Rima Hassan et l’exposition des petits trésors glanés en prison

Le média décolonial Parole d’Honneur (PDH) a invité Rima Hassan, député européenne pour un entretien de plus de deux heures qui a tourné autour de son engagement militant et politique.

C’est une réunion assez émouvante où les activistes français d’origine africaine profitent de la présence de Rima Hassan pour lui témoigner de la reconnaissance et de l’affection. Ils ont vécu comme une divine surprise l’émergence de cette figure politique qui défendait les Palestiniens sans jamais s’excuser et surtout en faisant face, avec le sourire, à l’extrême hostilité des journalistes qui n’avaient de cesse de la provoquer.

Dans cette émission de PDH, Rima se comportait comme une jeune femme de son temps, sans chercher à jouer un rôle.

À la fin de l’émission, elle a sorti une boîte dans laquelle se trouvaient des objets qu’elle avait ramassés dans les prisons où elle a séjourné en Israël, lors de l’arrestation de la Flotille de la Liberté.

Ces quelques objets, abandonnés par d’anciens prisonniers palestiniens, sont pour la plupart des mots d’amour et de dévotion. Un chapelet constitué de noyaux d’olives, des élastiques de pantalons recouverts de noms et de paroles, et des médailles faites en mie de pain durcie, frappées des noms de celles et ceux qui peuplaient l’imaginaire des prisonniers.

Ces petits trésors intimes, Rima Hassan va les donner à une galerie de Lausanne pour en faire une exposition. Quand j’ai vu cela, mon cœur de muséographe s’est serré. Je me suis senti spontanément, personnellement, concerné par cette idée de musée : une galerie faite d’une collection infâme d’objets adorés par des hommes maudits, des femmes rejetées. Je vois d’ici le musée que l’on pourrait créer : la dévotion des prisonniers.

En attendant c’est une simple exposition. Très belle idée d’exposition qui, je l’espère, sera itinérante pour que je puisse la visiter quand elle se trouvera dans une de mes villes de passage.

Rima a passé du temps dans une prison israélienne pour nulle raison spécifique. L’injustice dont elle a été victime, elle ne s’en drape pas pour émouvoir le chaland ; elle préfère informer, se battre et rigoler. Dans la même période, l’ancien président Nicolas Sarkozy a publié un livre auto-complaisant sur ses jours passés à la prison de la Santé. Lui est coupable de corruption et de collusion avec un terroriste et un dictateur libyen. À chacun ses héros.

Du pur point de vue artistique, la Sagesse précaire choisit Rima Hassan.

Un artiste du bois en plein Jeddah

Ce décor de cinéma, c’est un coin de Jeddah, la grande ville portuaire d’Arabie Saoudite. On l’atteint en flânant dans les ruelles de la vieille ville.

C’est le studio d’un artiste jeune mais déjà renommé qui est originaire de Jeddah et qui est spécialisé dans le travail du bois. Inspiré par les espèces de Moucharabiés de sa ville natale, il les réalise et il s’en écarte pour proposer des choses plus personnelles.

Si vous regarder bien cette porte, vous verrez une sorte d’oiseau car l’artiste joue sur la géométrie des modules de bois pour faire varier les formes.

Email à une entreprise française : Positionnement stratégique et perspectives de développement dans le Golfe persique

Chère Madame,

Je vous remercie encore pour nos échanges récents. Ils témoignent d’une ambition réelle pour le développement international de votre entreprise, et je suis convaincu qu’un positionnement précis peut vous permettre de saisir des opportunités importantes dans la région du Golfe.

Si je me permets d’être direct tout en restant pleinement respectueux de votre démarche, c’est parce que les attentes dans cette région sont élevées et nécessitent une préparation stratégique solide. Les institutions et entreprises de la péninsule arabique, avec lesquelles je travaille quotidiennement, apprécient chez les Français des partenaires capables d’incarner une certaine stature européenne : excellence culturelle, rigueur intellectuelle et savoir-faire reconnu dans les domaines de la communication, des arts et du patrimoine. Cette dimension constitue un atout naturel pour une agence hexagonale.

