme période, comme époque, personne n’a envie d’y vivre d’ou tu écris, d’ailleurs tout le monde se fout de ta gueule avec ton sujet de master : « le tchat , histoire d’une réinvention de la conversation littéraire : l’exemple des Sages Précaires »….); oui note bien ce post de Mart sur l ‘art de converser ou papoter, ca peut t’aider…enfin j’espére…

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  8. Reprenons les trois conditions données par Mart : 1- langage commun, 2-Acceptation de la contradiction, 3-Accord thématique. C’est assez vrai, mais je doute que leur réunion tienne du miracle. Beaucoup dépend, je suppose des années d’études et de la rencontre de bons conversationnistes. Des gens comme moi travaillent peu à la bibliothèque et développent plutôt des stratégies d’apprentissage orales, par des débats, des disputes et des rigolades.
    La sympathie est en effet un facteur essentiel, pas seulement pour l’aspect empathique de la chose, mais parce qu’en étant proche de son interlocuteur, on a plus de chance d’utiliser les mots dans un sens approchant. Les copains de facs, les camarades de lycée, par exemple, découvrent des auteurs en même temps, des concepts, leurs préjugés se ressemblent, et en en discutant, ils développent des capacités discursives dont d’autres, plus sérieux, plus doués même, n’ont qu’une lointaine idée. L’école n’encourage pas trop cette aptitude à la conversation : un bon élève saura utiliser une rhétorique adéquate et brillante pour satisfaire une administration et plaire à un professeur, et c’est une rhétorique qui étouffe la conversation orale, car un prof note et commente dans la marge, il ne relance pas, ne rebondit pas et ne contredit pas l’élève. Il juge seulement et le bon élève jouit d’être jugé positivement par une armée de professeurs ravis d’un tel miroir, gratifiant pour eux. Parler avec les camarades doit se limiter au minimum. Les échanges où l’on s’engage sincèrement lui sont inutiles et perte de temps. Solitude langagières de nos élites.

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  9. « Utiliser des mots dans un sens approchant », franchement, c’est un idéal pour qui ? On s’en fout du sens approchant, et des autres aussi. A vrai dire, de la conversation aussi, à la limite. Vous aurez besoin de « converser » aussi longtemps que vous aurez du vide à remplir avec une activité aussi inutile que la recherche d’un accord statique entre gens de bonne société. Ce qui compte, ce n’est pas l’accord sur les mots, ou entre les gens, ou avec les morts, c’est le déséquilibre qui provoque le mouvement, c’est de vivre ensemble un truc que vous n’auriez pas vécu séparément. Aller plus loin vers le grand Truc.
    La sympathie, c’est de pâtir ensemble dans le voyage vers le grand Truc, vérité objective ou production d’une vraie idée, peu importe.

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  10. Ben, c’est toi qui réduit la conversation à la recherche d’un accord statique.
    Personnellement, je me moque des accords statiques. Ce que j’adore, en revanche, c’est me servir de l’énergie propre à la conversation pour aller plus loin dans la compréhension des choses, pour percer le brouillard, ou pour déstabiliser mes croyances, pour remettre sur le métier ce que j’ai peut-être pensé 1000 fois, pour adopter un autre point de vue que celui que j’avais jusque là, pour interroger, bref : pour entretenir le mouvement de la pensée.

    Le miracle, Guillaume, c’est peut-être juste pour le gens comme moi qui n’ont pas grandi dans un un milieu qui leur convient. Mes compagnons d’étude, par exemple, c’étaient des ingénieurs agronomes. Impossible d’avoir avec eux la moindre conversation sur, par exemple, la fiction, ou l’art de la conversation. Avec mes collègues commerçants d’aujourd’hui, j’éprouve aussi quelques difficultés. Bref, pour moi, c’est un miracle. Sinon, je parlerais plus in vivo et moins sur ce blog.

