Investir pour l’université : union sacrée

J’avais écrit, il y a deux ans, que l’argent perdu causé par le bouclier fiscal aurait dû être investi dans les universités et la recherche. Dans ce billet d’avant-crise, j’étais très en colère contre le président français. Un fameux commentateur me reprochant d’être de parti pris contre le président, je promettais, la main sur le coeur, de juger Sarkozy en fonction de ses résultats. J’écrivais qu’à la fin de son quinquennat, « si le chômage est passé sous la barre des 5%, que la dette est largement diminuée, que le pouvoir d’achat des Français est augmenté, que la paix règne dans la société, je reconnaîtrai que c’était un bon président ».

A cette époque, ces objectifs n’étaient pas irréalistes, c’est sans doute le plus drôle dans cette histoire. Arrivés à la mi-mandat, on peut dire que la seule chose qui n’ait pas trop bougé est l’ordre (ou le calme relatif) social. Les autres critères se sont dégradés, mais Sarkozy n’est bien sûr pas le seul responsable. Au contraire, tout le monde reconnaît que le président a plutôt bien géré la crise. Par conséquent, comme je l’ai promis, je modère mon jugement, alors même que les conditions que j’avais posées ne sont pas réunies.

Car ce que je dois reconnaître, c’est que malgré la mauvaise direction prise par la politique fiscale (manques à gagner énormes avec le bouclier fiscal et la baisse de la TVA dans la restauration), et malgré l’endettement très inquiétant de la France, le pouvoir a décidé d’investir massivement dans l’université et la recherche, et que c’est ce que j’appelais de mes voeux. Le sage précaire apprécie quand on l’écoute.

Je ne peux que reconnaître, et écrire noir sur blanc, que je soutiens à peu près, et en dépit du flou dans lequel je suis, cette mesure. Avoir profité de la crise pour lancer un grand emprunt, et affecter une large proportion de cet emprunt à l’université n’est pas mal du tout, et cela me paraît être l’exact envers de la grande mesure fiscale du début de mandat. Au fond, aujourd »hui, je vois l’action de Sarkozy définie, et comme équilibrée par ces deux grands gestes : aberrations fiscales et cadeaux aux plus riches d’un côté, endettement pour investir dans la recherche de l’autre.

De plus, la réforme de l’université marchait sur la tête. Quand on veut que les gens changent, qu’ils travaillent autrement, il faut au moins leur donner quelque chose, il faut investir matériellement, sinon, on n’arrive à rien. C’est ce que l’on s’apprête à faire, après avoir longtemps fait le contraire. Maintenant, quoi qu’il arrive et quoi qu’on dise à l’avenir, il faut au moins savoir reconnaître les bons mouvements d’un pouvoir déplaisant quand il s’en présente.

26 commentaires sur “Investir pour l’université : union sacrée

  1. Je ne sais pas qui est ce fameux commentateur, mais je note que, sur un plan purement rhétorique, une critique présentée ainsi, sous la forme de félicitations indulgentes à un pouvoir jugé par ailleurs déplaisant, est beaucoup plus assassine qu’une attaque frontale.

    J'aime

  2. Ce serait encore mieux si on laissait l’Université se réformer elle-même; les idées ne manquent pas.

    Les enseignants-chercheurs n’apprécient guère d’être « gérés » comme des « ressources humaines ». Mais bon, c’est la tendance actuelle, un peu partout.

    J'aime

  3. Ce qui est convainquant, persuasif, c’est un esprit qui vacille. Celui qui, au départ, n’a pas de sympathie pour quelque chose, et qui dit que ce quelque chose est nul, ne fait que confirmer ce qui était déjà là. Alors que celui qui vacille nous montre que quelque chose de neuf s’est produit, notre intérêt s’allume.
    Un sarkhozyste qui cesse de l’être, voilà ce dont on a besoin pour critiquer le pouvoir.

    J'aime

  4. C’est ttres juste et fort bien formule Mart, d’ailleurs je regrette (un peu…hi hi) a lire ces lignes mon com excessif contre  »la vermine sarkozyste » (j’allais ecrire la  »vermine excessive » ah ah ah) ; de plus, le president a bient fait de critiquer ainsi le congres ecologique de Copenhague, qui a ete une et restera une catastrophe de rencontres internationales de haut niveau qui coute cher et ne mene a rien ce qui est plus que dommage.

