Mon colocataire pakistanais en fin de course

Mon colocataire pakistanais entre dans la cuisine d’un air sombre. Il est souvent sombre, mais là, il est vraiment maussade.

Il m’annonce que son dossier a été écarté, qu’il n’obtiendra pas son visa. Il devra rentrer dans son village de la vallée de la Swatt, où ses parents seront déçus de lui.

Il doit encore des milliers de livres sterling à des gens qui l’ont aidé à s’inscrire à l’université. Au Pakistan, il ne pourra jamais gagner assez d’argent pour les rembourser, et il a peur de leur réaction quand ils apprendront qu’il doit partir. De mon côté, j’espère qu’il n’a pas eu de relation avec je ne sais quelle mafia.

Je lui propose de le cacher dans ma maison et de continuer sa carrière comme sans-papier. En se débrouillant bien, on peut faire de lui une nouvelle gloire du Village. Mais il ne veut surtout pas être illégal, non parce qu’il rechigne à prendre part dans la vie associative du quartier, mais parce qu’il a des ambitions et doit garder un passeport immaculé pour l’avenir.

Ce qu’il appréhende le plus, c’est sa famille. Ses parents ont tout misé sur leur fils. Ils ont retiré tout argent à leurs filles afin que le dernier puisse suivre une formation universitaire britannique, devenir un businessman et aider la famille en retour. Or, le fils retourne à la maison sans le sou, tout a été dilapidé, et il doit encore demander de l’aide. La honte que tout cela fait subir à ses parents est une chose qui l’affecte jusque dans son sommeil. 

Il faut espérer qu’au moins il décroche son diplôme, après de nombreuses tractations, près de dix mille livres de dépensées, et plusieurs tests à repasser.

13 commentaires sur “Mon colocataire pakistanais en fin de course

  1. Il n’est pas vraiment de la Swatt Valley, mais pas loin. Une autre valley moins connue, mais où coule aussi la Swatt River, allez comprendre quelque chose.
    Je ne sais ce qu’il a raté, son rapport aux études est très complexe et inclut de nombreux intercesseurs, si j’ai bien compris.
    Sage précaire, François, c’est un statut de privilégié malheureusement. J’aimerais que ce ne soit pas le cas, mais bon.

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  2. As-tu au moins été visiter le magazin où il travaillait, depuis le temps qu’il te suppliait de la faire ? As-tu acheté ce fabuleux tapis de prières que tu convoitais ?

    Sinon, tout le coin de la Swatt, il paraît que c’est très joli, il y a des forêts de cèdres, des torrents sauvages et plein de drônes qui volettent joyeusement. Le soir, on tire des feux d’artifice autour des convois de l’OTAN qui montent majestueusement vers la Khyber Pass. On peut réserver des chambres dans les villages de vacance tenus par des Talibans.

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  3. J’ai essayé, Ben, mais je n’ai jamais trouvé son p… de magasin. Je n’ai donc pas encore acheté le tapis de prière, mais des signes montrent que je tourne musulman : j’aime les tapis de prières, je porte le chapeau/calotte musulman Ouïghour, pour protéger le sommet dégarni de ma tête, l’édition de la Pléiade du Coran est toujours le seul livre dans le salon et l’idée que la femme que j’aime soit invisible à tous les autres hommes ne me déplaît pas fondamentalement.

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  4. Ah, la Swatt, ne m’en parle pas, je rêve d’y aller, même et surtout en temps de guerre. Le soir, dans la cuisine, mon colocataire et moi faisons des plans d’avenir : je pourrais vivre dans son village, de peu pendant une période assez longue, apprendre leur langue, en rendant autant que possible les marques d’hospitalité que, me dit-il, je serai dans l’obligation d’accepter de la part de sa famille élargie.
    J’irais au Khyber Pass pour rendre hommage à Nicolas Bouvier.
    Je me ferai passer pour un Ouïghour aux yeux des Talibans, et trinkera à la santé du peuple pachtoune.

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  5. Oh non ne pars pas dans des pays en guerre Sage Precaire !! non , non, non c’est dangereux et c’est mauvais pour ta sante qui tu as déjà bien abime dans des pubs irlandais aux noms etranges et exotiques – my english is poor, you’re welcome, my tailor si rich, sorry-…enfin, vaut mieux une bonne pinte qu’une grenade dans la tronche dans des pays ou l’on ne connait pas trop la langue…reste sur ce sol irlandais et n’abandonne pas le territoire http://laprecaritedusage.blog.lemonde.fr, ton vrai pays est la. A bientot.

    Bizounours 33
    ton ami.

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  6. Ton problème, dans la Swatt Valley, ça va être que pour trinker avec les Talibans, il va falloir que tu te mettes à l’eau fraîche, et peut-être même au thé fumé au beurre de yack rance. Tu me diras, ça te changera de la Guiness et une petite diète ne te fera pas de mal, ne serait-ce que pour pouvoir boucler ta ceinture d’explosifs lors de ton prochain attentat-suicide.

    Je me demande si c’est censurable, ce genre de propos. On va bien voir.

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  7. « non parce qu’il rechigne à prendre part dans la vie associative du quartier » ? Tu peux préciser ce que « vie associative » implique dans le Village?

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  8. oUAIS TU VAS PARLER ET NOUS EN DIRE PLUS SUR ce gentil pakistanais et ce que l’on peut faire de lui oui ?! son destion , son avenir etc…il n’est pas condamné kan même !! fiantre

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  9. « Vie associative », Amélie, cela signifie les groupes de prières presbytériens, méthodistes, anglicans et autres groupes de discussion orangistes. Je suppose, aussi, que cela implique les petites excursions prévues par le centre social et culturel, dont je parlerai bientôt. Les clubs de footbal, aussi, il doit bien y en avoir. Sans même parler des quelques pubs où, à force de regarder des matches de football, on se fait adopter par les soulographes locaux.
    Bref, dans le Village plus qu’ailleurs, il y a une vraie vie de quartier un peu blessée.

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