Cependant, pour que cette promesse française soit crédible et compétitive, deux éléments sont aujourd’hui incontournables. Le premier va de soi mais le second pourrait paraître à tort polémique :

1. Une véritable capacité de travail en anglais, et non une simple externalisation

Le recours systématique à la traduction affaiblit souvent la fluidité des échanges et peut être perçu comme un manque de maîtrise de la relation internationale. Les acteurs des monarchies pétrolières attendent un niveau d’anglais professionnel permettant d’interagir directement, rapidement, et sans intermédiaires.

2. Une présence affirmée d’auteurs et de spécialistes arabophones

Cela ne relève pas uniquement d’une question linguistique. C’est une question de positionnement culturel que je voudrais discuter avec vous en tant que nous sommes vous et moi citoyens français :

Notre pays entretient depuis plus d’un millénaire un lien profond, complexe et continu avec les cultures arabes et musulmanes – de l’époque médiévale aux échanges intellectuels, en passant par la Méditerranée moderne et les dynamiques contemporaines. Cette réalité fait partie intégrante de notre identité culturelle et constitue une force unique, qui est malheureusement sous-exploitée.

Mon propos n’est pas de prétendre que la maîtrise de l’arabe est requise pour être réellement audible et légitime dans le Golfe. Je sais bien que les Saoudiens et les Qatariens ne s’attendent pas à voir une jolie Parisienne échanger des salamalecs avec eux lors d’une négociation. En revanche, si vos contenus étaient portés par des auteurs capables d’écrire directement en arabe, de comprendre les nuances culturelles et de s’inscrire dans cette longue histoire de relations franco-arabes, votre agence aurait plusieurs longueurs d’avance sur la concurrence et contribuerait à donner une meilleure image de la France. Pas seulement celle du luxe, de la mode et du XIXe siècle, mais celle d’un pays millénaire qui prend la culture au sérieux.

Présenter une équipe sans compétences rédactionnelles en anglais et en arabe peut donner l’impression que la France n’assume pas ce patrimoine historique. À l’inverse, intégrer des auteurs français arabophones et anglophones enverrait un signal fort : celui d’une agence française pleinement consciente de ses richesses, ouverte sur le monde arabe, et capable de dialoguer avec lui en profondeur.

Je suis persuadé qu’en renforçant ces deux axes, votre entreprise pourra non seulement répondre aux attentes du marché du Golfe, mais aussi s’y distinguer par une approche fondée sur l’héritage culturel français, qui est intimement lié, de longue date, à la culture arabe.

Ce n’est donc pas une question d’ajouter un service de traduction, mais de porter une vision authentique et ambitieuse de ce que peut être une agence française dans un contexte international plein d’opportunités mais connaissant une concurrence très forte venue de pays européens très solides culturellement et capables de proposer des prix plus compétitifs.

Imaginez une seconde des agences espagnoles concurrentes à la vôtre et domiciliées en Andalousie. J’en connais. Pour gagner un marché, elles vont rappeler la grandeur des siècles arabo-andalous, ce qui sera bien vu puisque « Al Andalous » est toujours perçu comme un âge d’or de la culture islamique. Imaginez que ces agences se présentent avec, à la fois, le savoir-faire européen, la technologie occidentale, la réputation sympathique des Espagnols et une arabité assumée, confiante en elle-même ! Elles obtiendraient tous les contrats.

Heureusement, les Espagnols ne sont pas en avance sur l’enseignement de l’arabe. La France a ici un atout qu’il ne faut pas négliger. Votre agence a dans sa ville de nombreux talents capables de vous aider à incarner une France enfin réconciliée avec sa dimension arabe tout en étant anglophone comme tout le monde.

Je reste naturellement à votre disposition pour approfondir ces points et envisager ensemble des pistes de structuration adaptées.

Bien cordialement,

Guillaume Thouroude

Conseiller transversal en affaires culturelles

France, Allemagne, Arabie Saoudite

Lettre ouverte aux entreprises culturelles françaises souhaitant se développer dans le monde arabe

Dans un contexte où les industries culturelles françaises cherchent à renforcer leur présence dans les pays du Golfe persique et, plus largement, dans l’ensemble des mondes arabe et musulman, une exigence fondamentale s’impose : la capacité à produire et communiquer directement en langue arabe.

