Théorie du chef (2) M.Chen

A propos des chefs, et à propos des Chinois, je me souviens d’un chef de département de français, à Shanghai, qui était un peu l’incarnation du leader idéal selon la théorie de Claude Lévi-Strauss, que nous avons abordée le 5 octobre.

M.Chen régnait sur son département avec beaucoup de classe et d’énergie. Il était toujours là, dans les locaux, fumant cigarettes sur cigarettes, et toujours à l’écoute de tout le monde. Toujours entre l’administration et les étudiants, il savait y faire pour que chacun se sente à sa place. Il n’avait pas vraiment de pouvoir, mais il avait de l’autorité, qu’il tirait du fait que ses collègues consentaient volontiers à sa position de tête. Si on avait organisé une élection quotidienne, il l’aurait gagnée tous les jours.

Il était cette figure intermédiaire dont parle Lévi-Strauss, celui qui fait le lien entre tous.

Lors d’un dîner organisé pour mon départ, je pris la parole pour dire un petit mot, publiquement, sur chacun des collègues. Pour lui, je me souviens avoir dit qu’il était un peu le chef idéal, car il était un « transformateur ». Dans les moments de tension, qui ne manquent pas à l’université, il avait une grande capacité à tout prendre sur lui. Mais plutôt que de devenir bougon, de s’énerver ou de hausser le ton, la seule chose qu’il exprimait était la bonne humeur. Il recyclait, ainsi, les humeurs et les atmosphères.

Il payait cette intériorisation du stress par une médication quotidienne soutenue. Et par la clope. Mais dès que c’était possible, il nous invitait au restaurant. Combien de festins diplomatiques nous a-t-il donc offerts ?

M.Chen était un homme très dynamique, très souriant, très chaleureux, toujours partant pour des projets inédits. On peut mesurer sa capacité de gestionnaire à ceci : moi qui venais de la prestigieuse université de Nankin, où j’avais enseigné huit heures par semaine, M.Chen sut me faire accepter sans aucun problème que je bossasse deux à quatre heures de plus pour un salaire équivalent. Quand on me connaît, et qu’on sait quelle grande gueule je suis, quelle tête de cochon je peux être, on peut tirer son chapeau à celui qui a réalisé un tel prodige.

Un commentaire sur “Théorie du chef (2) M.Chen

  1. Ça fait penser à « Phébus et Borée »

    http://www.jdlf.com/lesfables/livrevi/phebusetboree

    La douce chaleur du Soleil a plus d’effet sur le voyageur que ne peut en avoir le brutal acharnement du vent du Nord.

    La même en chinois:

    北风和太阳争论谁的威力大。他们议定,谁能剥去行人的衣裳,就算谁胜利。北风开始猛烈地刮,行人把衣裳裹紧,北风就刮得更猛。后来,行人冷得厉害,又加上了更多的衣裳。北风终于刮累了,就让位给太阳。太阳先温和地晒,行人脱掉了添加的衣裳,太阳越晒越猛,行人热得难受,就把衣裳脱光,跳到附近的河里洗澡去了。

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