Infamie du « commerce équitable »

Mes amis brésiliens détestent voir la mention « Fair Trade » (commerce équitable) sur les produits des grands magasins. Ils trouvent cela humiliant. Leur argument est simple et diaphane : ce sont les taxes élevées qui empêchent nos producteurs de vendre dans les pays riches. Baissez vos taxes, mettez-les au même niveau que celles que rencontrent vos produits quand ils entrent sur nos territoires, et vous verrez que nous n’auront pas besoin de « Fair Trade ».

Ce qu’ils trouvent vraiment humiliant, c’est que dans ce processus des produits plus chers, étiquetés « Fair Trade », les Européens semblent faire une faveur aux producteurs du tiers-monde. Ils reproduisent et fossilisent l’image d’un tiers-monde misérable, incapable de s’en sortir par lui-même, alors même que les pays riches font tout pour laisser la majorité du monde dans la pauvreté.

Nous parlions de cela avec un Irlandais au fait des problèmes du monde, et celui-ci critiqua l’idéologie de la charité en général. J’étais d’autant plus d’accord avec lui que j’avais déjà fulminé contre l’ignominie de la charité. Mais ce qui m’interloquait ici, c’est qu’on ne devrait pas appeler le commerce équitable, « charité ». La charité ne devrait pas intervenir du tout dans le commerce.  Pour dire les choses autrement, tout commerce devrait être « équitable ». Le commerce normal, c’est l’accord entre deux parties sur la qualité d’un produit et son coût. Les deux parties marchandent, discutent, jusqu’à trouver un accord qui les satisfasse. Or, aujourd’hui, nous avons tellement intégré l’idée que nos industriels écrasent les petits producteurs, ou foulent aux pieds les pays pauvres, que nous acceptons avec magnanimité de voir l’équité dans les échanges comme une exception.

La règle, c’est que nous écrasons tout le monde, l’exception c’est quand nous payons au prix normal. Et quand nous payons au prix normal, nous le faisons en disant que nous venons en aide aux pauvres. Pas sûr que les gens charitables ne soient pas finalement pires que ceux qui s’en foutent carrément, car ceux-là au moins ne sont pas hypocrites. Et la charité, le commerce équitable, sont des inventions qui nous aident à écraser les gens tout en nous donnant une image de personnes généreuses.

28 commentaires sur “Infamie du « commerce équitable »

  1.  »La règle, c’est que nous écrasons tout le monde, l’exception c’est quand nous payons au prix normal. Et quand nous payons au prix normal, nous le faisons en disant que nous venons en aide aux pauvres. Pas sûr que les gens charitables ne soient pas finalement pires que ceux qui s’en foutent carrément, car ceux-là au moins ne sont pas hypocrites. Et la charité, le commerce équitable, sont des inventions qui nous aident à écraser les gens tout en nous donnant une image de personnes généreuses. » Bravo, mais dis moi , tu vas finir a la tete de France Inter dans quelques annees si tu continues comme ca…

    J'aime

  2. Dans l’esprit je suis d’accord, mais dans le détail c’est plein d’approximations.
    L’idée du commerce équitable est en effet différente de ce que tu dis, car ce qu’oublient de considérer tes amis brésiliens c’est que 1) la structure sociale brésilienne est extraordinairement inégalitaires (eux-mêmes, s’ils font des études en Europe, c’est qu’ils sont enfants de riches) 2) les exportateurs de produits brésiliens sont des riches qui achètent très peu cher leur marchandise aux petits producteurs brésiliens pauvres avant de les vendre au cours mondial. Ce sont donc eux les premiers à faire du commerce inéquitable.
    Le commerce équitable européen vise à favoriser les petits producteurs brésiliens au détriment de ces riches exportateurs en leur achetant +/- directement leur production à un cours plus élevé que ne le ferait un exportateur brésilien.