    J'aime

  5. Et la vous allez dire a part critiquer les autres il n’arrange pas le climat non plus notre bon president…et vous aurez raison ….bon il ressemble un peu a louis de funes ok ce qui est bien pour notre image international, c’est plaisant, comique…les chinois adorent louis de funes…je le sais je leur ai passe l’integrale desw ‘gendarmes » par exemple quand j’etais prof dsan leur beau pays (a Nankin en plus,  »ville verte ») et ben la terre pouvait s’arreter de tourner il n’aurait pas rater une occasion de se poiler surtout avec ca :

    ou ca :

    un peu bebete mais efficace !

    J'aime

  6. « pouvoir déplaisant ». Quand je dis cela, je ne fais pas de jugement personnel, ou subjectif, mais je m’inquiète pour la séparations des pouvoirs. Moi, je veux bien que mon président soit un homme vulgaire si son action est bonne, et je ne critique pas Sarkozy pour tout. Par exemple, le fait que les ministres soient moins responsabilisés et le premier ministre affaibli, ça ne me dérange pas.
    Je le juge déplaisant parce qu’il fait des choses qui me paraissent n’avoir d’autre buts que d’affaiblir tout ce qui ressemble à des contre-pouvoirs. Or les contre-pouvoirs, et leur équilibre, sont l’essence de la démocratie.

    J'aime

  7. “pouvoir déplaisant”. Quand je dis cela, je ne fais pas de jugement personnel, ou subjectif, mais je m’inquiète pour la séparations des pouvoirs.

    Tu as parfois ce genre de phrase un peu faux-derche, qui donne envie de te contredire. Comment l’adjectif « déplaisant » pourrait-il ne pas être subjectif ? Et ce n’est pas un mal, d’avoir un jugement subjectif. Ca veut dire que tu es un sujet. Heureusement, car les objets ne pensent pas. Pourquoi ne pas l’assumer ?
    Il y a un courant de pensée général – dont l’origine se trouve probablement dans ces sciences sociales qui ont tant de prestige à tes yeux – qui n’arrive pas du tout à assumer la subjectivité de la pensée.

    J'aime

  8. J’ai relu. Je m’étais à peu près bien exprimé : quand je dis « déplaisant » à propos de la présidence de Sarkozy, je veux dire cela (voir commentaire plus haut) et rien d’autre. En particulier, rien de personnel.

    Je ne répondrai pas sur « faux derche », parce que je n’entrevois pas d’entente sur ce mot à terme plus ou moins court.

    Mais la question de la subjectivité dans les sciences sociales est un peu intéressante. (Qu’elles aient du prestige à mes yeux, je me demande bien si on peut inférer de ce que j’écris plus de prestige pour les sciences sociales que pour la littérature, pour la philosophie, pour l’art ou pour la musique savante, mais passons là-dessus.) Si toi, Mart, qui est économiste de formation, pouvais nous en dire plus sur ce point, ce serait chouette. Moi, je croyais naïvement (mais je n’ai étudié que la philosophie, donc je suis sans aucun doute largué) que les sicences sociales avaient justement remis la subjectivité de l’observateur au centre du discours scientifique. Dans l’ethnologie, la sociologie , les gens parlent souvent de « d’où l’on parle », ce genre de choses.

    J'aime

  9. Pardon pour le ton un peu trop abrupt de mon post précédant, je ne voulais pas être agressif.

    Comment veux-tu que le mot déplaisant soit utilisé dans un sens non personnel ? Une chose ne peut pas être déplaisante de manière objective que je sache. Même la mort est jugée plaisante par certains, alors tu penses bien que la déplaisance de Sarkozy ne peut pas être partagée par tous. Quand tu le juges déplaisant, tu exprimes donc quelque chose d’intégralement personnel. D’autres le trouveront plaisant, c’est ainsi et on y peut rien.

    Si je dis « le chocolat est déplaisant », il ne me viendrait pas à l’idée de dire que ce n’est pas un jugement personnel. Et si je le dis quand même, je ne peux pas le dire de façon sincère. D’où l’usage du mot faux derche.

    Mais tu penses peut-être qu’on peut trouver objectivement que le chocolat est déplaisant ?

    Alors c’est l’idée que tu te fais de l’objectivité qu’il faut revoir.

    J'aime

  10. Je comprends bien, et c’est pourquoi j’ai commenté mon propre billet, pour m’expliquer. Par ailleurs, j’ai parlé de « pouvoir déplaisant », et non d’homme déplaisant. J’ai un sentiment en effet subjectif, de méfiance par rapport au pouvoir actuel. Mais ce « déplaisir » est lié à ce que devient le système des pouvoirs, non au rejet instinctif d’un homme, ou d’un parti, ou d’un type d’hommes.

