La Saint-Patrick en Irlande du nord : un avenir très incertain

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Hier, c’était la saint Patrick, un jour où les Irlandais célèbrent je ne sais trop quoi. Ils se célèbrent eux-mêmes peut-être. Dans la république d’Irlande, c’est la grosse bringue, la fête nationale, l’occasion rêvée d’aller boire des bières, comme s’il n’y avait pas assez d’occasions pour cela.

En Irlande du nord, c’est aussi un jour à peu près chômé, et une parade est organisée dans certaines villes, dont je ne ferai pas le reportage car j’ai raté le carnaval qui eut lieu dans le centre de Belfast, de midi à 13h30. J’eus le tort de ne pas me précipiter, pensant bêtement que les festivités dureraient une bonne partie de la journée.

Célébrer la Saint-Patrick en terre britannique, cela pose la question de l’appartenance de l’Irlande du nord. Elle appartient aujourd’hui officiellement à la couronne de la reine d’Angleterre, mais qu’en est-il dans les consciences ? Et qu’en sera-t-il demain ?

Ce sont les questions qu’a posées le journal Belfast Telegraph, daté du lundi 15 mars 2010. Il a publié les résultats d’un sondage intéressant à cet égard, en différenciant les réponses selon l’appartenance communautaire des personnes interrogées. A la question de savoir ce qu’ils voteraient à un référendum sur l’Irlande réunifiée, 85% des protestants disent « non » et 69% des catholiques « oui ». Il y a quand même 26% de catholiques qui voteraient « non », ce qui n’est pas négligeable.

La question suivante est piquante : « L’Irlande du nord ayant été établie en 1921, quel sera d’après vous son statut en 2021 ? » Deux possibilités sont données par les sondeurs :

« L’irlande du nord sera toujours britannique » (Protestants : 57%. Catholiques : 28%)

« Elle fera partie de l’Irlande unie » (Protestants : 24%. Catholiques : 64%)

Le fait même que ces questions soient posées, dans un journal modéré à tendance unioniste, est un signe que les divisions communautaires sont loin d’être dépassées, et qu’elles auront plutôt tendance à augmenter avec le temps. En tout cas, c’est cette question qui a fait la une du journal ce jour-là :

Un protestant sur quatre pense que l’Irlande sera unie en 2021

J’ai posé cette question autour de moi, mais j’ai reçu trop de réponses variées pour pouvoir me faire une idée générale. Un ami d’origine catholique regrette qu’on ne propose que ces deux options, car lui verrait bien l’option d’une espèce d’indépendance de l’Irlande du nord dans une Europe des régions. C’est une idée que j’ai déjà entendue chez des catholiques non républicains.

Une autre question m’a paru très éclairante, à moi qui suis un simple touriste et qui entends constamment des sons de cloches différents : « Comment décririez-vous votre nationalité ? » Trois possibilités :

« I am British » (Protestants : 71%. Catholiques : 8%)

« I am Irish » (Protestants : 4%. Catholiques : 83%)

« I am Northern Irish » (Protestants : 24%. Catholiques : 9%)

On voit dans la question elle-même le souci d’identifier une culture qui prenne son autonomie vis-à-vis de l’Irlande et du Royaume-Uni. Contrairement à ce que disent les chiffres ci-dessus, le voyageur a parfois le sentiment que les gens d’ici ont développé une culture qui leur est commune, et qu’un catholique de Belfast se sentira peut-être plus de points communs avec un protestant de Belfast qu’avec un Irlandais du sud.

Mais enfin les chiffres sont là, la plupart des catholiques se sentent irlandais et rien d’autre. Comme l’écrit David Gordon dans son analyse des résultats, l’impression générale est celle « d’une Irlande du nord qui n’est pas en paix avec elle-même ».