    J'aime

  3. « Pour dire les choses autrement, tout commerce devrait être “équitable”. Le commerce normal, c’est l’accord entre deux parties sur la qualité d’un produit et son coût. Les deux parties marchandent, discutent, jusqu’à trouver un accord qui les satisfassent. »

    Là encore, c’est un peu plus compliqué car les échanges marchands ne concernent que rarement que l’acheteur et le vendeur. Il y a aussi ce qu’on appelle les externalité, les effets induits sur les autres. Par exemple, je défriche la forêt tropicale pour produire du maïs que je vends à un exportateur. Cette transaction touche aussi les autres, car elle repose sur un coût non marchand invisible qui est la destruction de la forêt tropicale.

    un véritable commerce équitable prendrait donc en compte ces coûts invisibles. Par exemple, on n’autoriserait le commerce mondial que pour les marchandises produites dans le respect de l’environnement et des travailleurs.

    J'aime

  4. A la tête de France Inter, c’est quand on veut. Je ferais un super chef des programmes. Que dis-je, chef! Un dictateur des programmes. Idée de billet de blog à venir.
    Mart, c’était l’esprit du commerce équitable allié à l’idéologie de la charité que je visais en effet. Le fait que ce soit des Brésiliens qui exploitent d’autres Brésiliens ne change pas grand chose à mes yeux, mais si cela mérite d’être rappelé. C’est un peu comme lorsque l’on dit que c’était les Africains qui vendaient des esclaves aux négriers blancs. Dans le détail c’est vrai, mais peut-on pour autant ne pas voir l’écrasante responsabilité des pays occidentaux, tant dans l’esclavage (et son commerce surtout) que dans l’inéquité commerciale et productive que l’on connaît avec les pays du toers-monde ?
    Je sais que tu ne cherchais pas à dédouaner qui que ce soit, Mart, mais à rappeler des faits.

    J'aime

  5. Mart, au Brésil les enfants des riches font toujours des études à l’étranger mais il y a depuis quelques années une certaine mobilité social, assurée par le système de bourses d’études, qui nous permet nous aussi (nous=enfants des pauvres) de faire des stages dans des universités étrangères. C » est justement pendant mon séjour en France que j’ai vu un marché équitable animé par un groupe de français qui jouaient des tambours , à la manière de l’Olodum de Bahia: de la culture équitable. Très exotique.

    J'aime

  6. Et donc, Telma, as-tu ressenti toi aussi quelque chose d’humiliant dans cette mode du commerce équitable ?
    J’avoue que moi, je n’avais jamais pensé le mettre dans le même sac d’infamie que le « charity business », mais c’est sans doute parce que la charité est moins développée en France que dans le monde anglo-saxon, et que donc elle me choque plus facilement, étant donné que je suis un étranger.
    Maintenant, il est vrai que mes amis brésiliens sont issus des classes privilégiées, sans aucun doute.

    J'aime

  7. Je connais quelqu’un qui a trempé directement dans le café équitable, en allant équiper d’ordinateurs des centres de collecte en campagne quelque part en Amérique centrale. En revenant, il n’y croyait plus. Les producteurs gagnent peut-être un peu plus d’argent, mais il en reste moins dans le pays. L’intermédiaire était un commerçant local, maintenant c’est une multinationale.

    A part ça, j’ai découvert le nom de Max Havelaar il y a longtemps, en tombant sur une vente de propagande devant un cinéma progressiste que je fréquentais. La ferveur des dames patronnesses de gauche était touchante. Depuis, j’ai croisé dans les rayons d’un centre Leclerc des animateurs bénévoles de la banane équitable, élèves d’une école de commerce, certains de faire le bien. Ca aussi, il faut le décompter: la joie d’agir pour le bien que ressentent les militants et des acheteurs. Certes ça ne rapporte rien aux pauvres, mais c’est un plus. Le café ordinaire n’a pas cette saveur. Il faudrait l’expliquer aux Brésiliens.