Je trouve incroyable que des entreprises reconnues pour leur excellence, leur créativité et leur expertise internationale puissent encore déclarer ne pas disposer de compétences arabophones en interne. Je peux le comprendre pour nos voisins, mais pour la France, je déclare que c’est une anomalie.

Il est possible qu’une telle lacune fragilise la crédibilité des acteurs français auprès de partenaires des monarchies pétrolières, mais le problème est ailleurs. Je ne veux pas limiter mon propos à la banalité selon laquelle les pays arabes accordent une importance considérable à la maîtrise de leur langue et à la compréhension fine de leurs contextes culturels.

Mon propos est d’abord dirigé vers la culture française elle-même. C’est pourquoi je m’adresse ici à vous, acteurs français de la culture, des arts et des lettres : affirmez-vous comme français avec tout ce que cela implique de luxe, de raffinement, de musées et de philosophie, mais aussi en soulignant l’arabité de la France.

Un rappel nécessaire : la France entretient un lien ancien et profond avec le monde arabo-musulman

L’histoire française est marquée depuis plus de treize siècles par des échanges multiples avec le monde arabo-musulman :

  • contacts politiques et commerciaux dès le haut Moyen Âge ;
  • guerres et batailles dont la légendaire histoire qui raconte que Charles Martel arrêta les Arabes à Poitiers en 732.
  • influences littéraires, notamment dans la tradition des troubadours, largement inspirée de la poésie arabo-andalouse ;
  • transferts architecturaux, visibles jusque dans l’art roman, nourri des savoir-faire développés en Espagne andalouse ;
  • croisés partis en Terre sainte et devenant arabes au sein de leurs « Royaumes francs » en Orient ;
  • importance d’Averroès dans les Lumières françaises comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon lors d’une audition d’une commission parlementaire sur l’islam en France ;
  • relations contemporaines issues des dynamiques coloniales, migratoires et culturelles.

Lire aussi : Les rapports anciens de la France avec l’Islam. Comment les identitaires prennent nos ancêtres pour des cons

La Précarité du sage, 2021

Ces liens ont façonné durablement la culture française. Ils rappellent que la France est certes un pays laïque, qu’il est surtout un pays d’athées, et qu’il fut un grand pays catholique puis protestant, mais qu’elle est aussi un territoire marqué par des apports arabo-musulmans pluriels et anciens. Cette réalité constitue une richesse culturelle et diplomatique majeure que vous devriez mettre en avant dans vos démarchages et vos négociations.

Valoriser les compétences françaises pour renforcer la présence à l’international

Dans cette perspective, il est essentiel que les entreprises culturelles françaises mobilisent les ressources arabophones présentes sur le territoire national. Qu’ils soient d’origine arabe ou non n’importe pas puisqu’ils sont Français.

La France dispose d’un vivier de professionnels hautement qualifiés, maîtrisant l’arabe classique, l’arabe culturel, ainsi que l’anglais et le français à un niveau d’excellence. Ils sont capables de produire des contenus exigeants, adaptés aux standards internationaux, et sensibles aux nuances culturelles indispensables à tout projet dans le monde arabe.

Ne venez plus en Arabie Saoudite sans avoir du personnel français arabisant.

Recourir systématiquement à des compétences externes ou étrangères, alors que ces profils existent en France, revient à négliger un atout stratégique majeur et à donner une image affaiblie d’une filière française pourtant riche de sa diversité culturelle.

Un enjeu de crédibilité et de respect mutuel

Pour s’implanter durablement dans les pays du Golfe persique (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Oman, Koweït) les entreprises françaises doivent démontrer qu’elles peuvent produire en arabe.

Produire en arabe ne peut pas être un simple service additionnel.

Assumer et mettre en valeur la pluralité culturelle française est également un levier diplomatique puissant, en cohérence avec l’histoire millénaire de la France.

