Viol de Nankin (4), du nombre

memorial-nankin-cloche.1281876986.jpgEntrée du Mémorial de Nankin

La question du nombre de morts dans une guerre semble être essentielle pour la mémoire que gardent les générations suivantes. A Nankin, aujourd’hui, le Mémorial du massacre a incarné ce chiffre dans un monument. On a commandité une sculpture, une cloche bouddhiste en bronze, dont les mensurations et la structure renvoient aux chiffres de l’événement : trois piliers et cinq cercles pour rappeler les 300 000 morts. Dans l’ensemble du mémorial, le chiffre revient constamment, et est décliné de différentes façons.

On a besoin d’avoir un chiffre rond et, si possible, symbolique. Quand il n’est pas symbolique, on crée les symboles et et on fait tourner le chiffre comme un objet sacré.

Quand il s’agit d’un crime commis par une nation sur une autre, il est rare que les deux pays, même longtemps après la guerre, s’accordent sur les chiffres. Aujourd’hui, par exemple, la France et l’Algérie n’ont toujours pas trouvé un terrain d’entente sur ce point, ce qui empêche une réconciliation totale entre nos deux pays.

Au Japon, on sait qu’une partie de la population est tentée par le révisionnisme, et la question des manuels scolaires japonais est un gros sujet de discussion en extrême-Orient. J’en ai beaucoup entendu parler, de la part de mes étudiants, quand j’habitais à Shanghai. On ne sait pas assez que, dès l’hiver 1937 jusqu’aujourd’hui, des Japonais se battent pour dénoncer ce qu’a fait l’armée de leur pays. Qu’au Mémorial de Hiroshima, où je me suis rendu à cette même époque shanghaïenne de ma vie, le massacre de Nankin était reconnu comme un crime honteux.

Le problème est que, comme la Chine ne garantit pas la liberté de la recherche historique, il n’y a pas de collaboration possible entre historiens chinois et japonais pour trouver une manière commune de raconter la guerre. Les Chinois affirment qu’il y a eu 300 000 morts à Nankin, même si cela contredit les évaluations d’à peu près tous les autres observateurs, parmi lesquels les Occidentaux présents lors du massacre, qui parlent de moins de 100 000 morts.   

A Nankin, le Mémorial du massacre a incarné le chiffre officiel de 300 000 morts dans la sculpture qui accueille les visiteurs. J’avais parlé, dans mon premier blog (qui était entièrement consacré à Nankin), de « mathématique d’un massacre« , mais c’est parce que je n’avais pas remarqué que ce chiffre était en fait très contesté par les historiens, et que le pouvoir en place devait donc l’ériger comme une chose supérieure, échappant à toute discussion.

Iris Chang, dans The Rape of Nanking, a préféré suivre le chiffre de 300 000 morts, et je crois savoir pourquoi. Au fond, elle s’en fiche qu’il y ait eu 300 000 ou 50 000 morts. Ce à quoi elle est attachée, ce n’est pas le nombre de victimes, mais c’est la mémoire internationale. Et pour imposer ce crime dans la mémoire, elle a préféré faire corps avec l’historiographie chinoise officielle.

La contredire n’aurait fait qu’ajouter du débat, de l’incertitude. Or, on ne se souvient pas bien, quand on est dans l’incertitude.

memorial-chiffre.1281877015.jpg Mémorial du massacre de Nankin

4 commentaires sur “Viol de Nankin (4), du nombre

  1. En l’année passer où celle d’avant j’ai lu ce livre sur le Viol de Nankin de cette femme qui s’est suiscidé après l’avoir publier; les horreurs décritent valident facilement un tel geste de désespoir;sauf que cette femme-là n’y étais pas à ce moment-là ; quoi-que je trouve que ce récit est horrible ,je trouve cependant qu’il ne valide pas le suicide de l’auteure.

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  2. Un suicidem ce n’est pas facilement interprétable. Elle s’est donnée la mort après avoir écrit un autre livre, et en en préparant encore un autre. Le dernier livre publié traitait de l’histoire de l’immigration chinoise aux Etas-Unis, et le bouquin en préparation devait parler des crimes japonais sur les Américains pendant la guerre.
    Elle souffrait de dépression, et elle fouillait sans cesse le passé de sa propre double identité.

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  3. Le chiffre des morts ne donne qu’une première impression, une sorte de connaissance historique, qui est pourtant loin d’être puissant pour révéler la cruauté de ce massacre. S’il y avait que 10 victimes, on aurait ignoré l’événement? Peut-être. Mais le fait que ces dix victimes, comme les autres, ont subi la mort d’une façon dix fois plus inhumaine qu’on puisse imaginer, justifie la mémoire historique. Le massacre n’est pas un désastre naturel, tel un séisme. Ainsi son bilan devrait être ailleurs! A cet égard, je crois qu’un roman qui creuse l’intolérant mal de l’homme s’égale à un documentaire qui essaie de rétablir la vérité, car la valeur de l’histoire s’y inscrit.

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