Traverser à vélo l’Algérie des années 1980

Il rêvait d’Algérie et de bicyclette, alors quand il a terminé ses études de médecine, il s’est offert ce rêve, mais c’était sans compter sa compagne, Béatrice, qui ne supporte pas de voir partir son amoureux loin d’elle. Elle aurait pu l’accompagner dans ce voyage mais elle n’aime pas le vélo.

À la fin du récit, le narrateur est à Tamanrasset et n’a toujours pas réglé son conflit conjugal. Le lecteur ne saura pas si le couple tiendra.

Entre temps, Denis Fontaine aura rencontré l’Algérie des années 1980, celle que j’ai connue moi aussi quand j’étais enfant. Une Algérie entre deux époques historiques : non plus celle des grands espoirs socialistes des années d’indépendance, pas encore celle de la guerre civile entre militaires et islamistes. C’était un pays paradoxal, sûr de lui et accueillant, légèrement arrogant et globalement bienveillant envers les voyageurs français.

On y découvre Ghardaia et le M’zab dans sa réalité ibadite, cet islam qui refuse d’adhérer au sunnisme et au chiisme. À la différence de l’ibadisme que l’on pratique au sultanat d’Oman, où il est majoritaire, celui de l’Algérie fut un acte de résistance berbère à l’invasion des Arabes il y a mille ans.

C’est à Ghardaia que le voyageur reçoit à la poste restante des courriers de son amoureuse, restée en France, qui se demande où va cette histoire d’amour. Et c’est le coeur lourd que Fontaine déambule dans ces villes ibadites. La plupart des femmes croisées dans la rue y étaient voilées entièrement, contrairement à ce que l’on raconte aujourd’hui, les maisons y sont sans fenêtres apparentes, et pourtant, on s’y sent accueilli :

C’est à Ghardaia que je ressens le mieux le paradoxe du monde arabe, ce mélange intime d’ouverture et de fermeture.

Denis Fontaine, La route de Tamanrasset, p. 86.

Il est paradoxal que ce soit précisément un territoire berbère qui inspire au voyageur cette révélation sur le monde arabe.

Le récit de Fontaine donne à voir une Algérie qui aurait pu trouver le chemin de la réconciliation avec la France, n’étaient les impondérables de l’histoire et des hommes. C’est peut-être pour cela que l’écrivain voyageur rejoue cette comédie humaine de la réconciliation conjugale, comme un fil conducteur qui s’entremêle avec le trajet géographique.

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