Investir dans les compétences arabophones françaises

Pour accompagner ce mouvement, la Sagesse Précaire peut activer ses réseaux afin de mettre en relation les entreprises avec des Français arabophones formés, expérimentés et capables de répondre aux exigences des partenariats internationaux. Appelez le Sage précaire si vous rencontrez des difficultés pour trouver les perles rares qui vous feront briller : mon carnet d’adresses est plein de profils français arabes excellents.

Ma lettre touche à sa fin. Il me reste un argument pour vous convaincre d’assumer votre dimension orientale : vous vous enrichirez ! La réussite des entreprises culturelles françaises dans le monde arabe repose sur une stratégie claire qui tourne le dos aux discours identitaires et embrasse enfin la France dans son histoire arabo-musulmane.

Tabuk et l’éloquence du grimpeur : sur les parois de Wadi Disah

Les Bédouins parlent peut-être avec parcimonie, mais c’est un cliché : j’ai un peu la sensation que les Bédouins aiment beaucoup parler et que pour les nomades, il faut faire un usage savant du silence et du bavardage. Mieux que les sédentaires, les nomades utilisent les silences et les paroles comme des armes et comme des procédés performatifs.

Mon vieil ami Abou Mahdi s’avère un grand bavard quand le débit de paroles lui est utile. Quand il grimpe sur les parois comme un cabri, il me parle beaucoup parce qu’il sait que sa logorrhée a pour effet de me faire oublier le vertige. Il me guide et m’encourage en me parlant beaucoup car il sent que je commence à manquer de force et de courage. Je me vois glisser et tomber dans l’ombre. Mes jambes commencent à trembler. Abou Mahdi rit de me voir si couard et urbanisé, et il me parle d’autres choses pour me faire oublier le danger. 

Mais pourquoi donc grimpons-nous sur ces falaises du Wadi Disah ?

On ne peut pas simplement lézarder et picniquer sur un rocher, comme les autres groupes d’amis que nous avons croisés tout le long du chemin ?

Cavité dorée sur la falaise des gorges du Wadi Disah

Non, Abu Mahdi a un plan et une mission, mais je le découvre après coup : il veut me montrer les trésors rupestres qui jonchent la paroi. Je vois des gravures de loin et je confesse que cela me rassérène. Je me dis tant pis pour les crampes et les risques de chute ; si un vieillard pieds nus en robe et à la barbe blanche est capable d’escalader aussi facilement, le sage précaire pourra le faire au prix d’égratignures. Et même au prix de la vie, s’il le faut, car je ne vais pas faire machine arrière au moment où je m’apprête à voir des œuvres gravées il y a des millénaires et qui n’ont jamais été étudiées.

Comment comprendre ces étranges figures ? Sont-ce des bateaux à roulettes ? des voitures préhistoriques ? des animaux stylisés ? des dieux ? des djinns ?  

Tabuk, la Maison en terre

J’entre dans cet espace urbain en pensant que c’est ouvert à tous. Après tout, je suis dans un souk : des gens discutent, d’autres boivent du thé, des enfants courent. Je suis attiré par des tapis artisanaux, d’une beauté simple, aux motifs géométriques qui semblent raconter des choses que je ne comprends pas encore.

Sans réfléchir, je m’enfonce plus loin. Les ruelles se font plus étroites, les murs de terre ocre plus épais. Il y a là des portes en bois sculpté, des lampes suspendues, des espaces d’ombre où le temps s’alourdit. Soudain, j’entends la voix d’une jeune femme :

تريد الزيارة بالعربية أو بالإنجليزية؟ 

qu’elle me lance. Je lui réponds, mais avec un accent français à couper au couteau :

زيارة؟ زيارة إيش؟

Elle me regarde avec un petit rire.

زيارة المتحف طبعاً! أنت الآن داخل المتحف. 

Ah bon, c’est un musée ici ?

Je regarde autour de moi. Des ruelles, des tapis, un salon ouvert… Non, vraiment, je n’avais pas remarqué.

Elle appelle un monsieur qui s’approche, tranquille, le regard doux. C’est le directeur, m’explique-t-elle : le gardien de ce lieu qu’on appelle la Maison en terre. Il m’invite à le suivre si je veux bien d’abord payer 50 riyals.

