Bashung est mort

Son dernier album m’avait laissé froid, cet été, lorsque je l’écoutais dans la voiture de Ben. En fait, plus je l’écoutais, plus je l’aimais, comme souvent avec la musique. C’est un art du temps, il lui faut du temps. Ben était plus indulgent que moi, mais Ben est toujours plus indulgent que moi, sauf quand il est plus sévère. Je trouvais, à la première écoute, qu’il y avait peu d’inspiration.

 

Plus tard, dans l’été, Mathieu me gravait un CD avec tout un tas de groupes très chouettes, et très utiles pour frimer avec les jeunes femmes qui s’y connaissent (merci Mathieu, cela m’a permis à quelques reprises d’avoir l’air un peu moins vieux con qu’à l’ordinaire.) Aux côtés des groupes « post folk », il mit le dernier Bashung. Mathieu est un fan de Bashung, c’est ainsi. Je lui fis part de mes réserves, et qu’à mon avis, depuis qu’il avait perdu beaucoup d’humour (en perdant ses paroliers des années 80) ses albums étaient devenus un peu pénibles. Je dis à Mathieu : « C’est simple, on dirait qu’il était déprimé et que des copains, pour l’aider à s’en sortir, l’ont pris par la main pour faire un album, sans qu’il ait rien d’autre à faire que chanter. » C’est là que j’appris qu’il était malade.

Il faut être juste. Ce dernier album est en fait très bien, surtout le poème de Desnos, qui me fait penser à Liverpool chaque fois que je l’entends. Mais il est très bien grâce à la voix de Bashung. Aucun autre chanteur français n’aurait pu habiter ces vers. Sa voix a une ampleur, une puissance naturelle, qui a été longuement travaillée. Entre la voix rauque de Gaby et la voix chaude de Venus (qu’on ne trouve ni sur Youtube ni sur Dailymotion), toute une vie de travail d’un interprète hors pairs.

21 commentaires sur “Bashung est mort

  1. Je ne sais pas si il a perdu son humour depuis les annees 80, mais on ne peut pas laisser dire que depuis c’est moins bien…c’est different, plus profond, plus moderne aussi. Il a suivi une evolution c’est tout. Il a cree un style unique qui n’est ni du Gainsbourg, ni du Hallyday… C’est etonnant que Bashung soit decede au moment ou le SP est aux alentours de la BNF : l’un de ses paroliers des annees 90/2000 n’est autre quOlivier Cadiot, un poete contemporain tres important et un auteur de theatre tres interessant et marrant aussi (quand on ne part pas du principe que le poetic c’est chiant…). Or, j’ai devore du Cadiot et tout ce qu’il y avait de lui et sur lui essentiellement a la BNF,dans la salle de lecture de litterature francaise il ya quelques temps.  » Art poetic »,  » Futur, Ancien Fugitif », des poemes en revue…Un auteur que je vous recommande et dont le souvenir de lecture est lie pour moi de facons indelebiles a la BNF…
    Curieusement j’ai toujours aime Bashung mais je n’ai aucun disque de lui : si un CD de compilations des chansons des annees 80 achete a…Nankin pour trois fois rien et que je faisais ecouter aux eleves pour voir leurs reactions ou en salle des profs en compagnie de Sigismond, rive sur ses travaux linguistiques…le reste, c’est comme le SP, j’ecoute chez les copains ou me fait preter le disque …

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  2. En plus le mot  »Melody » en haut a gauche de l ‘ecran me fait irremediablement penser a une delicieuse secretaire (pur ne pas dire une bombe…) de l’Alliance Francaise de Nankin …(qui y est toujours d’ailleurs…)

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  3. Mon copain Mathieu est aussi un fan de Cadiot et il m’avait gravé la très belle version du Cantique des Cantiques, traduite par Cadiot (avec l’aide d’un philologue) et mise en voix par Bashung et sa femme. Je crois que le couple avait fait cette lecture/performance pour leur mariage, ce qui a une sacré gueule. Il me semble aussi que Burger était de la partie, que c’est peut-être lui qui avait fait l’arrangement musical.
    Sinon, Olivier Cadiot, moi ça ne m’a jamais impressionné. J’ai lu plusieurs livres de lui, toujours chez Mathieu, lorsque ce dernier m’hébergeait à Paris, et je ne peux pas faire autrement qu’avouer que je n’ai ressenti de frisson.

