Il y a cent ans, le 15 juillet 1926, le gouvernement (républicain et laïque) de la troisième République inaugurait la Grande Mosquée de Paris. Loin de développer un discours de suspicion ou de ségrégation vis-à-vis des musulmans, l’État a fait le choix audacieux d’investir massivement dans un édifice somptueux pour intégrer l’islam et les musulmans au sein du discours républicain. Certes, cette initiative ne naissait pas d’un pur esprit de concorde universelle, mais bien d’une volonté de contrôle colonial et impérial visant à encadrer les sujets de l’empire. Cependant, face à cette ambition de maîtrise, les dirigeants de 1926 auraient pu adopter une attitude aussi étroite d’esprit que certains de nos « pseudo-républicains » d’aujourd’hui. Ils ne l’ont pas fait.
Cette histoire nous invite à trier le bon grain de l’ivraie. Au lieu de nourrir des discours de rejet systématique contre le voile ou l’abaya, de publier des rapports vides de sens sur les Frères musulmans ou de laisser des chercheurs se livrer à une diatribe haineuse contre l’islam, nous devrions nous inspirer de l’esprit de 1926. Il est temps d’opérer un tournant : celui d’une décision politique claire pour construire, dans toutes les villes de France, des mosquées dignes de ce nom. Il est temps que nos territoires se dotent de ce patrimoine architectural et spirituel.
Il faut cesser de parler de « leurs mosquées » comme d’un élément étranger, pour adopter enfin la même posture que pour nos cathédrales ou nos églises : dire « nos mosquées ». La Grande Mosquée de Paris, aujourd’hui, est indéniablement un patrimoine français. Elle accueille des centaines, voire des milliers de visiteurs chaque jour, qu’ils soient croyants ou non. Ces édifices embellissent nos villes, elles sont des lieux de vie et de rencontre. Leur multiplication faciliterait l’intégration réelle et permettrait aux musulmans de se sentir pleinement respectés et chez eux.
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Nous traversons actuellement une phase de régression qui a débuté dans les années 1990, marquée par les polémiques des « néo-philosophes » contre le voile des filles à l’école. Cette dérive a engendré de nombreux malentendus et une fracture sociale profonde. Cependant, il est temps de sortir de cette spirale. Nous devons revenir à une époque de concorde, de compréhension et d’intégration, en suivant l’exemple de ceux qui, il y a un siècle, ont compris que la laïcité ne s’oppose pas à la dignité des cultes.