L’intérieur ressemble à un salon, mais sans canapé. Ici, les coussins jonchent le sol comme dans les tentes bédouines. Les tapis, tissés sur des métiers d’à peine un mètre de large, rappellent leur vie nomade (ils devaient pouvoir être roulés, chargés sur des chameaux et redéployés ailleurs, au gré des saisons.)

Tabuk est une région façonnée par des générations de bédouins. Ses plaines ont vu défiler des caravanes, des poètes, des voyageurs. Les savants disent que les inscriptions anciennes gravées dans les roches d’Arabie sont souvent l’œuvre de ces nomades : des lettres d’alphabets disparus, tamoudiques ou nabatéens, qui témoignent d’un temps où l’écriture suivait les routes du désert.

Je me rends compte que, dans mes voyages, je n’ai rencontré qu’une seule personne capable de lire ces langues. Je suis frappé par cette distance entre la richesse du passé et notre ignorance moderne. Moi-même, je baragouine juste assez d’arabe pour me débrouiller sur la route. Mais ici, au moins, je peux apprendre quelque chose.

Avant de partir, on me propose un petit jeu : écrire mon nom en alphabet nabatéen. Je trace maladroitement les signes, et me laisse photographier avec le directeur. Je pose fièrement avec ma plaque gravée :

إبراهيم — Ibrahim

Respecter les langues maternelles pour renforcer et améliorer notre école

Photo de David Kanigan sur Pexels.com, générée quand j’ai saisi les mots « école française ».

Souvenons-nous : à la fin du XIXᵉ siècle, la France s’est lancée dans un projet fou : construire des écoles en pierre dans chaque village, former des armées d’instituteurs, et apprendre le français à des millions d’enfants qui parlaient d’autres idiomes.

Les gamins du Cantal, du Finistère ou des Cévennes parlaient patois, occitan, breton ou basque, et les “hussards noirs de la République” débarquaient, craie en main, pour leur expliquer que désormais “le mot maison prend un ‘n’ et la France est un pays dont on peut dire qu’elle est une « république une et indivisible. »

C’était beau, héroïque, mais un peu brutal.

Un succès éducatif colossal, certes, mais aussi une opération linguistique d’une rare violence symbolique : on a construit la nation au prix d’un grand silence.

150 ans plus tard

La situation a changé, les habitudes et les pratiques culturelles ont évolué au point que la France de 2025 serait incompréhensible au Français de 1885. Et pourtant, avec l’immigration et le droit à tout enfant d’intégrer l’école publique, la situation linguistique des années 2020-2030 est analogue à celle de nos écoles des années 1870-1880.

Dans les médias, on apprend que la diversité linguistique est de retour, et cela inquiète les réactionnaires alors qu’aux yeux du Sage Précaire, cette diversité a tout pour être joyeuse, sonore et prometteuse. Ce n’est plus la France des “petites patries”, mais celle des grandes origines.

Et, comme en 1880, une question se pose : comment faire nation quand tout le monde ne parle pas la même langue ?

L’erreur à ne pas reproduire

En 1880, on avait la solution simple : on interdit les patois, et on punit ceux qui s’obstine à le pratiquer. Aujourd’hui, on sait que ce n’est pas la bonne méthode. On a déjà testé l’humiliation linguistique : le fameux “symbole”, ce morceau de bois qu’on pendait au cou des enfants surpris à parler breton ou occitan. Résultat : des générations entières ont appris le français, mais ont cessé de parler à leurs grands-parents.

Nous n’avons pas besoin de “symbole” 2.0 pour les enfants qui rentrent à la maison en mélangeant le français et l’arabe. Nous avons besoin de beaucoup d’activités sympathiques et créatives où le français est le véhicule de la camaraderie, du plaisir, de l’apprentissage inconscient. Mais pour cela il faut un grand respect pour les langues maternelles des élèves. Si, comme Robert Ménard, maire de Bézier, on se borne à déplorer qu’il y a trop d’arabes dans les classes, on en restera à l’abandon actuel des classes populaires pour privilégier en douce ceux qui paient des frais d’inscription élevés.