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  4. C’est pas vrai ! nous sommes donc tous mortels, c’est sûrs.

    J’ai acheté deux albums avant de partir dont le dernier Bashung. A la Lopé, Gabon, fin octobre, j’emmerdais tout le monde car je le passais tout le temps, dès que les mecs allumaient le groupe à la tombée de la nuit.
    J’adore l’album très mélancolique (surtout  » Tu m’as manqué » et « comme un légo »).
    Ces derniers jours, je l’écoutais de nouveau beaucoup.
    Hier aprèm, je me suis éveillée en larmes d’un rêve pénible dans lequel, au terme d’une cérémonie Bwiti, je perdais quelqu’un que j’aime et que j’ai vraiment perdu dans la vraie vie. Au bout d’un moment, je ne sais pas pourquoi car ça ne m’arrive jamais, j’ai pensé à Bashung en me disant qu’il était encore là, lui, et que c’était au moins ça.
    C’est le genre de mec sensible qui peut comprendre des choses comme la douleur d’aimer et tout ce genre de trucs qui vous remplisse une vie et la vide en même temps.
    Puis je me suis dit qu’il pouvait mourrir aussi en me demandant où il en était au niveau santé ( la photo sur son dernier album laisse voir un homme assez fatigué par la vie). Enfin, surprenant ce genre de coincidence, ou d’intuition, qui se font la part belle dans mon existence : « j’ai crevé l’oreiller, j’ai dû rêver trop fort  »
    Mon père ( même génération) le mettait souvent quand on faisait des voyages en voiture tous les deux, ou pour me réveiller le matin dans la bonne humeur (très fort). C’est le poète de mon enfance qui vient de partir, je n’ai pas raté un seul de ses albums, il y a des vynils de lui dans notre cambrousse, en France.

    En dehors des considérations sentimentales pures, il faut dire que Bashung était un maestro du Rock and roll d’un genre tout à fait à part, le musicien de la maîtrise du verbe et de la note, qui a toujours su se renouveller et évoluer de façon étonnante. Respect.
    Je me souviens de « Fantaisie militaire », totale maîtrise, rien à ajouter, rien à enlever, tout faisait sens avec brio et sobriété.
    Nous étions nombreux à l’écouter et le réécouter, à Lyon, en Bourgogne, « T’as écouté le dernier Bashung, pas croyable, non ? « . Une sorte de confrérie de la Bashungitude s’était créée, ménageant dans nos vies un espace de poésie et de magie par la musique.
    On peut voir Bashung acteur, dans une belle scène avec Arnaud, son pote chanteur francophone génial aussi, dans « J’ai toujours rêvé d’être un acteur » de Samuel Benchetrit, sorti l’an dernier.

    Bashung est mort, vive Bashung !
    Un deuil national doit être décrétée, boissons, clopes, et bien sûr musique et écriture sont obligatoires, tandis qu’emmerderies de la vie sociale contemporaine, surdimensionnant la place du travail vain et du profit sont interdits, jusqu’à nouvel ordre.
    Bye,
    Zeblues

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  5. … la chanson que j’aime le moins dans son dernier album. Sans doute à cause du texte de Gérard Manset, dont je trouve la poésie un tout petit peu frelatée. Je n’en démords pas, pour moi c’est le poème de Desnos, « Vénus », qui représente le sommet de cet album. Non seulement pour la poésie de Desnos qui est loin d’être frelatée, mais pour la voix de Bashung qui a réussi à rendre le poème, chose très difficile, plus difficile que de chanter juste.