    A part ça, je viens de rentrer en Chine après trois semaines de voyage. Le blog de Neige (et tous les autres blogs de Blogspot) est désormais censuré. J’arrive à le lire grâce à un truc mais pas à écrire des commentaires. Il faut lire le dernier billet, sur l’enveloppe de billets entre les pages de l’exemplaire du mémoire remis aux professeurs qui doivent le lire. Quel pays.
    http://paysdeneige.blogspot.com/2009/05/les-monnaies-dans-le-memoire.html

    J'aime

  8. « Dans le détail c’est vrai, mais peut-on pour autant ne pas voir l’écrasante responsabilité des pays occidentaux »
    Non, on ne peut pas, bien sûr.
    A l’époque où j’étais attaché commercial en Colombie, l’ambassadeur m’avait demandé une étude économique sur le café. C’était l’époque où les pays riches avaient réussi à imposer la déréglementation du marché mondial, entraînant un effondrement des cours et une crise de surproduction. En Colombie, le résultat avait été désastreux, des milliers de petits paysans avaient été ruinés et condamnés à grossir les bidons villes. Ceux qui restaient se reconvertissaient souvent dans la culture de la coca. On avait donc : le Nord dérégule de force le marché du café –> augmentation de la culture de la coca –> le Nord oblige la Colombie à détruire les plans de coca et à ruiner une 2° fois les petits paysans. C’était donc une belle double enculade.

    Pour autant, sur la bonne conscience des militants pro équitable du Nord, c’est toujours la même chose : il faudrait distinguer ceux qui sont de bonne volonté et qui veulent « faire quelque chose », même si ce qu’ils font ne sert presque à rien, de ceux qui sont surtout des vaniteux faux derches. Les seconds sont offensants, les premiers sont au pire inutile, au mieux réconfortants, en tous cas pas offensant. On ne peut pas être offensé par quelqu’un qui veut rendre service, même s’il le fait naïvement.

    J'aime

  9. Pauvre Neige!
    Et dire que la Chine est devenue le premier partenaire commercial du Brésil…C’est dommage que le gouvernement chinois ne pense pas à importer aussi un peu plus de liberté

    J'aime

  10. « A l’époque où j’étais attaché commercial en Colombie, l’ambassadeur m’avait demandé… » Mart.
    Voilà une phrase qui a de la gueule. Une que je ne pense pas pouvoir écrire un jour, autrement que dans une fiction. Une phrase qui a des relents de Malcolm Lowry. A propos, toi qui fut attaché commercial en Colombie, as-tu lu « Gamins de Bogota », de Jacques Meunier, et si oui qu’en penses-tu ?
    J’ai reparlé de cela avec une amie brésilienne, qui n’ignore pas l’exploitation faite par les Brésiliens eux-mêmes, mais ce qu’elle trouve humiliant, c’est l’image véhiculée de son pays, par le marketing « fair trade ». Là-dessus, quelle que soit la catégorie de militant à laquelle on appartient, c’est vrai qu’on ne fait pas n joli boulot, et on s’arrange toujours pour se donner à soi-même le beau rôle du généreux donnateur. Moi-même qui suis un privilégié du nord, ça me donne envie de vomir, alors les Brésiliens…

    J'aime

  11. « as-tu lu “Gamins de Bogota”, de Jacques Meunier »

    Non, je ne l’ai jamais lu, mais on parlait énormément des gamins de Bogota quand je suis arrivé là-bas, le Figaro et autres journaux avait sorti des reportages chocs racontant comment ils vivaient en bande, dormaient dans les égoûts, attaquaient en groupe avec leur couteaux, etc.
    Bilan, la première fois que je suis allé me promener dans le centre historique, mal fâmé et réputé dangereux, et que je me suis retrouvé seul dans une ruelle où ont surgi une vingtaine de gamins de 7-10 ans, j’ai eu peur. Peur d’enfants de 7-10 ans… J’ai compris après, pour m’être installé dans une maison du centre historique, à quel point cette peur avait été ridicule.
    Mais les pays riches adorent ce genre d’histoires horribles, pleines de petits enfants sanguinaires des pays pauvres dormant dans les conduites d’égout ou faisant la guerre avec des Kalachnikov. Je suppose que le livre de Meunier est un bon livre dans le genre, plus fin que les articles du Figaro, mais j’ai un peu perdu confiance : peut-on réellement se départir complètement de cet espèce de goût macabre qui biaise notre regard sur les plus mal lotis que nous ? C’est l’autre versant du charity business faux derche dont tu parles dans ton billet : le catastrophisme inconscient venant noircir notre regard sur les déshérités. En les voyant vraiment dans la merde, on se rassure. Ou plus pervers encore, on se trouve une mission salvatrice.

