Le départ de ma voisine

Ma petite voisine slave est retournée dans son pays.

Elle dormait à côté de moi, dans la chambre voisine de la mienne, et avait toujours peur de me déranger. Me déranger, moi ? disais-je.

Je dis « ma petite voisine slave » car elle vient de Slovaquie, et qu’elle est petite, comparée à moi. C’est une artiste. Elle réalise des films d’animation qui tournent autour du thème du corps, de ses impuretés et de ses gloires potentielles. Elle ne m’a donné à voir ses créations que récemment, juste avant de partir de Belfast. Je crois comprendre pourquoi, maintenant : sur un des films, une femme apparaît nue sous toutes les coutures, si j’ose dire. Il se pourrait bien que cette femme nue soit ma voisine elle-même, la chevelure et une légère scoliose le font en tout cas penser.

Je lui ai offert d’aller voir l’ouest de l’Irlande avant son départ. Elle n’avait rien vu de l’île, en dehors de Belfast, en six mois d’immigration où elle a pris des cours d’anglais et fait la plonge dans un petit restaurant. Nous avons loué une voiture et sommes allés nous recueillir sur la tombe du grand poète W.B. Yeats, dont elle était une lectrice émerveillée.

Sous la bienveillance de l’imposant massif Ben Bulben, célèbre pour sa forme et pour son rôle sacré dans les anciennes pratiques religieuses, le souvenir du poète (que je croyais enterré en France, mais peut-être a-t-il été ramené à Sligo, où il n’est pourtant pas né) est conservé grâce à ces vers gravés dans l’entrée du cimetière :

Je suis pauvre, je n’ai plus que mes rêves.

J’ai déroulé mes rêves sous tes pieds.

Marche doucement, car tu marches sur mes rêves

sligo-et-westport-mars-09-018.1238282091.JPG sligo-et-westport-mars-09-020.1238282258.JPG

Mon amie slovaque aimait la poésie de Yeats, mais pas beaucoup sa personnalité, qu’elle trouvait trop faible avec les femmes.

Catholique, elle a voulu faire l’ascension du Croagh Patrick, dans le comté Mayo. Je l’ai laissée y aller toute seule. J’avais peu dormi et je l’ai attendue dans un café. Quand elle est descendue du Croagh Patrick, elle m’a dit que c’était décevant, et que c’était dangereux, qu’elle était tombée et qu’elle avait abîmé son appareil photo.

Elle me demandat souvent à quoi je pensais, mais je ne pouvais pas décemment lui dire à quoi je pensais.

Elle est partie pour de prétendues raisons familiales, et ma maison a perdu la seule touche féminine qu’elle possédait.

5 commentaires sur “Le départ de ma voisine

  1. C’est une montagne où Saint Patrick aurait jeûné pendant 40 jours, au Ve siècle. C’est depuis cette époque que tous les serpents auraient disparus de l’Irlande. Je ne suis pas certain que les serpents seraient du genre à se reproduire sur une île telle que l’Irlande, mais je me tais.
    Les pèlerins gravissent parfois à pieds nus. Tom, par exemple, l’a fait, et n’a pu marcher pendant deux semaines, provoquant les sarcasmes de ces amis dublinois.
    Pour ma part, je suis passé par là au printemps 1999, il y a tout juste 10 ans, lorsque nous avons traversé le Connemara à pied avec Philippe. Il s’en souvient, et il en parlerait ici s’il pratiquait un tant soit peu l’internet. Le bougre.

    J'aime

  2. Que la peste soit de ce bougre et de tous ceux qui lui ressemblent en s’emmurant dans le mutisme. Il pratique l’internet lorsque les gros doigts boudinés et calleux de ses mains tremblantes d’alcoolique réussissent à éviter de taper deux touches de son clavier à la fois, mais il estime qu’il serait déplacé et indigne d’un charpentier-couvreur qui se respecte d’ajouter le moindre commentaire sur un blog . On aurait pourtant bien besoin, des fois, d’un peu de soutien des vieux potes.

    J'aime

  3. « Je dis “ma petite voisine slave” car elle vient de Slovaquie »
    (post du SP)

    com/pst de com: slave ou slove? ha que coucou faudrait savoir, parce que le déraangement lorsqu’on n’est qu’à deux doigts de l’autre côté de la cloison, c’est là la question. Je ne vous dérange pas, c’est y que ça vous démange?

    J'aime

  4. le déraangement lorsqu’on n’est qu’à deux doigts »
    (autocom du le 29 mars 2009 à 13:29 )

    coquille: deux a à dérangement, pour figurer les deux doigts qui suivent certainement, ou pour intensifier la d’aimant-geaison qui a ses raions que le voisin ne reconnaît pas systématiquaimant. Jusqu’où ça va se nicher la coquillologie!

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s