L’école républicaine, saison 2

Ce qu’il nous faut, c’est un nouvel investissement éducatif, du niveau de celui de la Troisième République, mais pour une école adaptée aux familles des quartiers populaires, qui accueille des enfants aux niveaux linguistiques très disparates. C’est pourquoi il faut beaucoup recruter et reconstruire, donner un encadrement constant à tous ces gamins dont beaucoup manquent de suivi et d’affection à la maison.

Plutôt que de « former les enseignants au FLE et au français langue seconde », et de leur alourdir toujours plus la tâche, il faut former une nouvelle génération d’enseignants qui sachent intégrer le FLE dans les cours de sciences. Abaisser le nombre d’heures assis en classe, réduire les programmes qui sont oubliés dès les examens passés et créer de vraies filières de formation qui assurent un niveau proprement élémentaire.

Linguistiquement, ces nouveaux enseignants sauront reconnaître la richesse linguistique comme une ressource, pas comme un obstacle. Et surtout, ils sauront faire entrer à l’école, tranquillement, l’arabe (et les autres grandes langues du pays) dans le cercle des langues nobles, au même titre que l’espagnol, l’italien ou l’allemand.

Le dernier lycée où j’ai enseigné, en 2023, avait une professeure d’allemand avec très peu d’élèves, et aucun prof d’arabe. Quel dommage de ne pas profiter des richesses disponibles. Parfois il n’y a qu’à ouvrir les yeux et se baisser pour cueillir les talents, les forces vives et les intelligences. Un cours d’arabe bien fait pourrait précisément aider à mieux pratiquer le français, grâce notamment à la grammaire comparées des deux langues.

L’unité par la diversité

Le français doit évidemment rester la langue commune. Mais il peut cohabiter avec d’autres sans perdre de sa force. La vraie maturité nationale, ce n’est pas de se crisper sur une langue, c’est de ne plus avoir peur des autres.

En 1880, on a fait des francophones en leur faisant honte de leur langue d’origine.

En 2025, on pourrait refaire des Français patriotes en leur apprenant à viser l’excellence dans plusieurs.

La guerre contre la Chine que je prophétise depuis vingt ans

J’ai écrit ce billet de blog en 2007, alors que j’habitais en Chine.

https://chines.over-blog.com/article-12879409.html

À lire les copies d’étudiants et à lire la presse, il me paraissait évident que la montée en tension autour de l’île de Taïwan allait mener à la prochaine guerre mondiale.

Taiwan a beau être une toute petite île, elle est très bien armée. Une guerre contre l’armée chinoise ferait très mal. De plus elle ne laisserait pas le Japon indifférent, ni  les Etats-Unis. Cela escaladerait en une guerre entre les deux ou trois superpuissances actuelles, soit la première guerre mondiale du 21ème siècle.

Aujourd’hui, on parle beaucoup de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, et on comprend qu’un jour il faudra bien que les deux grandes puissances s’affrontent pour décider de qui est le boss.

Je voyais cela en 2005 car mes étudiants me donnaient à lire des copies où ils exprimaient leur désir de voir la Chine redevenir la puissance numéro 1. Or on ne devient jamais numéro 1 sans combattre et dominer l’ancien mâle dominant.

Et viendra peut-être le moment où un casus belli sera très utile pour mobiliser toute la nation autour d’une idée inattaquable (l’unité de la Chine) et contre des ennemis extérieurs, tant il est vrai qu’un ennemi commun est le meilleur moyen de régler, ou de faire oublier, les problèmes intérieurs.

On le voit dans cet extrait, mon point de vue il y a vingt ans était strictement chinois : la grande guerre à venir serait surtout là pour sauvegarder l’unité de la nation et régler des problèmes intérieurs. Taïwan restait essentiel comme déclencheur, comme casus belli.