    J'aime

  12. « ce sont les taxes élevées qui empêchent nos producteurs de vendre dans les pays riches. Baissez vos taxes, mettez-les au même niveau que celles que rencontrent vos produits quand ils entrent sur nos territoires, et vous verrez que nous n’auront pas besoin de “Fair Trade”. »
    Je ne vois pas trop pourquoi des pays de la CEE devraient « baisser leurs taxes ». on ne put pas dire d’un côté que tous les problèmes viennent des institution mondiales qui « dérègulent » les marchés et d’un autre dire qu’il faudrait que les importateurs dérègulent leur marché. Ce serait un peu incohérent.
    Ce n’est pas l’Europe qui doitbaisser ses taxes, c’est les pays du Sud qui doivent s’unir pour peser plus lourd sur les bourses internationales de matières premières. Si les cours montent, ce sont eux qui pourront ensuite en gèrer les revenus. Personne ne peut le faire à leur place.
    De ce point de vue, le cas de l’Amérique du Sud est plein d’espoir. Il y a des gens comme Lulla, Kirschner, Bachelet … ou même Morales et Chavez. En Afrique, c’est autre chose. Non seulement l’intègration régionale des Etats patine ( la CEMAC, par exemple, en Afrique centrale) et avec Kadhafi à la tête de l’Union Africaine, on a pas encore vu le plus beau. Mais surtout on a une bande de vieux dirigeants qui gèrent à leur manière les revenus des exportations (le pétrole, le bois, les minerais..), et là ca devient grandiose. Détourner aussi systèmatiquement autant de fric, ça paraît pas possible. Sauf si on a la bénédiction des « puissances amies », France en tête.
    A côté de ça, le « fair trade », c’est un problème de bobos.

    J'aime

  13. Tout à fait d’accord. Sauf qu’on ne dit plus CEE, mon bon Ben, et depuis un bon bout de temps. On dit UE, union européenne. Et on paie avec une monnaie commune, appelée l’euro. Je sais, ça fait tout drôle, vu de la CEE.

    J'aime

  14. A-t-il seulement appris qu’on a un nouveau président ? En Afrique, les nouvelles ne vont pas vite.

    Ceci dit, le passage suivant :

    « Ce n’est pas l’Europe qui doitbaisser ses taxes, c’est les pays du Sud qui doivent s’unir pour peser plus lourd sur les bourses internationales de matières premières. Si les cours montent, ce sont eux qui pourront ensuite en gèrer les revenus. Personne ne peut le faire à leur place. »

    Il laisse à désirer. En remplaçant certains mots, on le comprend mieux :

    « Ce ne sont pas les maîtres qui doivent libérer les esclaves, ce sont les esclaves qui doivent s’unir pour être plus fort et renverser les puissants. Quand ils seront libres, ce sont eux qui en profiteront. Personne ne peut le faire à leur place. »

    On peut aussi penser que, parfois, les riches et les puissants puissent faire preuve d’un peu de générosité vis-à-vis des faibles et des opprimés. Charity business ou pas charity business.

    J'aime

  15. Non, mais Ben sait que notre président n’est pas Chirac ou Mitterrand, il ne faut pas être injuste avec lui. Il n’est pas aussi coupé de l’actualité que cela. Il sait très bien que la France est dirigée par Georges Pompidou. Et il place beaucouop d’espoir dans le modernisme de Chaban-Delmas. Il est comme ça, Ben, les yeux rivés sur l’avenir et le courage d’entreprendre.
    C’est ce vieux fond de libéralisme spinoziste qui lui fait dire que les pauvres doivent trouver les moyens de peser dans les négociations.

