Le sage précaire fait du Yoga

J’ai tellement entendu parler du yoga ces derniers temps que j’ai décidé d’y tenter mes premières expériences.

Un type de cours, en particulier, m’intriguait, car une suspicion planait selon laquelle cette forme de yoga se rapprochait d’une secte. Je demandais ce qu’il en était à ma camarade qui en était une fidèle inconditionnelle : elle m’a dit qu’il n’y avait rien de sectaire, que c’était juste l’activité la plus satisfaisante, à tout point de vue, qu’elle avait jamais exercée dans sa vie… Qu’elle connaissait d’autres sceptiques, comme moi, qui, dès qu’ils y avaient goûté, y retournaient tous les jours tellement c’était bon et tellement cela vous changeait la vie.

C’est une forme de yoga qui se passe dans une pièce chauffée. Il y fait une quarantaine de degrés, ce qui, paraît-il, augmente de beaucoup la souplesse du corps. En plein hiver, dans un pays humide, c’est de toute façon une caractéristique à prendre en compte sérieusement.

On me dit que c’est une secte pour d’autres raisons. Les « fidèles » paient beaucoup d’argent paraît-il, et le moniteur ne cesse de parler pendant les exercices. Or, on me propose de profiter de deux semaines d’essai pour vingt livres sterling. Il me reste douze ou treize jours avant de rentrer en France, si bien que si je profite de six ou sept séances, le coût aura été amorti énormément. Le seul risque, finalement, est que je devienne moi-même un fidèle parmi les fidèles, que je me convertisse… Moi qui n’ai jamais cru à rien, qui suis aussi addictif qu’une pierre qui roule, ça me ferait plaisir une fois dans ma vie, d’être pris dans un mouvement mystique et sectaire, pour voir un peu. C’est décidé, la sagesse précaire sera yogi ou ne sera pas.

Cela fait trois fois que j’y vais, et le résultat est à la fois positif et décevant. Positif parce que cela fait toujours du bien au corps de se contorsionner pendant une heure et demie. Mais décevant car cela n’a rien d’une secte, ou en tout cas je n’ai pas reçu les informations subliminales qui me séduiraient et me feraient dévier de ma voie. Le moniteur parle en effet tout le temps, mais c’est un texte appris par coeur, qui accompagne les mouvements, et qui ont pour but de concentrer les élèves sur les efforts à fournir. Le tout est parfaitement dénué de spiritualité, ce qui me convient.

La salle de sport est pleine de jeunes gens (et de moins jeunes) en parfaite santé, et au corps splendide. Nous sommes tous dévêtus, la plupart des rares hommes sont torse nu, et les femmes contemplent leurs belles formes dans le miroir qui nous fait face. Nous sommes encouragés à regarder constamment le miroir, ce qui développe, incidemment, une sorte de fascination pour l’image de son propre corps.

Le sage précaire, en général, n’a pas un corps extrêmement appétissant, il se trouve souvent le seul grassouillet dans un groupe d’élégants gymnastes, le seul poilu dans un groupe d’éphèbes effilés.Mais après tout, qui le sait, peut-être la magie du yoga l’amènera à developper une corporalité harmonieuse et florale ?

Il perd aussi souvent l’équilibre, le sage précaire, lors des poses sur une jambe, déconcentrant par là même les jolies filles qui l’entourent et qui tombent comme des mouches à cause de lui. Il est enfin celui qui transpire le plus, suant à grosses gouttes des litres d’eau, rougissant et grimaçant dans un groupe discipliné de belles personnes graves, élastiques, blanches, synchrones, souples et légèrement décoiffées.

Les vagues tentations de me rincer l’oeil sont donc noyées dans la douleur, dans la sueur et dans les regards noirs des trop jolies blondes qui perdent l’équilibre à cause de moi. J’aimerais dire que c’est là, enfin, que je suis devenu un « tombeur de filles », mais maintenant que je fais du yoga, je me refuse à tout jeu de mots à la con.

10 commentaires sur “Le sage précaire fait du Yoga

  1. « ça me ferait plaisir une fois dans ma vie, d’être pris dans un mouvement mystique et sectaire »
    Je pensais que vous aviez bien eu l’occasion, à Belfast, d’être pris dans des mouvements de la sorte. Mystique et sectaire, ne l’est-on pas un peu plus en Irlande du nord qu’ailleurs?

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  2. Hi hi hi, oui Géraldine, vous n’avez pas tort. Je ne sais pas si vous dites cela pour rire, mais je trouve le trait très drôle.
    Cochonfucius, comme toujours, tu trouves le jeu de mot idoine. Je n’y avais pas pensé, mais là j’ai une excuse : j’ai annoncé en dernière phrase que je ne pratiquais pas les jeux de mots…

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  3. Sage précaire ,je reste un peu sur mon quant-à-soi concernant ta pratique du yoga, de quoi tu parles? d’une pratique d »équilibre sur une patte ou d’une discipline de mieux-être bâser sur la stabilité de l’être.

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  4. Sage précaire mon préféré, je reviens dans tes comms pour constater toutes les magnifiques chroniques que j’ai moffé et que ton trop bien élevé et sage lectorat te remette en perspective et se tient quoit attendant la suite de ta si belle prose.

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  5. Kiffer, ça veut dire aimer.
    Merci Mildred pour ces gentilles paroles, c’est vrai qu’avec les blogs, on moffe un max.
    Pour répondre à ta question, le type de yoga dont je parle, c’est le « Bikram ». Il s’agit d’une série de positions qui se font dans une salle chauffée à 42°C. Il paraît que c’est pour recréer les conditions de je ne sais quelle région d’Inde. Il paraît aussi la chaleur assouplit le corps et nous rend plus souple. Il paraît enfin que la transpiration abondante évacue tout un tas de toxines et autres éléments malsains qui se logent sous la peau.

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