Fuir les tirs nourris des néo-fascistes

Dimanche, j’étais déprimé de voir tant de haine et tant de mauvaises personnes s’organiser pour affaiblir la démocratie, l’état de droit et la cohésion sociale. J’ai écouté l’audition parlementaire d’un pseudo-chercheur d’origine syrienne qui s’appelle Omar Youssef Suleiman. C’était une heure très pénible pour le sage précaire car ses banalités, ses approximations et ses mensonges n’étaient même pas nouveaux : il ne faisait que répéter ce qui se dit sur les plateaux télé pour affaiblir la gauche. Ce militant qui prétend fréquenter les mouvements radicaux « en se grimant » et avoir un accès privilégié aux islamistes jihadistes grâce à son identité arabe, n’avaient rien de nouveau à nous dire.

Je ne fus pas surpris d’apprendre qu’il était pigiste au journal Franc-Tireur, animé par les inénarrables Caroline Fourest, Raphaël Enthoven et toute la clique des islamophobes pro-Israël. Pas surpris mais déprimé. Cela m’a déprimé car je me suis dit que les combattants de ce type vont être infatigables et, soutenus par des puissances financières considérables, vont faire naître année après année des clones de ce type, dont le seul but est de créer de la haine pour l’islam, pour la gauche, pour la justice et pour la vérité. Ce pauvre Suleiman a fait une prestation indigente devant les parlementaires, et parmi les parlementaires qui l’interrogeaient, aucun élu de gauche.

J’étais déprimé car je me disais qu’on n’en finirait jamais et que le sage précaire allait plutôt faire le choix d’aller cultiver son jardin, après avoir perdu tout espoir.

Heureusement, il reste des chercheurs, des auteurs et des journalistes qui n’ont pas baissé les bras, contrairement au sage précaire. Laurent Bonnefoy, du CNRS, écrit souvent dans Orient XXI et il a publié un compte rendu de lecture du dernier opus de cet écrivain syrien retourné au profit du lobby pseudo-républicain et pseudo-laïc. Bonnefoy dénonce notamment les pires défauts du livre de Omar Youssef Sulaiman dans un article intitulé « Les nouveaux islamophobes ».

Voilà qui m’a un peu remonté le moral, mais quand ma femme m’a dit avoir peur d’aller vivre en France car la haine des musulmans n’allait jamais s’arrêter et pourrait nous menacer, ça m’a fait replonger dans la torpeur.

Il faut cultiver son jardin, ma chérie. Avec l’aide de Dieu, les méchants et les islamophobes ne feront pas attention à nous.

Fête national d’Arabie saoudite, d’Allemagne et de France

Le 23 septembre, c’est la fête nationale en Arabie Saoudite et cela commémore une décision du 23 septembre 1932, jour où le roi Abdulaziz, qui était le leader de deux royaumes, a décidé de les réunir en un seul royaume auquel il allait mettre son nom, l’Arabie Saoudite.

Moi ça n’est pas le jour que je choisirais pour la fête nationale de ce pays que je commence à connaître. Ce n’est pas un jour assez légendaire, assez mythique pour réunir toute la nation dans une communion qui ferait sens. Quand on cherche une date pour instaurer une fête nationale, il faut trouver une action fédératrice.

J’ai déjà écrit la même chose en ce qui concerne l’Allemagne, qui fête aujourd’hui 3 octobre son jour férié national. J’ai fait des propositions en 2023 mais pour l’instant je n’ai pas été écouté.

Les Français, eux, sont un peu leaders en la matière puisqu’ils ont choisi la prise de la Bastille comme fête nationale. L’évènement de juillet 1789 est quand même une belle action et un beau symbole, qui veut dire beaucoup de choses. C’est collectif. C’est une action populaire contre la prison. C’est l’ouverture d’une prison, donc ça va contre toutes les idéologies réactionnaires, identaires ou étroitement sécuritaires. La prise de la Bastille, c’est quelque chose qui correspond à l’image que l’on se fait de la France comme nation républicaine, une nation qui croit davantage en la liberté qu’en la sécurité.

Alors puisqu’on me le demande, je vais prendre un peu de mon temps libre, en ce jour férié, pour entreprendre une petite recherche ayant pour but de proposer des fêtes nationales saoudiennes plus pertinentes.

Vous serez tenus informés des avancées de ma mission.