    J'aime

  11. Subjectif, ça ne veut pas dire irrationnel, irréfléchi, instinctif, émotionnel ou je ne sais quoi. Ca veut juste dire que ça ne répond pas à un calcul mécanique. Qu’il y a un jugement, une évaluation, une hiérarchisation. Tout ce qui n’est pas mécanique est subjectif, tout ce qui est humain est subjectif, tout ce qui a de la valeur sur le plan humain est subjectif. Alors vraiment, il n’y a pas à avoir honte de ce mot.

    J'aime

  12. « Moi, je croyais naïvement (mais je n’ai étudié que la philosophie, donc je suis sans aucun doute largué) que les sicences sociales avaient justement remis la subjectivité de l’observateur au centre du discours scientifique. Dans l’ethnologie, la sociologie , les gens parlent souvent de “d’où l’on parle”, ce genre de choses.  »

    Si elle l’ont fait, c’est pour porter le soupçon sur le discours. C’est une démarche anti-subjective qui repose sur le fantasme d’un savoir scientifique, d’une science humaine exacte, comme peuvent l’être les mathématiques. Sauf que c’est une aporie : les seuls résultats objectifs que les sciences sociales produisent, ce sont des tautologies et des truismes.

    J'aime

  13. En effet les regrets ne sont jamais trés bons et source de beaucoup de déplaisirs…c’est étrange je n’ai pas de « sites » alors que Gilles en a un lui sur votre machine américano-militaire si déplaisante (surtout par les ondes -wifi- -oui PHILLIPE -qu’elle emet, ca me fait mal a la téte, je me demande comment vous faites pour rester des heure la dessus sans prendre une migraine;folle jeunesse, docile france…) neo internat internet trés riche en neo discours crypto chrétiens trés habilement caché ou le grain si flou de l’image (vidéos surtout que j’ai vu naitre) fait songer a de l’eau…(cf « eau propre , eau sale de mon ami songe, pardon Ponge…eau SALE surtout , je suis toujours un grand moraliste vous voyez, mais aujourd’hui vous avez TARANTINO pour ça, alors pourquoi tant de disputes.autour de mon héritage conceptuel et scientifique..je suis d’abord un écrivant-écrivain ne l’oubliez jamais les enfants…mais je ne suis toujours pas dans la Pleiade…ce qui est (ça oui alors !) PROPREMENT scandaleux !)….et qui c’est ce type « GOOGLE » ? QU CROIT TOUT SAVOIR SUR TOUT et qui le pire semble le savoir ? j’espére que vous vous amusez bien comme ça, prendre son pied avec un pangloss electronique ca doit pas etre folichon tous les jours…meme votre president semble l’avoir compris (parfois…) a ce sujet il est, me semble peut etre un peu trop baudelairien a mon gout (je n’ai pas dit passeiste ou arriéré hein) avec sa passion sans fin pour l’image c’est presque obséne parfois enfin…, a une rythmique gestuelle un peu brutale et semble plus critique envers les autres qu’envers lui même mais qu’y puis je ? foutez moi dans la pleiade et laissez les structuralistes en paix maintenat on sait qu’on est morts alors faites mieux que nous sinon aussi bien plutot que de vous appuyez sur notre heritage et dire qu’en plus il ne faut meme pas nous regretter c’est un peu pardadoxal et bizarre comme point de vue, quand les (futurs) brillants intellectuels français contemporains parviendront a notre niveau de finesse (stylistique et analytique) sans se vendre a l’étranger pour des bourses légitimes mais honteusement retiré par l’etat français on n’en reparlera. Je m’en vais car vraiment les ondes wifi c’est pas bon….

    J'aime

  14. Il faut excuser le pauvre Roland (c’est une etre sensible vous savez, pas un warrior, ), il ne comprend rien a cette mise en pratique electronique de mon concept de « machine désirante » qu’ont voulu mettre en place des ingénieurs americains (militaire au départ) avec INTERNET, la ritournelle des blogs tout çà c’est plaisant mais un peu détourné de mon idée initiale maintenant je trouve…moi je parlais de litterature americaine, de Kafka,etc…c’est vrai que les ondes wifi c’est trés, trés mauvais pour la santé…décrochez, sortez, voyagez, tracez des vrais lignes de partage reels entre vous pas virtuelles…

    J'aime

  15. Il me semblait en effet que la mathématisation de la langues des sciences humaines était dépassée depuis les années 70. Des gens comme Marc Augé dans l’ethnologie, et même De Certeau, mais aussi le Bourdieu des années 90 et plein d’autres n’y croyaient plus du tout. Les frontières entre ethnologues et écrivains voyageurs avaient tendance récemment à se brouiller, ou à tout le moins, le fossé entre ces deux types d’auteurs tendaient à se combler.