11 commentaires sur “La Saint-Patrick en Irlande du nord : un avenir très incertain

  1. Je suis d’accord avec ta dernière pensée. Oui les communautés existent, oui les principaux partis politiques d’Irlande du Nord en profitent. Mais je pense que, contrairement à ce que le sondage laisse paraitre, l’identité nord-irlandaise, basée sur une commune souffrance, un même traumatisme, s’affirme de plus en plus fermement. Bien sur, si l’on demande à un catholique républicain de choisir son appartenance identitaire, l’Irlande ira de soit. Cela fait partie de la rhétorique, du décor, du folklore. Mais personne d’autre ne pourra mieux comprendre un catholique de Belfast qu’un protestant de Derry. En fait, je pense profondément qu’une génération doit s’en aller pour qu’une autre puisse s’épanouir au sein d’une identité nord-irlandaise qui prendra tout son sens. J’ai donné un cours aujourd’hui sur la société rwandaise post-génocide et sur les politiques de « justice et réconciliation » mises en place dans le pays. Assez vite, la discussion est partie sur la situation en Irlande du Nord. Comme ils le disent eux-mêmes, ces jeunes hommes et jeunes femmes n’ont rien à oublier puisqu’ils n’ont rien vécu, ou si peu. Il s’agit surtout de ne pas oublier de ne pas trop y penser. Des « troubles », leurs parents ne leur transmettent que des images de ville en ruine qui ne ressemblent pas à l’évocation romantique d’une lutte pour la liberté. Et puis il y a des considérations d’ordre pratique. La vie est devenue relativement douce à Belfast, comfortable comme tu le disais dans un de tes précédents billets. Un fait inimaginable il y a à peine dix ans. Les gens ont du travail, la ville est économiquement dynamique et l’arrivée massive d’étranger est généralement vue comme un bon signe pour l’avenir. Dans ces conditions, il me semble qu’une cohabitation pacifiée, puis apaisée, est perçue comme inévitable, même s’il faut parfois serrer les dents.

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  2. Oui Pierre, j’entends parfois cet argument des générations qui, se remplaçant, oublieront et enterreront la hache de guerre. De mon côté, je dirai deux choses : d’abord ce n’est pas vraiment la « cohabitation pacifiée » qui est en cause, mais l’appartenance politique, ou nationale. Ensuite, je ne suis pas sûr que les générations suivantes ne verront pas les Troubles comme une période romanticisée d’héroïsme. Un peu comme les Britanniques d’aujourd’hui se repassent le film du Blitz et se voient comme des héros anti-nazis à l’opposée de ces lâches de Français, ou ces Américains qui continuent de se voir comme les libérateurs de l’Europe. Je pense que le passage des générations, loin de calmer les ardeurs, tend parfois à les mythifier afin de les raviver de manière complètement différentes.

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  3. Bonjour sage précaire,
    . . . dans notre belle ville de Québec , samedi 20 , départ devant la seule école anglaise des environs , il y a eu un défilé da la Saint-Patrick (une parade) de midi à treize heure trente , pour la première fois ,depuis que les Irlandais habitent la ville, en cent-dix-ans : je n’en connais pas la cause : d’habitude les Irlandais vont entre-eux se pacter la fraise dans les pubs : cette année des Québécois ont suivi la débandade : à suivre.
    Autrement mon p.c. ne me renvois plus le blog de  »Manger du chou chinois ».
    Qu’en est-il par chez-vous dites-moi !
    merci
    by
    Mildred.

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  4. « Se pacter la fraise », ça c’est joli comme expresssion, je ne connaissais pas. J’imagine que ça veut dire la même chose que « se fraiser la tarte », expression que j’ai entendu en France, il y a longtemps.

    Sinon, en Afrique, il y a une bière qu’on appelle « Guiness », qui est brassée en Cote d’Ivoire, et dans d’autres pays. Une fois, un camarade qui ne’ connaissait pas la Guiness a demandé si c’était une bière brune. « Non, elle est Noire », avait répondu le serveur avec superbe.

    Le goût est me semble-t-il, assez éloigné de celui de la célèbre bière irland

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  5. oui jaurais une question pour quelle raisson les irlandes célébre le saint-patrick esque c’est pour remercier patrick davoir emporté la religion en irlande merci de me repondre

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