Face au trépas, pas de tracas (1)

 FACE AU TREPAS , PAS DE TRACAS , nouvelle en 2 parties   –

C’est le titre du mail qu’a envoyé mon père, depuis le Maroc, à quelques uns de ses proches. Une nouvelle, méditée au soleil oriental, père des inspirations les plus élevées. Comme je trouve cette nouvelle édifiante et instructive, il m’a paru pertinent de la mettre en ligne ici, avec son accord. Je remercie donc mon père de m’autoriser à diffuser ce petit monument de sagesse précaire.
 
 
Première partie : Monsieur CHAFANJON
 
Bien qu’il fût unijambiste,  l’homme avançait d’un bon pas. N’eût été un désagréable cliquetis métallique dû à la mauvaise qualité de sa prothèse d’un modèle déjà très ancien, nul n’aurait pu penser qu’il était handicapé. Il s’était habitué à ce bruit qui lui rappelait les westerns et les éperons des cowboys avançant d’une démarche chaloupée vers le saloon. Parfois, d’ailleurs, il imitait cette démarche lorsqu’il se sentait d’humeur badine.
En plus, ce bruit lui rappelait qu’il n’était qu’unijambiste alors qu’il aurait pu devenir cul de jatte, s’il avait eu moins de chance. En effet, il y a bien longtemps, dans sa période d’insouciance, il avait fait une très grosse chute, après avoir emprunté une piste noire, pour épater les copains, alors qu’il était ivre mort et n’avait jamais chaussé de ski.
Mr. CHAFANJON, car c’était là son patronyme, se dirigea vers l’église qu’il avait en point de mire.
Son interlocuteur lui avait précisé au teléphone, que son bureau se trouvait juste à côté, au numéro 2 de la rue des trépassés. Il jeta un regard distrait sur sa montre, mais il savait déjà qu’il serait à l’heure. Mr. CHAFANJON était toujours à l’heure.
Natif d’un petit  village du haut Beaujolais, là où il est préférable de boire de l’eau que du vin,  ses parents, pour d’obscures raisons culturelles, l’avait baptisé William, et Victor en deuxième prénom.
Ceci peut paraître anodin, mais, lorsqu’à la rentrée, l’instituteur écrivit au tableau les prénoms, noms et initiales de ses élèves, celà donna pour le petit william :                  Wiliam CHAFANJON (WC).
Rires dans la salle… !!
Géné, l’instituteur effaça et utilisa le deuxième prénom :
                                                          Victor CHAFANJON (VC).
Ceci n’arreta pas les rires de la salle !!!
 
William-Victor vécut très mal cette situation en voulut toute sa vie à ses parents, et, dès qu’il en eût la possibilité, se fit appeler sauf pour quelques intimes, Mr. CHAFANJON.
 
Ayant vécu ses 70 premières années cahin-caha en tentant d’oublier ses prénoms, il pensait être arrivé à une certaine sagesse. Et, comme son vernis culturel impressionnait ses voisins de palier plutôt incultes, il se prenait un peu pour « l’homo sapiens » du quartier.
Cependant, le poids des ans était là, et il avait de plus en plus besoin de sommeil, et de moins en moins de besoins sexuels.
On pouvait donc dire de lui, qu’il était en train de passer du stade « d’homo érectus », à celui « d’homo sapionce ».
 
Il savait que son espérance de vie s’amenuisait chaque jour (il comptait sur 20 ans maximum).
Etant un être responsable et prévoyant, il avait décidé de préparer dès maintenant ses obsèques, afin d’être totalement prêt, le jour où la grande faucheuse lui couperait l’herbe sous les pieds, et l’enverrait rejoindre le club des mangeurs-de-pissenlits-par-la-racine.
 
Voilà pourquoi, Mr.CHAFANJON, avait rendez-vous ce jour là, au 2 de la rue des trépassés, avec Mr. Pierre QUEGUINER.

2 commentaires sur “Face au trépas, pas de tracas (1)

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