    J'aime

  16. Vous avez un nouveau président ? Ah bon, hein.

    Je dirais à tout hasard que ce n’est pas le protectionnisme européen qui est responsable de la misère du Tiers-Monde. Je crois que Doha et ce genre de négociations qui n’aboutissent jamais sont de faux problèmes. Si il faut choisir entre garder une agriculture en France et faire gagner plus de fric aux gros industriels brésiliens, moi, je dis : vive l’élevage limousin. On peut très bien être protectionniste et tiers-mondiste. C’est au contraire l’OMC et le FMI, en subordonnant ses prêts à des critères draconiens de restructuration et de libéralisation des marchés des matières premières, qui a mis les pays du Sud dans la merde. Enfin, c’est ce que disent des gens. Mais je ne crois pas que l’OMC apprécie particulirement la PAC version Chirac.

    Si c’est le système de la production agro-alimentaire et de la commercialisation de ses produits qui est pourri, il n’y a rien à attendre d’un abaissement des taxes européennes sur ce systéme. De plus, demander à des Etats ou à des sociétés d’agir contre leur propre intérêt, c’est se condamner à une forme d’action politique particulièrement vaine et nuisible en ce sens qu’elle détourne de ce qui est possible et efficace. Comme s’il n’y avait d’autre alternative que le masochisme européen pour sauver le monde. Heureusement qu’il y a la crise.

    En sorte que le salut des esclaves ne vient pas lorsque leurs maîtres ouvrent leur porte sans leur enlever leurs chaînes, et, plus encore, sans que les esclaves eux-même ne rejettent l’autorité des kapos qu’ils ont choisis dans leurs propres rangs et décident de sortir.

    J'aime

  17. « En sorte que le salut des esclaves ne vient pas lorsque leurs maîtres ouvrent leur porte sans leur enlever leurs chaînes, et, plus encore, sans que les esclaves eux-même ne rejettent l’autorité des kapos qu’ils ont choisis dans leurs propres rangs et décident de sortir.  »

    Si tu veux que ce soient les faibles qui, seuls, arrachent le pourvoir aux forts, alors c’est une guerre totale et sans pitié que tu souhaites. Les faibles enverront des bombes, multiplieront les 11 septembre, jusqu’à abattre les forts qui, devenus faibles, balanceront la malaria chez les anciens faibles pour redevenir fort, etc. Ta logique du démerdes toi tout seul, c’est la logique du chaos et de la haine universelle. Qu’on le veuille ou non, on a besoin du masochisme européen pour sauver le monde.

    J'aime

  18. Ah ouais, je suis à fond black power, man. Franchement, je trouve Angela Davis plus sexy que Carla Bruni. Non, il y a quelque chose de terrible qu’il faut voir, c’est la manière dont la France a enfoncé et continue apparemment d’enfoncer le couvercle des dictatures les plus corrompues possible sur l’Afrique centrale.

    Dans les années 90, il y avait eu une vague de démocratisation, partie du Bénin, la vague des « conférences nationales ». Au Cameroun, au Gabon, au Congo, en Centrafrique, au Tchad, partout où elle l’a pu, à ma connaissance, la France a soutenu les dictateurs en place pour leur permettre de garder le pouvoir, contre les élections. Au Cameroun, ça a été grave, il a fallu trafiquer les résultats après leur publication avec la bénédiction de Mitterrand. Au Gabon, il paraît que la Légion a sauté pour protéger le petit.

    Aujourd’hui, c’est toujours le même cirque. Il y a de grosses transitions qui se profile, et que fait la France ? que, surtout, la transition ne soit pas démocratique, des fois que ça déstabilise les intérêts de Total et de Bolloré. Ca se négocie ces jours-ci. Et au Cameroun, pareil : Fillon vient de s’y rendre, notre ami Byia ne doit surtout pas se faire de souci, tant qu’il y a du pétrole …

    Le masochisme européen ne sauve pas le monde, pas de problème. Personne n’a besoin de nous tels que nous sommes. Il faut s’habituer à voir l’Europe comme une banlieue avare et hypocrite du monde.

