Korhogo (6) Entomologiste

A part quelques jeunes coopérants timorés ou des fonctionnaires dont l’objectif était de rentrer le plus tôt possible en France avec un gros magot, la plupart des blancs que j’ai connus en Afrique étaient tous un peu fêlés, si ce n’est complètement dingues ! (A la fin de mon séjour en Côte d’ Ivoire, j’avais moi-même la réputation de faire partie de la 2éme catégorie).

Ainsi Pierre, Réunionais, créole blanc, lointain descendant de bretons. Nostalgique de son île , il m’ invitait régulièrement à partager la rougaille, saucisses abondamment arrosée de rhum arrangé ! Des années de pratique de ce régime l’avaient rendu grassouillet, et avec sa bonne bouille et son sourire permanent, lorsqu’il était torse nu, il ressemblait à un sympathique Bouddha. Il était entomologiste et ne quittait jamais son outil de travail principal : un filet à papillons aux mailles finement entrelacées sur le manche duquel il avait pyrogravé son nom! Les poches latérales de son pantalon de treillis étaient pleines d’éprouvettes. Il était constamment à l’affût du passage d’un insecte et tout en continuant à discuter, avec une agilité incroyable, compte tenu de son poids, il lançait brusquement son filet et récupérait l’invertébré qu’il déposait ensuite délicatement dans une éprouvette. Il se livrait à cette pratique n’importe où, n’importe quand et cela faisait bien rire les petits Africains qui l’applaudissaient à chaque prise ! Il les houspillait d’un affectueux : « dégagez pt’its cons ».

Dans le cadre de la recherche sur l’onchocercose, terrible maladie qui rendait aveugles nombre de villageois, son employeur l’avait envoyé dans l’est du pays particulièrement touché par ce fléau afin d’y prélever le maximum d’insectes vecteurs de cette maladie.

C’est ainsi que je rencontrai par hasard l’ami Pierre lors d’une tournée sur les rives de la Comoë. En short, torse nu, il était assis sur une petit rocher affleurant le fleuve, les pieds dans l’eau, bouteille de rhum et éprouvettes à ses côtés. Il attendait, me disait-il , d’une voix pâteuse, que les simulies , ces fameux insectes, viennent se poser sur son bedon rebondi. D’un geste vif, et si possible avant d’avoir été piqué, il posait l’éprouvette en appuyant pour que la bestiole soit aspirée. Il refermait alors l’éprouvette sur laquelle il notait divers paramètres, s’envoyait une large rasade de son antidote préféré et se préparait au prochain combat!

Il prétendait que cette méthode était moins fatigante et plus efficace que le filet !

Cet homme était vraiment adorable et chacun lui pardonnait volontiers ses blagues et ses jeux de mots un peu lourds. Il avait coutume ainsi d’affirmer en rigolant que son travail permettait aux Ivoiriens d’y voir mieux!

Sacré Pierre, content de t’avoir connu.

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