Misère de la musique nord irlandaise

Représentation de musique irlandaise. J’y allais avec excitation. Le premier groupe n’était pas mal du tout, je n’en dirai que ceci : la rythmique de la percussion traditionnelle rappelle, ou interprète, le son du galop de cheval ; et certaines flûtes apportent le sifflement du vent dans la musique. Vent et chevaux, j’imagine peut-être cela parce que je suis sous l’influence de mes préjugés sur l’Irlande rurale et pure.

Le groupe suivant était le meilleur (paraît-il) groupe de cornemuse de toute l’Irlande du nord, et c’était aussi horrible qu’on peut se le figurer. Cet instrument est aussi laid à entendre qu’il est laid à voir. Sortie de la nuit des temps, et mouillée dans les traditions de toute l’Europe et du Maghreb en passant par l’Inde, la cornemuse que nous avons entendue dans cette salle de concert n’existait que pour les corps d’armée, pour être entendue et pratiquée par des soldats sans scrupule. Je suis navré de devoir en dire du mal, mais le son que j’ai entendu était l’équivalent du bêlement du mouton, en plus aigu et en plus assourdissant. Plus les braves pipers jouaient, plus j’avais envie de faire la guerre, contre n’importe qui et pour n’importe quelle cause.

Le troisième groupe était le clou de la soirée. Il avait nom The Hounds of Ulster et il représente sans doute le pire exemple de ce que peuvent faire les Irlandais du nord quand ils cherchent à séduire le monde entier. Car c’est ce qu’ils cherchent à faire, les musiciens des Hounds of Ulster.

Là encore, je suis désolé de devoir en dire du mal, car leurs intentions sont tout ce qu’il y a de plus louable : élever le niveau musical des flute bands et les faire sortir de l’image stéréotypée de groupes paramilitaires qu’ils véhiculent, surtout en Irlande du nord, mais partout ailleurs aussi bien. Car un flute band est un groupe dont l’instrument principal est la flûte et qui a pour but de faire marcher les hommes, pour les amener à la guerre. Dans le contexte de l’Irlande du nord, cela renvoie aux parades orangistes qui viennent exprimer leur fierté d’être protestants dans la rue. La qualité musicale passe, il est vrai, au second plan. Or les Hounds of Ulster nous annonce qu’ils vont nous donner tout autre chose.

C’est vrai, ce n’était pas du sectarisme protestant, mais, si j’ose dire le fond de ma pensée, c’était encore pire que cela. Le niveau musical était relevé au point de pouvoir faire beaucoup de bruit et imprimer une rythmique saccadée un peu carnavalesque. Pour montrer que le but était d’ « enjoy the music », le chef charismatique de cet ensemble se démenait considérablement et imposer sa présence physique.

Imaginez une discothèque de campagne, disons le César Palace, à Grenay (69). Imaginez un homme un peu lourd, mais sans complexe et extrêmement sympa : quelqu’un qu’on n’ a pas envie d’emmerder, mais qu’on n’a vraiment pas envie de voir danser non plus. Il balance son corps et jouit de la musique comme si c’était lui qui la dirigeait, il vit la musique en frappant du pied par terre.

Mettez un kilt à cet homme, une baguette de chef d’orchestre, des chaussettes de laine blanche, et vous aurez notre chef d’orchestre, qui électrisait l’audience, une audience d’une bonne vingtaine de personnes. A sa décharge, je dois dire que la petite vingtaine de personnes présentes (je devrais peut-être dire une quinzaine, en fait), étaient si enthousiastes qu’elles faisaient un raffut considérable à la fin des morceaux.

Moi, ce que je me disais, en rabat-joie typiquement franchouillard, c’est qu’il y a des formes de musique qui ne sont peut-être pas faites pour devenir de l’art. Comme le disait, plein de fausse modestie, le présentateur du groupe : « Certains disent que nous sommes artistiques, je préfère dire que nous sommes bizarres (odd). » Bizarres, malheureusement, ils ne l’étaient pas assez à mon goût, et je ne goûtais pas leur communion dans cette rythmique tonitruante. A choisir, j’aurais préféré un groupe authentiquement sectaire, j’aurais trouvé cela plus exotique, et peut-être moins vulgaire.

2 commentaires sur “Misère de la musique nord irlandaise

  1. Bonjour
    Merci monsieur sur cet article
    Je voix que vous confondrer certain elements

    Port peut

    En tous cas la music reste une langue de transmission commune entre tous les humains.

    Chaque culture a ces specifs et ne doit pas etre trop en detail
    Je m explique, ne doit pas penetrer dans les chateaux des autres!

    Merci
    NB: LE MISERE N A PAS DU GOUT.

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  2. Merci M. Fayyad pour cet intéressant commentaire. Je ne cherchais pas à critiquer la culture d’une communauté ou d’un pays, mais à juger de ce que font certains groupes lorsqu’ils cherchent précisément à nous séduire, nous les étrangers, ou disons, nous les modernes.
    J’aime aussi peu ces flute bands qui se la jouent swing que les adaptations d’opéras chinois à la variété occidentale.
    Le respect des cultures, je suis pour, notez bien.

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