    J'aime

  16. C’est peut-être vrai pour l’ethnologie, mais pas du tout pour l’économie, et je ne crois pas non plus que ça le soit pour la sociologie. Non seulement l’approche mathématique n’y a pas régréssé, mais il y a même énormément progressé en se complexifiant sur le plan mathématique d’une part, et d’autre part en étendant son territoire à des terrains qui lui étaient étranger comme la gestion de la peur, l’incertitude, voire l’amour et la compassion.

    Par ailleurs, ces courants ont toujours été plus portés par les Anglosaxons que par les Latins. Et n’oublions pas que les Anglosaxons sont ultra dominants dans les sciences sociales actuelles. Des gens comme Augé n’ont qu’une minuscule audience internationale (pour ne pas dire qu’ils n’en ont pas du tout).

    Enfin, la mathématisation du savoir en sciences sociales n’apparaît pas toujours sous le masque voyant des signes mathématiques. Souvents, ce sont des modèles de pensée d’apparence « littéraire », ou, disons, logique. Par mathématique, je voulais en effet entendre un plus que les chiffres : tout ce qui, en réalité, appartient à un système de savoir exclusivement fondé sur l’hypothético-déduction. Autrement dit, un système d’axiomes prédéfinis couplé à de la logique, comme le sont les mathématiques ou les sciences cognitives qui dominent les sciences sociales actuelles (anglosaxones).

    J'aime

  17. Après, on peut se dire « laissons les Anglosaxons avec leurs modèles mathématiques, et soyons subtils dans notre coin ». Mais ce n’est pas si simple, car la pensée anglosaxonne domine la pensée de ceux qui dominent le monde.
    De ce fait, la sensibilité aux choses est de moins en moins portée par les intellectuels (à quelques exceptions comme Noam Chomsky), ni par les politiques (qui n’ont jamais été très sensibles), mais par le peuple.
    La défense de l’environnement en donne une bonne illustration : où sont les intellectuels ? où sont les leaders politiques ?

    J'aime

  18. Oui, Marc Augé a certainement très peu d’audience à ‘extérieur, et j’avais oublié ces modèles géométriques et algébriques utilisés dans la psychologie cognitive, dans la linguistique, ce genre de choses. C’est vrai que les mathématiques se portent bien dans les sciences humaines. Mais sans vouloir faire polémique, en cette veille de noël, je ne vois pas trop, dans cette influence des sciences expérimentales, une « difficulté à assumer la subjectivité » de la pensée. C’est le verbe assumer que je ne comprends pas bien.

    Par ailleurs, le terme « anglo-saxon » recouvre beaucoup de choses et, dans le seul domaine des sciences humaines et sociales, des livres très pragmatiques et assez peu scientifiques dans leur facture, ont une grande influence sur la vision des choses. La fin de l’histoire, de F. Fukuyama, Le Choc des civilisations de Huntington, ou plus récemment Effondrement de Diamond, se lisent comme des articles de journaux.
    Enfin, et surtout, je crois que dans les sciences humaines, il y a de véritables poussées de penseurs qui renouent avec la tradition européenne de l’essai, à la Montaigne, à la Burton, qui emmêle subjectivité et méditation universelle. Chez les Français, c’est évident, mais chez les anglo-saxons aussi, on pourrait en trouver si seulement ce rhume qui m’empêche d’avoir les idées claires se dissipait.

    J'aime

  19. « une “difficulté à assumer la subjectivité” de la pensée »

    Je profite d’une pause entre deux clients pour répondre.

    Si ce que j’affirme, ce que je pense vrai, se fonde sur ma subjectivité, alors je suis confronté à plusieurs problèmes qui n’auraient pas lieu si j’énonçais une vérité objective comme 2+2=4.

    Le premier de ces problèmes, c’est que ce que je dis est indémontrable – sinon, ce serait une vérité objective.

    Le second, c’est que ce que je dis ne peut échapper au doute – le doute des autres, mais aussi mon doute – puisqu’il n’est pas démontrable.

    Le troisième problème, c’est que je ne peux pas connaître le degré d’universalité de ma conviction : est-ce vrai pour moi uniquement ? pour moi et ma femme ? pour tous ?

    Le quatrième, c’est qu’il y a un client qui arrive.

    J'aime

  20. Je reviens.

    Pour faire bref, la subjectivité de ma pensée affaiblit ma pensée : vis-à-vis de mon sens critique, qui aime les certitudes, et vis-à-vis de la pensée des autres, qui aime qu’on lui démontre.

    La subjectivité de ma pensée, c’est la précarité de mon pouvoir, de mon savoir, de mon sens de l’orientation.

    Tout le monde n’a pas envie d’être un savant précaire.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s