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  11. Bel éloge de la conversation, Mart.
    Quelle réduction ? nous voyons bien qu’il n’y a pas d’accord, mais nous le voyons et nous allons ensemble vers le brouillard. C’est ça, la « sympathie1 ». En ce sens, qu’il y a une traversée des affects attachés aux mots que nous « souffrons » de concert.
    Que pourrait-il y avoir en dehors de cette « sympathie1 »? Un accord agréable dans lequel nous pourrions nous retrouver entre personnes « sympathiques2 ».
    Moi je vous le dis : sans empathie (« sympathie1″), la conversation n’est rien qu’une sorte de mondanité superficielle. C’est l’empathie qui, tout à coup, bouleverse les distances, rend les questions réelles et crèe la nécessité de la pensée.
    De ce point de vue, la divergence et l’envie de coller des baffes, l' »antipathie2 » paraissent le plus sûr moyen de casser cette nécessité. Je suis sûrement séraphique, mais en fait il y a autre chose : la séduction crèe plus de désir que le dégoût.
    Je concluerai donc que la « sympathie1 » est la condition nécessaire mais non suffisante de la conversation, tandis que la « sympathie2 » en est l’essence.

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  12. Dolphino, je ne me doutais pas qu’il y avait un ingénieur agronome tapi dans l’ombre qui nous écoutait. Sont-ce des femmes ingénieurs agronomes qui vous ont ainsi flatté ?

    Ben, je ne saurais être plus dynamiquement d’accord avec toi.

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  13. Parler ou faire la conversation, tout est la. On ne fait pas la conversation a ceux qu’on aime. On leur parle. On ne fait pas non plus la conversation quand on a reellement quelque chose a dire. On dit. Et si on attend vraiment une reponse, on ne se contentera certainement pas d’une conversation. Les parlottes ne font pas grand chose pour la parole.

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  14. « Parler ou faire la conversation, tout est là. » C’est un peu flippant comme alternative, car c’est une vision du langage où il n’y a pas d’échange. « Faire la conversation à quelqu’un » n’est pas « avoir une conversation avec quelqu’un », c’en est un opposé, puisque le premier implique l’action d’A sur B, et le deuxième amènage un espace où A et B cherchent à comprendre quelque chose ensemble. On « fait la conversation » à des vieux, à des malades, à des gens qui sont seuls, qui ont besoin de réconfort, et alors on ne s’occupe surtout pas de penser, de contredire ou d’argumenter (même si tout est possible).
    La conversation est un mode du langage où le sens apparaît au fil de l’action et dans la rencontre des arguments. Il ne s’agit pas de se contenter d’une conversation, mais d’en avoir ou pas, si j’ose dire. Beaucoup de gens se limitent peut-être à parler et à faire la conversation, et je suis sûr qu’ils ne s’en portent pas plus mal.

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  15. cette conversation, ce débat est chiant a mourrir…moi je dis les choses comme je pense et quand quelqu’un me don,ne envie de baffer…je baffe ! je suis comme çà moi

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  16. non, tu ne saisis pas. Bien sur qu’il y a un echange dans la parole (!) Mais la conversation est un peu un succedane de la parole quand on n’a rien de particulier a se dire. C’est un peu comme la blanquette de Limoux et les Instituts Francais. Ca a l’air d’être quelque chose, comme on dit c’est mieux que rien. Mais en fait ce n’est rien. C’est du vent et des bulles. Ca distrait un peu quand on se fait chier, voila.

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  17. et quand tout vous fais chier ? meme les conversations ur les conversations (qui font la mal a la tete) et ebien on va faire caca : ) On va chier sa blanquette de Limoux !!

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  18. Un ingénieur agronome, ça fait ce que ça peut. Ca dit des conneries comme ça les pense, ça donne des baffes quand ça lui prend, et ça va faire caca quand ça a mal à la tête. C’est mignon mais si j’étais ingénieur agronome, ça me ferait un peu honte.

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  19. Deux résolution en ce début d’année du Buffle, que je vous souhaite longue et prophylactique : 1- Effacer des commentaires encombrants et stupides. 2- Ne pas répondre aux commentateurs qui disent que je n’ai pas compris.
    Pour exister sur ce blog pendant toute l’année du Buffle, il va falloir appliquer un minimum de savoir-vivre conversationniste.

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