    J'aime

  19. On est d’accord, je crois : il ne suffit pas d’attendre que les esclaves se libèrent, il faut aussi que les maîtres cessent de leur donner des coups de fouet (c’était cet arrêt que j’appelais masochisme européen).

    J'aime

  20. Pour en revenir au commerce équitable, je ne considère pas qu’acheter ou commercer « équitable » s’apparente à de la charité. Faire du commerce équitable n’est pas faire une faveur aux producteurs, c’est juste les traiter avec la dignité qu’ils doivent recevoir, c’est du commerce « normal ». Cependant je suis consciente que ce n’est pas comme cela que la plupart des gens le perçoive, et c’est bien cela qu’il faut changer. Je pense également que les pays européens les Etats Unis ont une responsabilité lourde dans les inégalités commerciales. C’est trés important de protester contre les politiques en place, mais ça l’est encore plus d’agir.Or en tant que citoyen nous avons plus de pouvoir dans notre caddie ( ou cabas, selon le style) que dans notre bullletin de vote.

    J'aime

  21. A rebours: pour en revenir aux présidents élus je me demande parfois si on a pas élu dans ce côté sud de l’hemisphère des papillons qui se métamorphosent en chenilles.

    J'aime

  22. Je ne sais pas de quel côté de l’hémisphère Sud tu parles, tu dois penser à Morales ou à Chavez ? Mais je peux te dire que si on regarde Sassou Nguesso (Congo), Bongo (Gabon) , Byia (Cameroun), Bozizé (Centrafrique), Tandja (Tchad), et j’en passe, aucune chance de les prendre pour des papillons. Ils sont plutôt dans le style pachyderme.

    Pour ce qui concerne l’Occident et la France en particuluier, le commerce équitable, c’est tellement périphérique. La France n’a pas tellement d’influence en Amérique du Sud, alors le commerce équitable ne fait que détourner l’attention des français de ce que fait vraiment leur pays là où il a de l’influence et des responsabilités : en Afrique. Vous pouvez toujours acheter du café équitable, c’est bien gentil et ça ne mange pas de pain. On peut toujours essayer d’agir là où on n’a aucun pouvoir, non seulement c’est complètement inutile mais en plus c’est vaguement nuisible parce que ça crèe un leurre.

    Ce qui serait plus utile, à mon avis, ce serait qu’il y ait une sorte de débat en France sur la politique africaine de nos gouvernements. Plus précisément, sur la politique africaine de nos gouvernements de gauche. Le pire que la France ait fait, semble-t-il, elle l’a fait sous Mitterrand, dans les années 90-92, en contribuant à écraser un mouvement qui représentait un espoir réel. Depuis, sur le plan politique, il n’y a plus que du désespoir presque palpable, du moins en Afrique centrale.

    J'aime

  23. je crois qu’Aurélie est plus clairvoyante que toi, Ben, et je ne dis pas ça pour draguer. Le pouvoir, il est sûrement plus dans notre comportement de consommateur que dans « une sorte de débat en France sur la politique africaine de nos gouvernements ».

    J'aime

  24. « Faire du commerce équitable n’est pas faire une faveur aux producteurs, c’est juste les traiter avec la dignité qu’ils doivent recevoir, c’est du commerce “normal”. Cependant je suis consciente que ce n’est pas comme cela que la plupart des gens le perçoive, et c’est bien cela qu’il faut changer. » Aurélie. Oui, je suis entièrement d’accord avec cela. C’est donc aberrant d’imaginer que nous ce que nous consommons à prix plus bas que la normale soit nécessairement la conséquence de l’écrasement d’un plus faible que soit.

    Je crois que Telma pensait à Lula, le président brésilien, qui semble décevoir grandement la gauche du pays en devenant centriste en étant au pouvoir.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s