    « Là un dard venimeux, là un socle trompeur
    Plus loin, une souche à demie trempée dans un liquide saumâtre
    Plein de décoction d’acide qui vous rongerait les os
    Et puis l’inévitable clairière amie
    Vaste, accueillante, les fruits à portée des mains

    Elle est née des caprices
    Pomodore, pêche de diamant

    Toutes ces choses avec lesquelles il était bon d’aller
    Guidé par une étoile, peut-être celle-là
    Première à éclairer la nuit
    Vénus. »

    Essayez d’en faire quelque chose de musical, vous!

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  6. C’est drôle, moi j’ai jamais réussi à le prendre au sérieux. Je n’y crois pas, quand je l’entends. Ce que je perçois, moi, c’est un type qui surjoue, qui force l’intensité, un type pris dans un trip narcissique de poète intense à la voix caverneuse et tragique, qui force les effets comme un poète ado qui souffre en s’observant dans le miroir pour admirer la beauté de sa noirceur.

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  7. Oui, c’est pour ça que j’ai toujours préféré Bashung quand c’était drôle. Dès que ça ne l’est plus, j’avoue que je ne suis plus emballé du tout. Mais je ne trouve pas qu’il force sa voix. Il la travaille, ainsi que sa prononciation, et parfois ça rend magnifiquement.

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  8. Je dois réécrire mon com qui a été squeezé par ton site, pour la deuxième fois en 2 jours ( j’avais pas mis mon mail), le premier texte était meilleur, plus spontannée et plus juste. Trop pénible.

    Je dois réécouter Vénus.

    Pour le côté travaillé de Bashung, ok, mais je ne trouve pas que ce soit un défaut, on entend tellement de trucs torchés à la truelle, vite fait, avec des effets de facile séduction qui déplacent des foules. Il passait par quelque chose de très construit pour arriver à un effet pas forcément facile, mais où tout est porteur de sens, comme dans un film de cinéma.
    Surjoué en revanche, je ne crois pas. Je trouve Bashung essentiellement sincère et je reçois sa musique directement dans mes tripes et en même temps elle me parle comme quelque chose d’essentiel à mon être.
    Manset me fait d’ailleurs le même effet.
    Je ne m’y trompe pas, il ne s’agit pas vraiment d’une réception instinctive, mais bien du résultat d’une éducation, qui fait que l’on construit sa pensée, ses affects avec une musique ou un art faisant intimement sens pour soi, au point que son écoute ou sa réception nous rende d’un seul à nous même et nous émeuve. Les gens qui n’ont pas écouté Manset depuis toujours le supporte difficilement et le trouve triste glauque et trouve qu’il chante mal. Mais pour moi qui l’ai écouté depuis l’enfance, sa voie me semble être, par sa tonalité et les mots qu’elle porte l’exacte expression de la vérité de l’homme, dans son aspect tragique, existentiel, historique.
    Cela m’amuse de voir comme cet héritage culturel se transmet ou plutôt permet aussi à mes enfants de construire du sens. Mon cadet Gaspar par exemple, qui se passe en boucle  » Comme un guerrier » de Manset et dit à notre nounou congolaise, Grâce, « Ecoute Grâce, c’est une chanson vraiment magnifique, tu trouves ça beau, Grâce ? »
    Et Grâce trouve ça beau oui, vraiment elle est touchée.

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  9. Je ne sais pas. Personne n’a le cd chez lui, pour vérifier ? Ou les oeuvres complètes de Desnos ? Moi, non, je le dis tout de suite.
    Su internet, un jour j’ai lu que le poème était de Gérard Manset, mais je ne peux pas y croire, mais pas une seconde.
    Jusqu’à preuve du contraire, je dirai Desnos, et ce jusque dans la tombe.

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  10. D’accord, ma mémoire me fait bien défaut, et de plus, mon sens poétique bat complètement de l’aile. Merci erwan et céleri en rémoulade pour cette double bonne nouvelle.

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