Mes conseils à mon frère pour qu’il propose des stages en Cévennes

En ma qualité de sage précaire qui vit dans une cabane sans électricité et qui ne génère pas de revenus, j’ai senti grandir en moi une fibre de consultant en carrière économique. Je partage ici le résultat d’une méditation stratégique.

Mon frère et sa compagne sont tous les deux à la croisée des chemins et je leur donne des conseils professionnels qu’ils ne sollicitent pas le moins du monde et dont ils n’ont aucun besoin.

Quadragénaires, ils se sentent précaires dans leur activité salariée et se posent des questions quant à leur avenir. Ils projettent des idées sur ce terrain d’Aiguebonne, où je passe une année de retraite. Ils ont des idées de cultures spéciales et de maraîchages divers. Ils réfléchissent, ils avancent à leur manière, sans que l’on sache ce qui va éclore. C’est là que mon conseil avisé prend place.

À mes yeux, une activité professionnelle leur tend les bras, autour de laquelle ils tournent sans se l’avouer : faire du terrain un lieu d’accueil pour des stagiaires citadins en quête spirituelle de vie naturelle et de connaissance botanique. Ils formeraient un merveilleux couple d’hôtes, charismatiques et humbles. Ils se feraient adorer par leurs visiteurs, et le bouche-à-oreille serait fantastique dans la France entière.

Je vois d’ici quelques cabanes colorées, du type village Arc-en-ciel, et autres habitats alternatifs à la mode, roulottes, yourtes et huttes en paille. Ou mieux encore, des maisons faites à la manière des habitations du néolithique décrites dans le Musée Cévenol du Vigan.

Des gens viendraient pour des stages de trois ou quatre jours. Les activités :

1. Autonomie alimentaire. Découverte des victuailles sauvages sur le terrain d’abord, puis dans les montagnes environnantes. Comme les plantes sauvages sont « cultivées » sur le terrain – elles sont en tout cas encouragées à y demeurer, leurs graines étant sauvegardées et semées – les stagiaires ne pourraient pas être déçus, il y aurait au moins l’assurance de leur montrer un certain nombre de salades sauvages.

2. Randonnée. Les balades autour du terrain sont magnifiques et elles sont historiques ; si la chance ne sourit pas et ne donne que peu de salades, elles ne peuvent pas décevoir sur le plan de leur beauté stupéfiante et leur intérêt anthropologique. Et les bons mois, ces randonnées sont pleines de cèpes !

3. Abeilles. Mon frère pourrait s’occuper d’une activité singulière, « apiculture sauvage », élevant un cheptel d’abeilles dans des ruches-troncs, comme il en a le désir. Tout cela pourrait être baigné de conversations charmantes et de cours de cuisine de toutes sortes pour consommer lesdites plantes sauvages.

4. Histoire naturelle. On agrémenterait, enfin, les connaissances botaniques de musique et de danse traditionnelles, de reconnaissance des chants d’oiseaux, d’explications concernant la géologie et les pierres de feldspath, de bains chauds nocturnes plus ou moins crapuleux et de lectures de la voûte céleste.

J’organiserais, si j’étais eux, des séjours de trois nuits et quatre jours, calés sur la spécialité française de la semaine de 35 heures, favorisant les longues fins de semaines propices à l’évasion et au tourisme vert. En comptant 50 euros par jour et par personne, chaque participant donnerait 200 euros pour le séjour (c’est donné !), qui ne serait viable qu’avec des groupes de quatre à six personnes, si bien que chaque stage génèrerait automatiquement un revenu allant de 800 à 1200 euros. Il suffirait donc de deux stages par mois pour rendre l’activité rentable, si l’on tient compte des investissements nécessaires.

Quand on sait que des vacanciers sont prêts à payer entre 50 et 100 euros pour le logement uniquement, du moment que le lieu est un peu insolite, on imagine aisément que les prix que j’ai avancés ci-dessus sont le strict minimum et sont appelés à augmenter avec le succès de l’entreprise. La potentialité économique de ce projet ne fait simplement aucun doute, et l’on connaît aujourd’hui des systèmes de crédit participatif et solidaire qui rendrait le financement de l’entreprise très facilement jouable.

Selon moi, un stage pourrait suivre ce planning de départ :

Jour 1 : accueil, familiarisation du logement et du terrain, jardinage et première conférence en plein air sur les salades sauvages du terrain.

Jour 2 : Randonnée depuis le terrain, boucle Puech Sigal, col de l’Asclier, col de l’Homme mort et retour. Compter la journée entière avec diverses pause casse-croûtes et cueillettes.

Jour 3 : Penser à reposer les membres après la randonnée d’hier. Apiculture sauvage. Dégustation des produits de la ruche. Préparation de plats cuisinés avec toutes les plantes sauvages récoltées depuis le Jour 1.

Jour 4 : À la carte, en fonction des désirs des participants :

Option « cool Raoul » : quartier libre au terrain pour lire, discuter, ou pratiquer la collecte de plantes.

Ou alors, option « tropisme cévenol » : promenade jusqu’au village de Notre-Dame de la Rouvière par le « vieux chemin », pour y boire un verre de l’amitié ou y faire des courses (penser à établir un partenariat avec la famille du maire, dont les membres sont si aimables, si commerçants et si ouverts.)

Ou alors : escalade du fameux chemin dit des « 4 000 marches » jusqu’au mont Aigoual. Visite du musée météorologique de l’Observatoire.

Ou alors : leçon de danse et de musique traditionnelle. Mon frère à la cornemuse, sa compagne à la danse, ils peuvent très facilement enseigner la pratique des cercles circassiens et des bourrées à n’importe quels stagiaires, même ceux qui n’ont jamais dansé de leur vie. Mon frère peut leur montrer différents instruments, datant du Moyen-âge, et il sait en parler de manière passionnante.

Ou encore : ivrognerie décroissante, à coup de vin de sureau et de cidre à l’ortie.

Ou encore : baignade dans la rivière, descente en canoë.

Ou bien : chasse au sanglier, braconnage en tout genre, avec des arbalètes pour faire moins de bruit, et pour s’assurer de rentrer bredouille.

Ou alors : steak-frites, bières et football pour décompresser vraiment.

Ou enfin : sexualité champêtre, dans le cadre d’une prostitution naturelle, biologique et végétarienne (concept à creuser.)

Enfin bref, le quatrième jour de ces stages a tellement de potentiel qu’on peut le laisser ouvert pour le moment.

Je leur parle de mes idées de génie mais ils ne semblent pas convaincus du tout. Accueillir des gens et parler avec eux ne les attirent pas. Moi en revanche cela me conviendrait, mais je n’ai pas de terrain où organiser de tels stages, ni la moitié des connaissances que mon frère et sa compagne possèdent.

2 commentaires sur “Mes conseils à mon frère pour qu’il propose des stages en Cévennes

  1. Très cher, il recommence à faire moins noir plus tard le soir; je me reprends à vadrouiller plus longtemps sans clair de lune, plus facile par temps chaud qu’a moins vingt. Pourras-tu convaincre ton frangin de la valeur nette de ton produit…$$$…

    J’aime

Répondre à Cochonfucius Annuler la réponse.